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Un climat « années 30 » ? Macron cherche à incarner l’ultime rempart contre l’extrême droite

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La Macronie en reconquête
Dans une interview accordée à Ouest France, Emmanuel Macron s’est fendu d’une déclaration fracassante, estimant que « le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres ». Une analyse qui amène le « président des riches » à se poser comme l’ultime rempart contre l’extrême droite, dans un appel à « résister ».

Julian Vadis
Quelques jours après la victoire du très réactionnaire Jair Bolsonaro aux élections présidentielles brésiliennes, Emmanuel Macron a décidé de lancer les grandes manœuvres. Dans une interview accordée à Ouest France paru ce 1er novembre, le « président des riches » n’a pas été avare en phrases chocs. « Le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres », comparant ainsi explicitement la montée des régimes fascistes et nazi aux phénomènes actuels d’accession au pouvoir de figures de droite extrême ou d’extrême droite.

La situation actuelle est-elle comparable aux années 30 ?

La première des questions à se poser, c’est bel et bien la pertinence d’une telle affirmation, tout en gardant à l’esprit que toute comparaison de ce type se heurte par définition à des contradictions importantes et que l’Histoire « ne ressert jamais deux fois le même plat à l’identique ».

Ainsi, la petite phrase choc de Macron balaie d’un revers de la main deux événements majeurs, qui ont bouleversé le cours de l’Histoire. La boucherie de la première guerre mondiale d’abord et son lot de conséquences politiques majeures au cœur même des pays dits « centraux » du capitalisme mondial, en premier lieu l’Allemagne et l’Italie. La Révolution russe de 1917 ensuite, qui non seulement marque un tournant de la guerre de 14-18, mais qui par delà les frontière est un point de départ à une multitude de poussées révolutionnaires partout dans le monde, et en particulier en Europe. Deux « oublis » pour le moins fâcheux, tant ces deux événements sont fondamentaux pour comprendre la dynamique des années 30, et sont absents de la situation d’aujourd’hui.

Ce qui caractérise le contexte actuel, c’est la crise profonde que traverse le modèle néo-libéral, dont Macron est un pur produit « à la française », sans que pour l’heure n’émerge d’alternative politique. La formule du communiste italien des années 30 Antonio Gramsci - « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » - est en ce sens particulièrement saisissante pour analyser le plus justement possible la montée de la droite extrême et l’extrême droite aujourd’hui, et caractériser précisément la nature de ces gouvernements réactionnaires (Trump, Orban, Salvini, Bolsonaro...). Dans une vidéo publié sur Révolution Permanente, Daniela Cobet et Philippe Alcoy, membres du comité de rédaction, s’attachent à analyser l’élection de Bolsonaro au Brésil, tout en pointant les limites et contradictions, afin de définir au plus près la nature du régime à venir dans le plus grand pays d’Amérique Latine et des tâches à mener pour lutter contre cette fuite en avant réactionnaire.

Quels objectifs derrière la manœuvre ?

Pour Macron, l’enjeu est avant tout de lancer la contre-offensive en vue des élections européennes. Peu importe, au final, les approximations : Il s’agit de surfer sur les craintes légitimes face à la montée des idées réactionnaires pour se poser en rempart contre l’extrême droite, dans une posture « anti-fasciste ».

De plus en plus isolé à échelle continentale, qui plus est avec l’ambiance de fin de règne de Merkel en Allemagne, Macron cherche encore et toujours à jouer la carte qui a fait sa force lors de l’élection présidentielles de 2017. Christophe Barbier, que l’on peut difficilement taxer de gauchiste, expliquait ainsi sur l’antenne de BFM TV que Jupiter cherche à « dramatiser » la situation, mais aussi à se « re-présidentialiser » en prenant de la hauteur tout en affirmant que Macron « ne veut pas que les élections européennes se déroulent selon le clivage « droite-gauche », sinon il va les perdre ». En définitive, avec la référence aux années 30, Macron veut imposer comme clivage pour l’élection le dilemme suivant : Le modèle néo-libéral soi-disant « progressiste », ou le nationalisme et la guerre.

Face à la montée de l’extrême droite et la percée des idées réactionnaires, Macron est tout sauf un rempart !

Si nous ne sommes pas, aujourd’hui, face à l’émergence de régimes fascistes comme dans les années 30, la situation n’en reste pas moins dramatique. L’émergence de régimes aux traits réactionnaires renforcés, comme au Brésil qui est une forme de « pointe avancée » à échelle mondiale, doit nous conduire à penser notre orientation pour la prochaine période.

Emmanuel Macron, figure de proue d’un modèle néo-libéraliste agonisant, n’est en aucun cas un rempart contre la fuite en avant réactionnaire. Bien au contraire, comme son prédécesseur Hollande, Jupiter s’appuie sur les mécanismes les plus réactionnaires de la V° République, orchestre la chasse au migrants, militarise les quartiers populaires et criminalise les mouvements sociaux. Sans compter, bien sûr, l’attaque menée contre l’opposition à gauche, avec l’épisode de l’affaire Mélenchon.

L’épuisement prématuré du macronisme et l’explosion des contradictions qui marquent la rentrée sociale a au contraire ouvert une période transitoire, qui nécessite une intervention massive du mouvement ouvrier, en toute indépendance des classes dominantes, pour ouvrir la voie à une réelle alternative progressiste. La manœuvre de Macron, qui consiste à chercher à rassembler derrière lui l’ensemble des composantes, de droite comme de gauche, dans la défense de la « démocratie » contre le repli nationaliste est en ce sens une impasse pour les millions d’exploités et d’opprimés, non seulement en France mais aussi dans toute l’Europe. Il s’agit aussi, en dernière instance, d’une stratégie qui ouvre la voie à l’enracinement et la poursuite de la progression des idées réactionnaires.

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Mis à jour le vendredi 16 novembre 2018