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Yémen : trois ans de guerre et 10 000 morts dans la plus grande indifférence

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Depuis deux ans maintenant, la guerre fait rage au Yémen entre les houtistes et le président, qui s’entretuent de part et d’autre de la ligne de front. Entre les innombrables milices et factions armées, les civils, qui composent 60% des morts depuis le début du conflit.
George Waters
Triste anniversaire : il y a trois ans, à l’été 2014, les Houthis, un groupe religieux chiite d’obédience zaïdite, alliés à l’ex président du Yémen Ali Abdallah Saleh et sa garde présidentielle, entament une offensive sur le Sud du pays avec pour objectif de prendre le pouvoir. Rapidement, ils prennent la capitale du pays, Sanaa, avant d’être arrêtés dans leur élan dans les combats pour le contrôle d’Aden, le plus grand port du pays, par une coalition arabe emmenée par l’Arabie Saoudite. Après plus de trois ans de guerre, on dénombre plus de 10 000 morts et un nombre inconnus de disparus, dont près de 60% sont des civils tués par les diverses forces en présence. De plus, depuis mai dernier, une épidémie de choléra fait rage à la faveur de la pauvreté créée par une guerre civile qui n’en finit plus. Selon l’OMS, ils seraient actuellement 300 000 touchés et 1500 en sont morts. La situation, qui trouve ses origines profondes dans les luttes de pouvoir entre l’Iran et l’Arabie Saoudite pour l’hégémonie régionale, a abouti à une guerre sans fin aux multiples acteurs tous plus réactionnaires les uns que les autres : face aux milices issues de Daech, à Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA), aux milices houthis, aux organisations proches des Frères Musulmans, et aux forces loyales aux divers gouvernements, la quotidien des populations est un réel enfer sur terre. De nombreuses sources attestent que des crimes de guerre ont été commis par les deux camps : bombardements de bâtiments civils par la coalition (2500 écoles dans le Nord ont été bombardées par l’Arabie Saoudite) ; usage de mines et sous munitions ; tirs de snipers sur tout ce qui bougent : le Yémen, deuxième pays le plus peuplé de la péninsule arabique avec ses 25 millions d’habitants, souffre dans l’indifférence générale.

Car dans cette guerre menée brutalement par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, la France comme les Etats-Unis soutiennent tacitement leurs alliés qu’ils fournissent allègrement en armes. De l’autre côté, la Russie fait de même avec l’Iran et le Hezbollah qui soutiennent les houthis. De par sa population, mais surtout de par sa localisation géographique, le pays est un fort enjeu pour l’Arabie Saoudite comme l’Iran : le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, à la pointe sud-est du pays, est central pour tout le commerce mondial qui passe par le canal de Suez. Le port d’Aden, aujourd’hui pratiquement à l’arrêt, qui était en 1958 le second port mondial après New York, a longtemps été un point stratégique dans la route des Indes, et était aussi un des centres névralgiques de l’économie péninsulaire. Dans ce massacre oublié, les impérialistes, qui soutiennent tous des factions armées dont la seule préoccupation est de s’accaparer les quelques ressources du pays, sont tous autant responsables les uns que les autres, et, depuis les grandes manifestations de 2011 dans la droite lignée des printemps arabes, peu d’alternative populaire et indépendante semble sortir du lot pour proposer une alternative entre les différents bouchers qui s’ingénient à détruire le pays.

Crédits photos : Olivier LABAN-MATTEI // Le Monde

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Mis à jour le vendredi 15 septembre 2017