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Loi asile-immigration : un souffle d’extrême-droite fait tanguer le gouvernement

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Celui qui en avait assez de passer pour le « facho de service » risque fort de conserver quelques temps son surnom. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a présenté ce mercredi son projet de loi sur l’asile et l’immigration en Conseil des ministres puis devant les députés. Tout en vantant un « texte équilibré », « l’hémisphère droit » d’Emmanuel Macron tente de déminer la contestation qui, au-delà de la gauche, des associations et des organismes chargés du droit d’asile, a déjà gagné les rangs de la majorité.

Yano Lesage
Une polémique ouverte par la « circulaire Collomb »

L’exercice est épineux pour le gouvernement. Après sa présentation en Conseil des Ministres, Gérard Collomb est venu défendre à l’Assemblée son projet de loi asile et immigration. Il faut dire qu’après la « circulaire Collomb » qui a autorisé les préfectures à contrôler les migrants dans les centres d’hébergement, l’homme qui murmure à l’oreille d’Emmanuel Macron, s’est mis à dos les associations… mais aussi plusieurs députés de la majorité. Début janvier, Sonia Krimi, députée LREM de la Manche, n’avait pas hésité à interpeller Collomb sur le futur projet de loi. Depuis, le gouvernement a multiplié les stratégies pour ressouder ses rangs et ceux de la majorité autour de la politique anti-migrants de Collomb : Edouard Philippe et Aurore Bergé, la porte-parole du groupe LREM, ont multiplié les plateaux pour défendre la circulaire Collomb ; les députés de la majorité ont été briefés voire invités par Gérard Collomb personnellement. Si le gouvernement a renoncé à la notion de « pays tiers sûr » pour le renvoi des réfugiés ouvrant la possibilité d’une sous-traitance du traitement de l’asile), Collomb n’a rien lâché sur l’esprit ultra-répressif du projet de loi.

Des délais réduits pour complexifier les procédures de demande d’asile

Ce dernier propose notamment d’étendre de 45 à 90 jours la durée maximale de rétention administrative, soit l’incarcération des réfugiés en situation irrégulière, our faciliter les expulsions des réfugiés par les autorités. Mais aussi la réduction des délais de dépôt de demande d’asile – de 120 à 90 jours – et de recours en cas de rejet – de 1 mois à 15 jours. Des restrictions à l’accès aux procédures de demande d’asile qui font bondir l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) en charge du traitement des demandes d’asile. Les personnels de l’Ofpra étaient d’ailleurs en grève, pour la première fois depuis 9 ans, ce mercredi, tout comme les juristes de la Cour National du Droit d’Asile. La « réduction des délais » que défend le gouvernement ne va en aucun cas dans le sens d’une amélioration du traitement des réfugiés. « La conséquence, confie Suzy Balourd, secrétaire d’audience et secrétaire générale de la CGT à la CNDA, au HuffingtonPost, c’est simplement qu’ils ne pourront pas du tout faire de recours ». « C’est la criminalisation de personnes qui ont souffert, qui ont été victimes de torture, de guerre, de dictature […] et la seule réponse de l’Etat est de les mettre en prison ». déclare Cédric Herrou militant de la vallée de la Roya, au micro de RTL.« L’extrême-droite est au pouvoir » conclue-t-il.
Remous dans la majorité

En l’intitulant, « pour une immigration maitrisée et un droit d’asile effectif », Gérard Collomb et le gouvernement souhaiteraient faire passer le projet de loi pour un « un texte équilibré ». Un texte qui reprendrait à bon compte les termes et les préoccupations de l’extrême-droite – « s’aligner sur les pays européens pour ne pas créer d’appel d’air » – tout en invoquant « une volonté d’accueil et d’humanisme car nous sommes portés vers l’altruisme ». Et Gérard Collomb a beau citer Saint Augustin, dans le texte latin s’il-vous-plait, pour essayer de déminer le terrain et le gouvernement sortir, deux jours avant la présentation de la loi asile-immigration, le rapport Taché sur l’intégration, vernis « humanitaire » de la loi Collomb, rien y fait. Pour la première fois, c’est la mécanique du « en même temps » qui s’enraye.

Il y a quinze jours, 31 députés LREM déjà bravé les consignes du gouvernement sur une proposition de loi sur le placement en rétention des migrants. En proposant trois amendements, ils désiraient rétablir la version d’origine du texte, avant son passage au Sénat et son durcissement. Parmi ces députés, plusieurs plaident d’ors et déjà pour un « rééquilibrage » du texte. Dans les colonnes du Point, Matthieu Orphelin, député LREM du Maine-et-Loire, appelle à des « compromis ambitieux » avec le gouvernement pour éviter la crise : « je sais que beaucoup aimeraient qu’on se divise » admet-il, « mais je crois qu’on peut trouver des points d’équilibre » affirme Orphelin qui souhaite porter des propositions « sur l’évolution de la notion de délit de solidarité, révision du règlement de Dublin » notamment.

Pas sûr que celles-ci soient au goût de Jupiter qui, y compris sur cette première question sociétale, se positionne résolument à – l’extrême –droite.

Crédits : FRANCOIS GUILLOT/AFP/Archives

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Mis à jour le lundi 17 décembre 2018