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TEXTE de la réunion-débat publique à FOIX mardi 12 novembre 2013 : « Les réponses écosocialistes à la crise du capitalisme »

Mardi 12 novembre 20h30 (20h-23h)

REUNION-DEBAT PUBLIQUE 12 NOVEMBRE 2013

MAIRIE DE FOIX, SALLE JAURES 20H

Texte de l’exposé introductif

Les réponses écosocialistes à la crise du capitalisme

Commençons par la « crise du capitalisme » avant d’en arriver aux « réponses » qui sont les nôtres, c’est-à-dire la perspective écosocialiste comme projet de société et comme programme d’action.

Le réchauffement de la planète et les émissions de GES, les perturbations climatiques associées, la destruction des ressources naturelles et de la biodiversité, la pollution globale, sans même parler des dangers spécifiquement induits par le nucléaire (qu’il soit civil ou militaire) sont en croissance continue, au point qu’on en arrive, pour un certain nombre de chercheurs et d’experts (même quand ils ne sont pas vraiment indépendants…) à une situation où des dégâts peuvent être commis de façon irréversible, et où des catastrophes majeures peuvent affecter toute la planète. Ces dégâts sont directement issus du rythme effréné des échanges marchands, des transports, de l’industrie, agroalimentaire en particulier, tous reposant sur les énergies fossiles, qui continuent d’être générateurs de profits énormes.
Ce productivisme, cette « production pour la production » sans fin dominée par l’impératif permanent de rentabilité immédiate, ce n’est que dans les années 1990 (Convention-cadre de l’ONU en 1994 ; Kyoto 1998) que les Etats se sont préoccupés de tenter d’en réguler les effets dévastateurs, le « Grenelle de l’environnement » depuis 2007 étant sa traduction en France. Mais se sont-ils attaqués à leurs causes ? Tout le monde ou presque aujourd’hui reconnaît la réalité des dangers écologiques, et même plus, commence à reconnaître, même si c’est en pinçant les lèvres, que le système dans son ensemble est incapable d’y répondre. Mais dès qu’il s’agit de dire précisément pourquoi et comment on en est arrivés là, et comment on pourrait en sortir, les choses se compliquent…
L’enjeu est donc : comment apporter une réponse cohérente à cette urgence sociale et écologique, qui ne se limite pas à un bricolage de mesurettes illusoires, et ne se réduise pas non plus au discours culpabilisant et faux selon lequel un changement de comportement individuel serait la clé du problème ?

Pour apporter cette réponse le NPA part de deux affirmations :

(1) la « crise » du capitalisme est tout autant économique, sociale, politique qu’environnementale, et la simultanéité de ces crises n’est pas un hasard. Dit en sens inverse, cela signifie qu’on ne peut pas isoler la question environnementale des questions sociales et économiques plus traditionnelles ;

(2) les réponses que le capitalisme apporte à cette crise, au plan environnemental en particulier, sont parfaitement illusoires. Or, si elles sont illusoires, ce n’est pas par hasard non plus : ce n’est pas seulement le capitalisme en crise qui est en question (comme si le productivisme des 30 Glorieuses n’avait pas contribué aux dégâts actuels) : c’est le capitalisme tout court.

I. LES REPONSES BOURGEOISES A LA CRISE DE L’ENVIRONNEMENT : L’HYPOTHESE D’UN « CAPITALISME VERT » EST-ELLE CREDIBLE ?

Un capitalisme « vert » serait un capitalisme capable d’intégrer dans son développement et ses choix les dégâts faits à la nature, pour les éviter, sans cesser de chercher à ouvrir de nouveaux champs d’accumulation, de trouver de nouveaux débouchés et de maintenir le taux de profit des propriétaires du capital. Pour ce faire ils empruntent deux voies, qui bien sûr s’entremêlent :

