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Paul Voivenel : Rugby, Famille, Patrie !

A propos du livre de 1942 de Paul Voivenel, « Mon beau rugby »…

Paul Voivenel : Rugby, Famille, Patrie !

Le nom de Paul Voivenel est connu en Ariège, en particulier avec la « coupe Voivenel », tournoi qui réunit les meilleures équipes quinzistes départementales en début de saison. Paul Voivenel a également un musée dans le village de Capoulet-Junac. Qui était donc Paul Voivenel ?

Né en 1881 à Séméac (Hautes-Pyrénées) et décédé en 1975 à Pamiers, Paul Voivenel est un neuropsychiatre qui a beaucoup travaillé sur les conséquences des gaz de combat sur les soldats pendant le premier conflit mondial. Il a été écrivain et journaliste et maire de Capoulet-Junac dans l’entre-deux-guerres. Il a même été fait grand officier de la Légion d’honneur en 1965.

Mais derrière cette façade glorieuse se cache un pétainiste xénophobe et raciste et aussi un des responsables de la suppression du rugby à treize sous le gouvernement de Vichy.

Maréchal, nous voilà !

Un livre de Voivenel nous révèle le personnage, c’est Mon beau rugby paru en 1942 à l’Imprimerie Toulousaine (c’est-à-dire chez Raoul Lion, le résistant), réédité récemment par la Fédération Française de Rugby à XV (éditions de La Table Ronde, 2007). Les citations suivantes sont éclairantes :

Sur l’après 1918 :

Les vainqueurs, menés par des idéologies stupides, se crevaient les yeux devant les réalités nouvelles. Satisfaits et béats, ils oubliaient les lois des races et, prêchant l’union des peuples, déclenchaient chez eux les luttes de classes au nom de l’intérêt, de la haine et de la paresse. On avait gagné. On ne se battrait plus. Vivent les plaisirs bien payés avec un argent facilement gagné. On chantait l’internationale et, ouvrant les bras aux ennemis, on fermait le poing sur le visage des frères. A l’abri d’une ligne protectrice, on s’amollissait et perdait cet esprit d’offensive qui avait jadis mérité le beau nom de furia francèse. Tout dégénérait. La politique devenait plus nidoreuse que jamais. On naturalisait les gens les plus suspects. On noyautait. On sabotait. Les métèques régnaient. L’esprit de cette grande dame qu’est la langue française s’altérait. Des écoles littéraires d’ignorants proclamaient au nom du « surréalisme » le droit de ne plus savoir écrire et d’être idiots. Les comités menaient les ministres ; les fonctionnaires s’occupaient de tout sauf de la conscience de leur métier.

(p. 43 dans l’édition de 1942)

Au sujet d’un responsable national du rugby :

Le monsieur dont la voix péremptoire tranchait dans les débats officiels s’appelait Bernstein. Nez juif, masque américanisé, parfaitement habillé, verbe dédaigneux.

(p. 84)

C’est le seul passage que la réédition n’a pas osé publier !

En tant que maire de Capoulet-Junac, Paul Voivenel fait ériger un monument aux morts, œuvre de son ami le sculpteur Bourdelle :

Monument aux morts de Capoulet-Junac (inauguré par Pétain en 1935)

Et :

c’est alors que se produisit une aventure miraculeuse. Le maréchal Pétain qui m’avait, dans ses bureaux du 8 du boulevard des Invalides, le 21 novembre 1933, décoré de la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur, vint le 17 novembre 1935 inaugurer ce monument - je n’avais pas perdu de temps - devant lequel il prononça ce célèbre Discours au Paysan dont il reproduisit les termes essentiels à Pau, le dimanche 20 avril 1941.

(p. 215)

Pour compléter le tableau, Paul Voivenel publie en 1959 In hoc signo dans lequel il prend la défense de M. Lespinasse, procureur toulousain qui condamna à mort Marcel Langer, le Résistant FTP-MOI…

A la Libération… rien. Paul Voivenel aurait aidé des juifs et il connaissait Monseigneur Saliège…

La suppression du rugby à XIII

Comme toute activité humaine, le sport a une dimension politique et sociale importante. A ce sujet l’histoire du rugby est significative. Le sport se développe avec la révolution industrielle et reste longtemps le domaine de la classe dominante. Le rugby à treize est un peu l’exception qui confirme la règle et il sera combattu pour cela dans le territoire britannique où il naquit à la fin du XIXe siècle, début du XXe.

En France, dans les années trente, le rugby à treize se développe fortement. Il est reconnu et encouragé par le Front populaire et particulièrement les ministres Jean Zay et Léo Lagrange.

C’est Vichy qui va interdire ce sport à partir d’un rapport de Paul Voivenel à la demande de Jean Borotra, commissaire général à l’Education nationale et aux Sports. Ce Projet de réorganisation du rugby daté du 4 octobre 1940 sera accepté. Au nom de la lutte contre le professionnalisme, mais, en réalité par la crainte du développement du rugby à treize, populaire alors, et qui avait une vie internationale quand le quinze français avait été exclu du tournoi des cinq nations pour brutalités et… amateurisme marron !

Paul Voivenel conclut ainsi son rapport (page 225) :

… la nécessité de cohésion seule impose, en toute justice, sa disparition [du rugby à treize] (...) C’est en effet le rugby à XV qui a défriché, semé, cultivé et, s’il n’a pas su essarter et déroquer quand il le fallait, il conserve le bénéfice impératif de la pureté absolue de ses origines opposées à la pollution de la dissidence.

Pour information, le rugby à XIII réapparaitra en 1946 mais sous l’appellation « jeu à XIII ». Il ne retrouvera le nom de « rugby » par la voie judiciaire qu’en… 1993 !

Fière l’Ariège ?

Alors, fière l’Ariège, d’honorer un tel personnage quand certains autres sont oubliés. Robert Barran, par exemple, né dans les Basses Pyrénées (Pyrénées Atlantiques actuelles) mais Ariégeois d’adoption et de cœur, journaliste sportif au niveau national, grand joueur puis entraîneur du Stade Toulousain et ancien de la Résistance ! Oui, mais, avant l’interdiction, il jouait au rugby à treize à l’Olympique de Toulouse et il était… communiste !

JCS

Voir aussi :

Robert Fassolette, La spoliation et l’éradication d’un sport sous Vichy : le rugby à XIII, victime oubliée de la Seconde guerre mondiale, Paris, PUF, 2012.

Sur des thèmes connexes, voir par exemple ces deux articles (site du NPA national) :

Equipe de France de football : les fantasmes d’un nationalisme rance (2010)

Racisme et football : retour sur l’affaire des quotas (2011)

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Mis à jour le jeudi 20 juin 2019