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MigrantEs : passer de l’indignation humanitaire à la contre-offensive !

Crédit Photo : Photothèque Rouge / JMB

Retour sur l’année 2017. Si 2017 s’est close sur un regain d’activité des collectifs de soutien aux migrantEs et sur la création de nouvelles structures de solidarité, cette année s’ouvre avec un défi majeur pour les internationalistes : battre en brèche le projet de loi visant à réprimer davantage les réfugiéEs… et faire du 17 mars, journée internationale contre le racisme, un succès.

Une photo relayée sur les réseaux sociaux le 25 décembre est devenue virale : on y voit des jeunes mineurs isolés, en errance dans le quartier de la Goutte-d’Or à Paris, tenter de se réchauffer dans les tambours des sèche-linge d’une laverie automatique.

La chasse est ouverte

Quelle image pouvait mieux exprimer la barbarie d’une société incapable d’accueillir ces enfants et ados, incapable de respecter les conventions internationales supposées les protéger ! Nous n’avons pas la mémoire courte, et les promesses de Macron déclarant en juillet qu’il ne voulait « plus personne dans les rues d’ici la fin de l’année » résonnent comme une énième fumisterie.

Gérard Collomb, père fouettard en chef du gouvernement, s’offusque des réactions indignées que suscitent les atteintes multiples aux droits de l’homme dont sont victimes les migrants, et en a, selon ses dires, « marre de passer pour le facho de service ». Son bilan est pourtant éloquent et Jacques Toubon, ancien garde des sceaux de Chirac et désormais « Défenseur des droits », dénonce ce gouvernement comme l’un des plus répressifs des dernières décennies, que « les instructions de l’exécutif vont plus loin » que tous les gouvernements précédents dans une « vision sécuritaire de l’immigration »…

Par deux circulaires – l’une du 16 octobre, l’autre du 20 novembre – adressées aux préfets et aux directions de la police et de la gendarmerie, sous prétexte de « menaces à l’ordre public », le ministre de l’Intérieur exhorte ses troupes à « user de la plus grande fermeté » dans la chasse aux étrangerEs. Les effets ont été immédiats : explosion des mises en détention dans les CRA (centres de rétention administrative), retour à la clandestinité pour les ­recaléEs au statut de réfugiéE (soit plus de 70 % des demandes).

Accrocs au sein de la majorité

On peut facilement résumer le contenu du projet de loi qui sera présenté en février à l’Assemblée : plus de répression, plus d’expulsions, externalisation maximum du contrôle des frontières, rafles dans les centres d’accueil et d’orientation… Alors que l’ensemble des organisations humanitaires expriment leur opposition au projet de loi et que des « états généraux de l’immigration » vont se tenir au début de l’année, on a vu les premiers accrocs au sein de la majorité. La députée LREM Sonia Krimi a ainsi dénoncé, lors d’une intervention à l’Assemblée nationale, les « centres de rétention qui sont devenus des centres de détention indignes ». Raphaël Pitti, médecin humanitaire et élu municipal à Metz décoré en juin par Jupiter lui-même, a annoncé quant à lui qu’il rendait sa légion d’honneur pour protester contre « le désengagement de l’État dans l’aide aux migrants ».

Mais il faudra bien plus que l’indignation d’un médecin ou d’une députée de la majorité pour mettre en échec une politique qui vise deux objectifs : occuper le champ politique en matière de sécurité publique pour ne pas laisser le champ libre à Wauquiez et au FN, s’aligner au niveau européen sur les politiques les plus répressives, quelles qu’en soient les conséquences. Le gouvernement belge a été ainsi directement mis en cause dans l’expulsion de migrantEs soudanais atrocement torturés à leur retour au pays.

La résistance s’organise

Si la répression des migrantEs s’est considérablement accélérée au cours du dernier trimestre, nous ne pouvons que nous réjouir du regain d’activité des antiracistes. Cédric Herrou et le collectif de la Roya, inconnus du grand public il y a quelques mois, sont devenus un symbole de résistance active au racisme d’État. Leur mouvement fait tache d’huile, et implique aujourd’hui des centaines de citoyenEs bien au-delà des cercles militants traditionnels. En refusant de se soumettre au blocus de la frontière, en bravant les dispositifs policiers, en assumant de mener le combat judiciaire sans rien édulcorer du fond et de la nature de leur lutte, ils ont favorisé et légitimé le développement de nombreux collectifs de mobilisation dans d’autres régions.

Nous avons relaté dans ces pages certaines de ces mobilisations dans les universités, dans les quartiers populaires, et il serait difficile d’en faire une liste exhaustive. La manifestation réussie de Menton le 16 décembre à la frontière italienne a été l’une des expressions de ce développement.

Notre objectif pour les prochains mois doit être de regrouper toutes ces résistances, dans leur diversité, pour aller vers un vaste mouvement national capable de peser dans le rapport de forces avec le pouvoir. Le rendez-vous international du 17 mars peut en être l’occasion, pourvu que l’on s’y attelle dès maintenant.

Alain Pojolat

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Mis à jour le jeudi 22 février 2018