(1) celui du progrès technologique (permettant d’inventer des voitures non polluantes, des matériaux toujours plus recyclables, par ex.), en tant qu’il serait stimulé dans le bon sens grâce à la concurrence du marché. Le rapport de I’OCDE Perspectives de l’environnement à l’horizon 2030 disait ainsi qu’il faut « généraliser les approches fondées sur les mécanismes du marché afin de permettre des gains d’efficience et de parts de marché grâce à l’innovation. »
Les choses sont claires : les capitalistes recherchent les profits avant tout autre chose. Il font autant de dégâts dans le domaine écologique que dans les autres. Mais si ce domaine est propice au profit, alors les multinationales vont s’y intéresser. Elles se peignent donc un « vernis écolo » en se jetant sur les énergies renouvelables, profitant des aides publiques générés par ce secteur, tout en glanant les parts énormes du marché grandissant d’un secteur de l’énergie chaque jour un peu plus privatisé. En réalité, ces capitalistes verts – que ce soit pour les éoliennes, les biocarburants, l’énergie solaire, le traitement des déchets, etc. – sont comme les autres : il ne s’intéressent aux coûts écologiques et aux conséquences sociales de leurs décisions que dans la mesure où cela conditionne leur conquête des marchés. Sinon elles font supporter ce coût par la société et les classes populaires, urbaines et rurales, les plus précarisées en premier.

(2) celui d’une politique financièrement incitative ou coercitive, combinant le marché des droits à polluer à une fiscalité censée, à l’image des écotaxes, pousser les acteurs économiques à convertir et transformer leurs activités dans un sens écologique. Une telle taxe carbone ou écotaxe : pour qu’elle soit réellement efficace, il faudrait au niveau mondial que tous les capitalistes l’acceptent ou que tous les gouvernements l’imposent, ce qui supposerait des instances mondiales capables d’imposer de telles règles contraignantes. Quand on voit ce que cela soulève dans une simple région comme la Bretagne… Cette illusion d’une « régulation » ou d’une « moralisation » du capitalisme est incompatible avec son essence concurrentielle et anarchique. De même, réduire les dépenses d’énergie et conduire à la fabrication de biens durables irait à l’encontre de leur obsolescence programmée qui est exigée pour le maintien du taux de profit.

En résumé toute « écotaxe », comme toute « décroissance » raisonnée, supposent pour être réellement efficace ou se réaliser, l’abolition du capitalisme. Autrement dit l’écologie est incompatible avec le capitalisme : un « capitalisme vert » est impossible… ce que Marx avait anticipé :

« Chaque pas vers le progrès de l’agriculture capitaliste, chaque gain de fertilité à court terme, constitue en même temps un progrès dans les ruines des sources durables de cette fertilité. Plus un pays… se développe sur la base de la grande industrie, plus ce processus de destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur » (Marx, Le Capital).

II. QU’EST-CE QUE L’ECOSOCIALISME ? : UN PROJET DE SOCIETE & UN PROGRAMME TRANSITOIRE

L’« écosocialisme » que nous prônons combine un « socialisme » qui n’a rien à voir avec celui du parti réformiste au gouvernement, et un « écologisme » qui n’a rien à voir avec celui des soutiens réformistes à ce gouvernement. C’est un projet de transformation révolutionnaire de la société, à l’échelle internationale, dans un sens radicalement anticapitaliste, anti-impérialiste, et anti-productiviste, renouant avec la définition que Marx donnait du communisme comme stade de société ayant aboli les classes sociales, instauré une régime de production fondé sur un plan commun, et réunifié l’homme et la nature :

« grâce à l’abolition de la propriété privée, la société humaine deviendra l’achèvement de l’unité essentielle de l’homme avec la nature, la vraie résurrection de la nature, le naturalisme accompli de l’homme et l’humanisme accompli de la nature. » (Marx, Manuscrits de 1844)

1. L’horizon général : une grande transition énergétique

Mais si l’objectif programmatique est assez clair, le mouvement réel permettant d’y mener à partir des conditions actuelles est plus difficile. Il s’agit d’impulser une transition énergétique, apte en particulier à nous faire sortir du nucléaire, au moyen de l’instauration d’un vaste service public de l’énergie fondé sur l’expropriation des grands groupes de l’électricité, du gaz, du pétrole. Mais de même qu’il n’y a pas de bon capitalisme, le fait qu’un secteur économique soit nationalisé/étatisé ne garantit pas qu’il soit progressiste. Il y a un monde entre les bureaucraties d’Etat (Etat qui n’a rien de neutre et contribue à assurer le pouvoir des classes dominantes), et le contrôle direct par les populations et les travailleurs, c’est-à-dire la démocratie réelle dans les choix de production et de gestion. C’est seulement ce contrôle direct qui peut garantir à un « service public » d’être réellement « public ».

