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Mélenchon et son discours de rentrée : rassemblement ou division des forces ?

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Au Panier, un quartier populaire de Marseille, Jean-Luc Mélenchon a tenu son discours de fin d’université d’été de la FI. Une préparation de rentrée qui confirme malheureusement la dispersion des forces entre le 12 et le 23 septembre, entre la première journée d’action nationale contre les ordonnances et la manifestation appelée par JLM.

Camille Pons

Un discours offensif

« Offensif ». C’est ainsi que les journalistes ont qualifié le discours du député de Marseille et leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. En effet, celui-ci a frontalement attaqué le « gouvernement au service du patronat et des riches ». « Nous sommes revenus à une situation identique à la fin de quinquennat de Hollande » a-t-il expliqué, évoquant la baisse fulgurante de popularité de Macron, à 40%, encore confirmée par un sondage publié par le JDD, ce dimanche. Sur sa droite et au centre, tout le monde essaye d’en tirer profit, comme on l’a vu ces derniers jours, avec Hollande et Sarkozy sortant du bois pour critiquer le président directement. C’est ce à quoi Mélenchon a répondu également, en pointant du doigt ceux qui ont « préparé le terrain aux attaques du gouvernement » actuel, citant nommément les deux prédécesseurs de Macron.

Dans un discours d’une heure environ, celui qui se veut le « premier opposant » du gouvernement a abordé de nombreux points. Commençant par la défense des services publics, il a poursuivi par sur la question écologique. « On appuiera [le gouvernement] quand il faudra », et « on sera là pour accélérer le rythme » a-t-il précisé à propos du plan de sortie des hydrocarbures annoncé par le ministre de l’Ecologie, Nicolas Hulot. Il a ensuite critiqué la « Loi de moralisation », pour finir sur l’attaque centrale que nous allons subir : la Loi travail par ordonnances et le calendrier de nos mobilisations. Et c’est là que le bât blesse...
Rassembleur en paroles, diviseur dans les actes ?

Tout en critiquant justement les différents aspects de la Loi travail XXL (hiérarchie des normes, suppression des CHSCT...), ainsi que les autres attaques en cours (baisse des APL, baisse d’impôts pour les riches, suppression des contrats aidés...), il a harangué ses militants, et plus en général le « peuple », à la lutte, au combat, à « déferler sur Paris », en terminant d’ailleurs par un vibrant « Maintenant, au combat ! »
Mais quel combat ? Car lorsque l’on passe des formules générales aux propositions concrètes d’action, l’axe central qui est proposé est de « marcher sur Paris le 23 septembre ». Pas une fois, la date de mobilisation et de grève du 12 septembre, appelée par la CGT, rejointe par Solidaires, n’a été mentionnée.

Rien sur le 12

Mélenchon s’en justifie : les rôles sont différents, les syndicats auraient à organiser les salariés, sur des questions sociales alors que les partis mobiliseraient le « peuple », sur des questions politiques.

Philippe Martinez, leader de la CGT, ne disait pas autre chose, d’ailleurs, dans une interview ce dimanche, à BFM, alors qu’il était questionné sur la concurrence de la FI « son terrain ». Plutôt à la défensive sur cette question, il répondait : « nous appelons au 12, ils appellent au 23, mais il n’y pas de concurrence (…), ça n’est pas la même nature ».

En axant sur le 23 septembre sans même évoquer le 12, Mélenchon pose plusieurs obstacles au développement du rapport de forces contre les attaques du gouvernement, ce que cultive également la répartition artificielle des rôles entre « les syndicats » et « les partis », et ce alors que notre ennemi est le même : Macron, son gouvernement et ses ordonnances.

Séparer les terrains syndicaux et politiques, c’est valider l’idée d’appeler à des rassemblements en rang divisés, à des dates séparées. C’est pourtant un bilan inverse que l’on peut tirer de la mobilisation contre la Loi Travail du printemps 2016 ou, précédemment, contre la réforme des retraites sous Sarkozy : nous n’avons pas réussi à réaliser le « Tous ensemble », alors que plusieurs secteurs se sont mobilisés, mais de façon séparée dans le temps.

Une seconde leçon de la mobilisation de 2016 a été la volonté affirmée de plusieurs secteurs de « bloquer l’économie », de développer le mouvement de grève dans le pays, en s’appuyant notamment sur les blocages des raffineries et des dépôts, ce qui est différent de seules manifestations. En cela, ne pas évoquer cette question, faire comme si manifestation, mobilisation et grève étaient des synonymes, et appeler à une manifestation le samedi (par définition donc, sans une grève), c’est un recul par rapport à la volonté de ceux qui se sont mobilisés l’an passé. C’est un recul pour ceux qui voient qu’il faudra bien plus qu’une journée de grève, ou même plusieurs journées séparées entre elles, pour repousser le plan du patronat.

C’est tou-te-s ensemble que l’on doit frapper un grand coup !

Autrement dit, au-delà des dates du 12 et du 23 septembre, déjà ancrées dans le paysage, il faudra que tous les militants de la France Insoumise, dont beaucoup sont aussi militants syndicalistes, s’organisent pour que le 12 soit une première réussite, et pour que les directions, qu’elles soient syndicales ou politiques, passent de la parole aux actes, et appellent en commun au développement d’un mouvement de grève, au-delà du 12, et pas à des démonstrations de force séparées pour la place de « premier opposant ».

En effet, face à une « loi El Khomri XXL », seule une intense mobilisation, dans la durée, du monde, du travail, du public comme du privé, en CDI et en CDD, mais aussi de la jeunesse et des classes populaires, saurait faire reculer le gouvernement. La question qui se pose, c’est celle de réunir toutes les organisations, syndicats ou partis qui, depuis le camp du monde du travail et des classes populaires, s’opposent à la réforme.

S’organiser, sur nos lieux de travail et d’étude, en AG, serait la meilleure façon pour exiger de nos organisations qu’elle s’assoient autour d’une table et qu’elles décident, avec un calendrier commun, d’un plan de bataille résolu pour gagner contre Macron. S’organiser en amont, dans cette perspective, ce serait également un outil pour que le 12 soit le plus réussi possible. Ce serait la seule façon pour signifier, dans les faits, que nous ne sommes pas des imbéciles, comme le laissait entendre Macron au cours de sa tournée en Europe de l’Est, et que nous ne nous laisserons pas faire.Devant l’Université d’été du Medef à Jouy-en-Josas, le 30 août, contre laquelle appelle à manifester Solidaires et le Front Social, ce sera une première occasion de le signifier. Frapper tou-te-s ensemble et résolument, avec l’ensemble de nos organisations, en refusant la division et la dispersion, c’est la voie pour gagner. Il n’est écrit nulle part qu’avec sa côte de popularité en chute libre, Macron saura faire passer sa contre-réforme comme une lettre à la poste. Pas si nous nous y opposons en ordre de bataille, et pas en ordre dispersé, en tout cas.

Crédit photo : Bertrand Langlois/AFP

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Mis à jour le vendredi 15 septembre 2017