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Macron tente de stabiliser le Moyen Orient à coup de contrats d’armement

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Les 08 et 09 novembre, Macron s’est rendu aux Emirats Arabes Unis et en Arabie saoudite. Le chef de l’Etat y a négocié plusieurs contrats pour les entreprises françaises, faisant des EAU un pilier central de la politique française dans la région. En jeu également, les tensions en cours entre l’Iran et l’Arabie saoudite qui mettent en danger les investissements français au Moyen-Orient et fragilisent le « bloc sunnite ». Crédit photo : REUTERS/Gonzalo Fuentes
Ali Norbert

Les 8 et 9 novembre 2017, Emmanuel Macron s’est rendu aux Émirats Arabes Unis (EAU) ainsi qu’a Ryad (Arabie saoudite). Cette première visite du chef de l’Etat au Moyen-Orient intervient dans un contexte de regain de tensions dans la région, notamment autour de la rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite pour le leadership régional. Emmanuel Macron est venu y défendre « sa vision », c’est à dire son plan pour assurer les investissements des entreprises françaises qui se sont multipliés au Qatar, en Arabie saoudite mais aussi en Iran. Le président français est ainsi reparti des EAU avec plusieurs contrats en poche.

Macron renforce les liens politiques, militaires et économiques avec les Emirats

Durant son séjour aux EAU, Macron et Mohammed ben Zayed, prince héritier et ministre de la Défense des EAU, ont célébré ensemble l’excellence des relations qu’entretiennent les deux pays. Macron a insisté sur le partenariat « essentiel » des deux pays et le partage d’une « même vision de la région et des intérêts communs évidents. » Alors que les fissures au sein du « bloc sunnite » ne sont toujours pas colmatées malgré les interventions américaines répétées, Macron cherche à raffermir les relations entre la France et les Emirats, après la crise au Qatar où les intérêts saoudiens et émiratis sont rentrés en contradiction directe avec ceux de la France, qui investit massivement au Qatar. Si, depuis les années 1990, la France et les Emirats sont très proches et liés par des accords de défense qui ont abouti à la création d’une base militaire française à Abu Dhabi en 2009, la venue de Macron était tout de même nécessaire pour calmer les velléités de son alléi contre Doha.

Cette rencontre répond également aux appétits des grandes entreprises françaises, qui après avoir investit massivement au Qatar et en Arabie saoudite, mais aussi en Iran, viennent de signer une nouvelle série de méga-contrats aux Emirats. Ainsi, le jeudi 09 novembre, Macron a annoncé, depuis Abu Dhabi, la signature d’un contrat de vente de deux corvettes Gowind de l’industriel français Naval Group (ex-DCNS) aux EAU. Un « succès », selon Florence Parly, ministre des Armées, qui « couronne un long travail de préparation avec ce partenaire essentiel dans la région. » Le même jour, EDF et l’autorité de l’eau et l’électricité de Dubaï (DEWA) ont signé un contrat d’assistance pour la réalisation d’une central hydroélectrique aux EAU. Surtout, Macron a annoncé la signature d’un accord entre Mubadala, le fonds souverain stratégique d’Abu Dhabi et le groupe Caisse des dépôts et consignations (CDC), fournissant aux entreprises françaises un milliard d’euros.

La politique gênante de l’allié saoudien

Alors que la région connaît un regain de tension autour de la rivalité entre Ryad et Téhéran, notamment au Liban, et que le conflit au Yémen constitue déjà selon l’ONU la pire crise humanitaire de la planète, Macron a annoncé à Abu Dhabi sa volonté de s’arrêter en Arabie Saoudite afin de « sensibiliser le voisin saoudien à toutes ces questions. » Suite à la démission du premier ministre libanais, Saad Hariri, proche des Saoudiens, dans des conditions obscures lors d’un séjour en Arabie saoudite, Ryad a accusé l’Iran de mettre la main sur le Liban à travers le puissant mouvement chiite du Hezbollah.

Emmanuel Macron a assuré l’Arabie Saoudite de son soutien, reprenant à son compte les accusations saoudiennes contre le Hezbollah, accusé de préparer le meurtre de Hariri et de conserver une aile militaire. Paris a également exprimé sa solidarité avec Ryad suite à la frappe d’un missile tiré par les rebelles Houtis du Yemen sur l’aéroport de Riyad, soutenus par l’Iran et contre lesquels l’Arabie Saoudite a entreprit une guerre qui ensanglante le Yemen. Mais Macron s’est également démarqué du nouvel homme fort de Ryad, Mohammed bin Salman. Il a en effet critiqué les « jusqu’au boutistes » et les « positions très dures exprimées par l’Arabie saoudite », allusion à la politique régionale saoudienne intransigeante face à l’influence iranienne. En effet, si l’Arabie Saoudite venait à amorcer un conflit plus ouvert avec Téhéran, les investissements, comme ceux de Total, PSA ou Renault, pourraient être particulièrement affectés.

Des contrats d’armement pour assurer la paix ?

En soufflant le chaud et le froid, ménageant l’allié saoudien tout en cherchant à contrebalancer la position saoudienne dans le bloc sunnite par en renforçant les Emirats, Macron s’est donné pour tâche d’assurer le retour sur investissements des groupes capitalistes français et de se poser en médiateur crédible pour résoudre la crise interne au sein du « bloc sunnite ». La politique agressive de l’Arabie saoudite contre l’Iran, notamment autour du programme nucléaire de Téhéran, ne doit pas mettre en danger les investissements français en Iran depuis la levée des sanctions internationales.

Alors que le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, vient d’opérer une large purge dans le gouvernement saoudien, concentrant un peu plus le pouvoir entre ses mains, Macron à toutefois répété le soutien de la France à sa stratégie de développement. Le communiqué de l’Elysée salue même « l’ouverture » du pays et son « appui à un islam modéré. » Il s’agissait donc, surtout, de conserver les marchés obtenus par la France tout en essayant de conserver l’influence française dans une région traversée par la guerre et l’instabilité provoquées par l’impérialisme.

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Mis à jour le samedi 18 novembre 2017