2. Mesures et orientations associées. Nous proposons notamment :

* des circuits courts producteurs-consommateurs, adaptés aux besoins locaux, au niveau régional, départemental, communal (production alimentaire, eau,…), et une harmonisation des rapports entre villes et campagnes ;

* des économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables (sans tomber dans les fausses alternatives et les débats piégés qui imposent par exemple aux municipalités de choisir entre d’un côté le nucléaire et de l’autre des projets industriels « clefs en main » préconçus par des capitalistes verts…) ;

* la préservation de l’eau, de l’air et du vivant comme des biens communs non privatisables, au moyen d’une gestion contrôlée par les producteurs et les populations et d’une harmonisation des rapports entre villes et campagnes (qui existe déjà et fonctionne) ;

* le respect de la souveraineté alimentaire de chaque peuple, une activité agricole non polluante, libérée des contraintes de l’industrie agroalimentaire productiviste, de la grande distribution et des banques, fournissant une alimentation saine et favorisant l’installation de paysan(ne)s au lieu de les chasser.

Ceci, associé à trois mots d’ordre combinés :

* l’expansion du secteur public (santé, éducation, transports, logement, etc.) ;
* la lutte contre la dette et les « ajustements » imposés aux pays du Sud.
* la réduction du temps de travail comme réponse au chômage et vision de la société privilégiant le temps libre par rapport à l’accumulation de biens.

III. L’ECOSOCIALISME NE SE FERA PAS DANS LE DOS DES OUVRIERS, MAIS PAR EUX !

Notre programme est-il audible ? Peut-on raisonnablement dire à un travailleur menacé de chômage que son entreprise étant une grosse boite de l’industrie agroalimentaire productiviste, ou une productrice de pneus bien polluante (Good Year, Michelin) ou de voitures fonctionnant à l’essence (PSA !), qu’il devrait se réjouir de sa fermeture parce que cela sera écologiquement bénéfique ? Bien sûr que non !

En aucun cas nous ne défendons une vision de l’écologie qui se fasse d’une façon ou d’une autre sur le dos des ouvriers : ce n’est pas au travailleur de Marine Harvest, Tilly-Sabco ou Gad (ou Spanghero…) de payer le coût des restructurations, ni de leur destructivité écologique. Nous sommes pour la défense absolue de l’emploi et l’interdiction des licenciements, mais cela n’a rien d’incompatible avec la préservation de l’écosystème, le développement d’une conscience écologiste et la disparition des productions inutiles ou destructrices : pour cela, il faut une reprise du contrôle de l’appareil de production, et sa réorientation, par les travailleurs.

De même qu’il ne s’agit pas seulement d’une meilleure répartition des richesses, mais bien de ré-organiser la production sur d’autres bases et vers d’autres buts, il ne s’agit pas plus d’attendre les miracles des « bons repreneurs », de demander à l’Etat bourgeois une loi interdisant des licenciements dits boursiers, que de demander à ce même Etat d’imposer aux patrons de devenir « écolo » au moyen d’écotaxes. Il faut virer les patrons, pas les travailleurs ! Il faut soutenir ces derniers dans leurs grèves, leurs occupations et réquisitions d’usine, leurs reprises, relances et réorientations de l’outil de production menées en articulant la satisfaction des besoins sociaux et la préservation des ressources naturelles.

La révolution écosocialiste ne se fera pas par la voie des institutions, ni seulement à une échelle locale ou nationale, de même qu’il ne peut y avoir de « socialisme dans un seul pays », ou dans « une seule usine ». Elle ne se réalisera qu’au travers de l’autoorganisation des travailleurs et des populations en lutte, coordonnée à l’échelle internationale ! Telles sont dans leurs grandes lignes les réponses anticapitaliste (pas seulement « antinéolibérale »), anti-impérialiste, antiétatique, écologiste et socialiste que nous défendons face au capitalisme en général, qu’il en soit en crise ou non.

« L’émancipation [sociale et écologique] des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » !

Comité NPA 09, 12 novembre 2013

P.-S.



Pour télécharger l’affiche et le tract au format PDF :

Affiche réunion 12 novembre 2013


Tract réunion 12 novembre 2013 (recto)


Tract réunion 12 novembre 2013 (verso)

 

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Mis à jour le jeudi 20 juin 2019