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Davos. Un sommet de milliardaires pour parler d’inégalité et de populisme

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Le grand rendez-vous annuel des patrons et des chefs d’Etat s’est ouvert ce mardi à Davos, en Suisse. Désertée cette année entend-t-on dans la presse ? Si la fréquentation de la 47e réunion du Forum Economique Mondial accuse l’intermède du pouvoir à la Maison Blanche, elle a pourtant ouvert ses portes, et pour la première fois, au président chinois Xi Jinping et à ses recommandations sur une mondialisation à « rééquilibrer mais à maintenir ». 2017 s’ouvre donc sur fond de « malaise économique » à en croire le rapport publié par ses organisateurs à la veille du sommet : en cause, l’accroissement terrifiant des inégalités, auquel s’adosse le risque de replis économique et de montée des populismes (entendez l’arrivée de Trump et le Brexit). Bien étrange diagnostique pour la crème de la crème de la gestion du capitalisme mondial…

Nina Kirmizi

« It is where billionaires tell billionaires what the middle class feels. »

« A Davos, ce sont des milliardaires qui racontent à des milliardaires comment se sentent les classes moyennes » a déclaré Jamie Dimon, dirigeant de JP Morgan an Chase en février dernier.

Et c’est assez proche de l’idée que l’on peut s’en faire. Alors qu’Oxfam sortait la veille du début du sommet son rapport détaillant la situation d’extrêmes inégalités, dans lequel l’ONG rapporte que les 8 personnes les plus riches dont Bill Gates, Mark Zuckerberg et Warren Buffet, détiennent autant de richesses que les 50% de la population mondiale la plus pauvre, les inégalités ont été au cœur des discussions des organisateurs et participants du sommet, situation à laquelle pourtant, ils contribuent totalement.

Presque de quoi donner au sommet de Davos des allures de forum altermondialistes. Mais la comparaison s’arrête là : si les principaux chefs d’entreprises, dirigeants des grandes banques et des institutions financières, ainsi que des ministres des principales puissances mondiales étaient prêts à sortir les mouchoirs, ce n’est pas tant pour pleurer sur la misère de ce monde que pour s’alarmer sur les conséquences politiques et économiques des inégalités, dans ce qu’elles charrient de pire du point de vue du capitalisme mondial : le replis protectionniste des économies et le frein à l’accroissement de la demande, motrice de la croissance.

Après Thomas Piketty et le Fond Monétaire International (FMI), c’est au tour du sommet de Davos de s’inquiéter de la montée des inégalités. Il faut dire que la thématique – à la mode – fait du bruit : le patrimoine cumulé des 1% les plus riches de la planète devrait dépasser celui détenu par les 99% de la population mondiale, soit près de 50% du patrimoine mondial en 2016. Cette « économie au service des 1% » selon l’expression d’Oxfam, contribue à sa propre perte. Le compromis keynésiano-fordiste des Trente Glorieuses, ayant fait place à l’ultralibéralisme à partir des années 1980 et à une dynamique d’accumulation du capital beaucoup plus agressive, est à l’origine, comme l’a souligné Thomas Piketty dans le Capital au XXIe siècle, de cette remontée des inégalités. Problème : le niveau d’exploitation extrême et d’inégale redistribution des richesses comporte un risque pour la croissance qui ne peut être supportée que par une demande massive et soutenue, largement liée à une bonne situation économique pour la majorité de la population.

Selon Bernard Gainnier, patron France et Afrique francophone de Price Waterhouse Cooper, dans des propos recueillis par RFI, « les patrons constatent que si leurs entreprises se sont développées grâce à la mondialisation, elles n’ont pas fondamentalement résolu le fait qu’un petit nombre a eu accès à ces développements et en a profité. »

A l’image de la Chine, où le développement inégal n’a pas pu entrainer dans le sillage de l’enrichissement d’une bourgeoisie gestionnaire des monopoles d’Etat, l’énorme masse des classes laborieuses et populaires. L’impossible appuie sur cette demande intérieure fait souffrir la croissance chinoise qui pâtit actuellement de l’effondrement de la demande dans les pays centraux de l’économie capitaliste.

Cependant, loin de remettre en cause cette dynamique d’accumulation et d’exploitation inhérente au capitalisme, ni même de soutenir le retour à un modèle keynésiano-fordiste basé sur une plus large redistribution, les conclusions du rapport de Davos s’en remettent à un encadrement extrêmement limité de l’économie : la mise en place d’un revenu universel, le développement de la formation et des services publics… Mais, en s’en remettant aux entreprises privées. La récupération de la critique altermondialiste des inégalités n’a d’autre but que l’approfondissement la pénétration du capital dans des secteurs qui restent encore aujourd’hui en dehors de la sphère marchande et de l’extraction d’une plus-value, à savoir l’éducation, la santé, l’assurance publique, les services collectifs ; le revenu universel, lui, est la facture minimale et la contrepartie nécessaire pour éviter l’explosion sociale.

Trump, le Brexit et la Chine…

L’autre sujet qui fâche, autre versant du niveau extrême d’inégalités, c’est la montée des « populismes » dans les pays centraux, dont les classes moyennes et populaires subissent de plein fouet la crise. En rappelant ses inquiétudes quant à la démocratie, le rapport de Davos entend défendre « les avantages économiques » de ce modèle politique. Il n’est ici nullement question de critiquer la montée de la xénophobie qui gagne l’Europe et les Etats-Unis, ni même la restriction des droits individuels dans le cadre des politiques anti-terroristes, mais bien de réaffirmer l’OPA du capitalisme sur la définition de la démocratie, à savoir une démocratie bourgeoise assimilée au libéralisme économique et pour laquelle les politiques protectionnistes qu’augurent l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et le Brexit sont un danger.

La présence de Xi Jinping, premier président chinois invité à Davos, était là pour rappeler qu’au regard des participants et des organisateurs de Davos, la démocratie n’a bel et bien rien à voir avec le respect des droits de l’homme. Son discours, inaugurant la première journée du sommet a donné le ton : si la mondialisation est à « rééquilibrer », « il faut la maintenir ». Soucieux des menaces proférées par le prochain résident à la Maison Blanche à l’égard de la Chine, Pékin profite de la tribune offerte par la crème des dirigeants du capitalisme pour défendre ses exportations mais aussi pour avancer ses positions diplomatiques et son leadership à l’échelle internationale. L’absence des Etats-Unis, mais également de la chancelière allemande et de son homologue français n’y étaient certainement pas pour rien.

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Mis à jour le samedi 30 juin 2018