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Blocage des universités : une fin en soi ou un point d’appui pour vaincre Macron ?

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Ces dernières semaines, les blocages d’université contre la sélection et le gouvernement se sont multipliés. Ceux-ci ont permis de construire la mobilisation face au gouvernement, notamment sur le versant médiatique. Cependant, pour construire un véritable rapport de forces capable de faire reculer le gouvernement, ceux-ci ne seront pas suffisants.

Georges Camac
Assemblées générales massives, blocages d’établissements, cortèges étudiants dans les manifestations de cheminots : depuis le 22 mars, le mouvement étudiant a pris de l’ampleur. Au dernier décompte, il y avait 20 universités mobilisées dont 10 occupées. Et la tendance est encore à la hausse. En plein milieu de la grève des cheminots, accompagnés par les travailleurs d’Air France et les éboueurs, le réveil dans les universités inquiète au plus haut point le gouvernement. Si celui-ci fait mine jusqu’ici de ne rien voir, les réseaux macronistes en coulisses sont très actifs pour saisir la mobilisation au plus près et tenter de lancer une contre-offensive médiatique sur les réseaux sociaux.

Le gouvernement a bien raison d’avoir peur. En quelques semaines, la situation s’est réchauffée et la perspective de devoir reculer sur les contre-réformes est bien réelle. A peine un an après son élection, un recul serait un camouflet qui pèserait sur toute la suite du quinquennat, voire pourrait mettre en danger son existence. Cependant, la bataille est loin d’être gagnée, elle n’en est qu’au début. Sur les universités notamment, la principale tâche est aujourd’hui de mettre la mobilisation au service de la construction du rapport de forces.
Un blocage illimité ?

Cette dernière précision pourrait paraître triviale mais elle ne l’est pas au regard de la tournure qu’ont pris les occupations dans certaines universités. A Montpellier ou encore à Bordeaux, pour ne prendre que ces exemples, la logique d’occupation rentre en contradiction avec le développement du mouvement. A chaque fois, c’est le même scénario : des étudiants, issus de certains groupes autonomes, proposent un vote illimité sur le blocus et l’occupation dans une assemblée générale. Lorsqu’il est accepté, ce vote sert de prétexte pour ne plus reposer le blocus lors des prochaines assemblées générales. Dès lors, celles-ci ne servent plus qu’à organiser l’action des militants déjà convaincus et organisés et non plus à étendre la mobilisation en cherchant à convaincre les étudiants non mobilisés.

Or, cette logique du blocage illimité est un véritable danger pour la mobilisation. A Montpellier ou à Bordeaux, alors que les blocus avaient été lancés par des assemblées générales de plusieurs milliers de personnes, depuis le vote du blocus illimité, celles-ci ne rassemblent désormais plus que quelques centaines d’étudiants au plus fort. Un niveau de mobilisation qui ne reflète pas du tout l’opposition au gouvernement et à son plan étudiants, et dont ce dernier se sert pour tenter de discréditer la mobilisation sur les facs en expliquant qu’elle serait simplement le fait d’une minorité agissante.

Il ne s’agit pas ici de donner un quelconque crédit à la propagande gouvernementale : les blocages d’université sont soutenues par beaucoup d’étudiants, comme le montrent les assemblées générales qui les ont reconduits dans plusieurs universités, et ce, malgré les appels à mobilisation des antibloqueurs. Il ne s’agit pas non plus de remettre en cause l’idée de blocages d’université qui durent le plus longtemps possible. Ce qui est en question, c’est bien le sens de ces blocages et des occupations d’université, contre l’idée qu’ils pourraient être, sous une forme ou une autre, une fin en soi.

L’occupation n’est pas une fin en soi

Dans le cadre d’une mobilisation étudiante, les blocages des établissements sont une nécessité. Ils permettent de mettre fin à la pression des cours et des absences, en particulier pour les étudiants boursiers, et de libérer du temps pour permettre de construire la mobilisation. Ils sont également un moyen de construire un bras de fer avec les directions d’université et de visibiliser le mouvement. Dans la mobilisation actuelle, ils ont joué un rôle central : ils ont permis à des milliers d’étudiants de venir en assemblée générale exprimer leur soutien à la mobilisation. Ils ont obligé les journalistes à en finir avec le black-out médiatique qui existait jusque-là.

