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Dans le journal Le monde : Alain Krivine et Alain Cyroulnik : « Eh bien non, nous n’allons pas enterrer Mai 68 »

En réaction aux propos tenus dans le « M Le magazine du Monde » par Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil, les deux anciens de la Ligue communiste révolutionnaire défendent le message et les valeurs de Mai 68 dans une tribune au « Monde ».

Une des plus grandes grèves de notre histoire

Eh bien non… Nous ne sommes pas pour « fêter ce 68-là » car nous ne sommes pas pour enterrer ce qui fut l’une des plus grandes grèves de notre histoire. N’en déplaise à Dany, qui réunissait toute la droite au Parlement européen par sa gouaille et un libéralisme qui n’avait plus rien à voir avec 68, ou Romain, qui se flatte de « s’être bien marré » et d’avoir tout abandonné : « Je ne supporte plus ­de voir un militant politique. C’est comme les anciens alcooliques, je suis devenu intolérant. »

Eh bien non…, Mai 68 n’était pas qu’une simple saute d’humeur et une crise de puberté. Il n’était pas et n’est pas compatible avec les reniements, les petites combines. Il n’était pas ­consensuel, et ne l’est toujours pas. Il n’était ni cocardier ni libéral. Notre génération, née de la seconde guerre mondiale, s’est dressée contre les affres de la guerre d’Algérie et de celle du Vietnam. Les guerres que mènent aujourd’hui les pays occidentaux, dont la France, en Afrique ou au Moyen-Orient, nous donnent toujours et encore la nausée. Nous voulions un monde qui ne soit aux ordres ni de Washington ni de Moscou, et nous voulions redonner au socialisme son visage humain. Le visage hideux du capitalisme nous répugne tout autant qu’hier.

Drapeaux rouges en tête

Pour nous, 68 ne se réduit pas à une révolution culturelle et à la libération sexuelle, même si cela a bien sûr existé, comme dans tout mouvement social où les gens deviennent quotidiennement méconnaissables car heureux et joyeux. Mai 68, c’est surtout en France près de 10 millions de grévistes qui occupent leurs usines, drapeaux rouges en tête, les étudiants leurs facs, les lycéens leurs bahuts pendant plusieurs semaines, et les gens qui partout discutent ensemble.

Nous ne nous souvenons pas d’une grande farce ou d’une grande rigolade, mais surtout d’un moment intense où des millions de personnes se sont mises à exister. Guy Hocquenghem, qui fut notre éditorialiste en 1968, a attaqué une partie de cette génération qui est passée de l’autre côté, dans un livre écrit deux ans avant sa mort, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (1986, rééd. Agone, 2003). Eh bien, nous n’avons jamais été cela et nous ne sommes toujours pas de ceux-là.

Certes, la situation a changé : des murs et des barbelés s’érigent partout, des milliers de morts tombent sur les routes, dans les mers de l’exil et sous les bombes des guerres qui se déroulent sur tous les continents, et, en France, il y a près de 10 millions de chômeurs et de précaires.

Renault Billancourt a disparu

Certes, il n’y a plus 500 000 étudiants mais plus de 2 millions, dont la moitié travaillent pour payer leurs études ou leur logement. Les grandes usines comme Renault Billancourt ont disparu mais jamais les exploités et les exclus n’ont été aussi nombreux. Ils et elles ne se retrouvent plus ni dans la gauche ni dans la droite, la droite faisant la politique de l’extrême droite et la gauche celle de la droite…

Non… Nous n’allons pas enterrer Mai 68. Au contraire, nous avons aujourd’hui au moins autant de raisons de nous révolter. Après trente ans d’attaques libérales qui ont permis à l’extrême droite d’être au second tour de la présidentielle et de contaminer tous les débats politiques, l’esprit de Mai 68 est plus que jamais d’actualité.

Pour nous, Mai 68 reste ce qu’il faut refaire, mais en étant capables de coordonner les luttes, de susciter dans les entreprises et les quartiers, les villes et les campagnes, un véritable pouvoir des travailleurs associant celles et ceux, inorganisés, associations ou syndicats, partis, avec ou sans emploi, Français ou étrangers, qui croient qu’un autre monde est possible et qui veulent le construire, sans frontières, sans murs et sans haine, comme l’affirmait ce mot d’ordre de 68 : « Les frontières on s’en fout ! »

La solidarité militante, l’espoir en une révolution pour balayer le « Vieux Monde », pour un nouveau Mai 68 du XXIe siècle qui, cette fois-ci, réussisse pleinement, nous, on signe encore.

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Mis à jour le samedi 20 octobre 2018