L’occupation des établissements en est la suite logique. Tenir les lieux universitaires jour et nuit permet d’empêcher la répression administrative à travers le lock-out des présidences, qui consistent à fermer les centres pour empêcher les étudiants de se mobiliser à l’intérieur. D’autre part, elle répond à un besoin de se réapproprier les facs face à l’ordre universitaire qui y règne habituellement. Contre l’idée selon laquelle une fac bloquée est une fac morte, au Mirail, à Tolbiac, à Montpellier ou encore à Bordeaux, les facs sont devenues des espaces vivants : les cours alternatifs, conférences, ateliers divers et variés, ou encore les rencontres avec les travailleurs en lutte se multiplient et attirent des centaines d’étudiants quotidiennement, comme à « l’Université Libre de Tolbiac ».

Mais cette réussite a un revers. Grisés par leur réappropriation des lieux universitaires, certains occupants en viennent, consciemment ou non, à penser cette réappropriation comme une fin en soi. Cette perspective est, de plus, alimentée par la peur d’une intervention policière contre les occupants, ou même d’une milice fasciste comme à Montpellier. Face à ces menaces, alimentées par les nervis d’extrême droite sur les réseaux sociaux, la volonté de se cacher, de se barricader se renforce. Elle est compréhensible, mais contre-productive. C’est au contraire l’isolement du mouvement qui permettra à nos nombreux ennemis, gouvernement, présidences d’université, police, ou encore milices d’extrême droite, de venir déloger les étudiants mobilisés d’autant plus facilement.

Pour un mouvement étudiant massif et auto-organisé

Face à cette perspective, il est nécessaire de renouer avec la tradition du mouvement étudiant qui a fait ses preuves par le passé. A commencer par les assemblées générales organisées de manière régulière qui doivent rester des lieux ouverts, y compris à ceux qui s’opposent au blocage, exception faite des militants d’extrême droite qui menacent le mouvement et sont déjà passés plusieurs fois à l’action. Elles doivent également être décisionnelles, et aucune question ne peut être exclue de l’ordre du jour, même si celle-ci a déjà été votée dans une précédente assemblée.

Le blocage, notamment, doit rester reconductible à chaque échéance. Evidemment, cela pose la perspective de pouvoir perdre le vote et devoir débloquer le centre universitaire. Mais l’enjeu en vaut la chandelle : c’est seulement par ce moyen que la mobilisation peut rester active, que des étudiants contre la sélection ne restent pas juste des soutiens passifs des étudiants mobilisés, mais commencent à prendre eux-mêmes leurs affaires en main. Et de ce point de vue, les choses n’en sont encore qu’à leur commencement. Passer de plusieurs centaines à des milliers en occupation, passer de plusieurs dizaines de milliers à des centaines de milliers en manifestation, c’est-à-dire poser la perspective d’un mouvement étudiant comme en 1968, en 1986, ou encore en 2006 capable de faire reculer le gouvernement est une possibilité réelle si on s’en donne les moyens.

Enfin, pour avoir une existence nationale, le mouvement doit se doter d’une structuration propre au niveau national. C’est le sens de la Coordination Nationale Etudiante (CNE) qui se tiendra ce week-end à Nanterre. Elle sera composée de centaines de délégués élus démocratiquement et mandatés par les différentes assemblées générales. Si les bureaucrates étudiants comme ceux du Bureau National de l’UNEF et leurs alliés cherchent systématiquement à investir ces cadres par de faux mandatements pour peser artificiellement dedans, c’est bien parce que celles ci ont vocation à représenter tous les étudiants mobilisés, dont un certain nombre fait sa première expérience dans ce mouvement. S’ils cherchent à noyauter ces coordinations, c’est bien pour les empêcher de les dépasser, ce qui voudrait dire qu’ils ne seraient plus légitimes aux yeux de tous pour parler au nom des étudiants. Face à cela, le seul moyen de lutter efficacement contre la direction de l’UNEF et ses rejetons est au contraire de construire une coordination qui représente réellement les étudiants mobilisés, et notamment ceux des épicentres de la mobilisation, comme Tolbiac, Rennes, Montpellier, Bordeaux, Le Mirail ou encore Nantes. A la veille des vacances et des partiels, elle constitue un cadre de coordination essentiel pour penser une suite à cette mobilisation et construire une convergence avec les autres secteurs dans la bataille, cheminots en tête.

De ce point de vue, on ne peut que regretter le refus de certaines universités mobilisées d’y envoyer des délégations. Il s’agit, bien souvent, des mêmes facs qui ont décidé d’un blocage illimité et qui limitent les assemblées générales aux étudiants déjà mobilisés. Ce fonctionnement en vase clos ne peut mener qu’à la défaite du mouvement, dans un contexte où le gouvernement est à l’offensive pour discréditer la mobilisation. Heureusement, il n’est pas trop tard pour inverser la tendance.

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Mis à jour le samedi 30 juin 2018