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La CGT ne peut plus tourner le dos au mouvement des gilets jaunes. La base doit imposer la convergence !

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Gilets rouges et gilets jaunes
La CGT ne peut plus tourner le dos au mouvement des gilets jaunes. La base doit imposer la convergence !

Très critiquée à la base, la direction de la CGT avait tenté d’apparaître ces derniers jours davantage pour la convergence avec les gilets jaunes. Mais alors que le mouvement s’ancre et se durcit, Philippe Martinez persiste et signe sur une orientation de division qui ne peut que faire le jeu du gouvernement ! Retour en trois actes sur le positionnement de la Confédération.

Camille Pons

Acte 1 : une orientation clairement divisionniste

Face à l’objet social non-identifié que représentait le mouvement des gilets jaunes avant le 17 novembre, on peut comprendre que des organisations se revendiquant du mouvement ouvrier aient pu avoir des doutes, sur sa composition, ses revendications... Après le 17 novembre, néanmoins, il était déjà impossible de parler d’un mouvement hégémonisé par l’extrême-droite, la droite ou le petit patronat poujadiste.

Durant toute la semaine entre le 17 et le samedi 24 novembre, le décalage a grandi entre d’une part l’attitude hostile de la direction de la CGT au mouvement des gilets jaunes et d’autre part la réalité des piquets, auxquels participaient d’ailleurs beaucoup de militants CGT. Pour ces derniers, participer au mouvement des gilets jaunes était quelque chose de naturel. C’était se placer aux côtés de collègues, de travailleurs précaires ou salariés de petites entreprises, malades ou privés d’emplois, souvent de secteurs où le syndicalisme est peu présent, ou déçus par les syndicats. A l’image de ces manifestants se sentant à la fois CGT et gilet jaune (que nous avons interviewé, ici ou là), beaucoup de syndicalistes ont émis des critiques contre la ligne de la Confédération simplement scandaleuse.

Acte 2 : une « convergence de façade »...

Voyant la grogne en interne, le Bureau Confédéral (BC), à travers un relevé de décision du 26 novembre, semble revoir sa position. En tout cas, officiellement...

Contrairement au précédent communiqué qui ne mentionnait même pas les gilets jaunes, le BC les mentionne cette fois-ci et évoque la possibilité que « le dialogue se noue », au moins « là où c’est possible ». S’en suit dans la semaine un discours de Philippe Martinez dans les médias qui se veut davantage pro-convergence, notamment autour des manifestations du 1er décembre. « Il y a des convergences possibles », « ça peut faire très beau le rouge et le jaune » note-t-il par exemple, expliquant que la majorité des revendications des gilets jaunes sont portées par la CGT.

Le 30 novembre, la revue Regards titrait même son interview ainsi : « Philippe Martinez : ’Notre responsabilité, c’est de mettre tout le monde en grève’ ». Une interprétation assez abusive de l’intervention du secrétaire général de la CGT, qui dans le contenu de l’entretien tendait au contraire à se déresponsabiliser, avec les arguments classiques : « il n’y a pas de bouton magique pour la grève générale », « en 68, la CGT n’a pas appelé à la grève générale », « si la CGT appelait à la grève générale, ça ne marcherait pas ».

Ce recalibrage dans le discours a pu avoir l’effet escompté. En effet, il a été accueilli par les syndicalistes les plus pro-convergence comme un repositionnement allant dans le bon sens. Pourtant, certains aspects montraient déjà que le recalibrage n’était que de façade. En effet, dès le relevé de décision du BC du 26 novembre, les « possibilités de dialogue » s’inscrivaient hors de la dynamique réelle du mouvement des gilets jaunes. La perspective restait abstraitement de « séquencer les initiatives pour faire monter le rapport de forces en vue de la journée de 24h de grève prévue début 2019 ». Autrement dit, le retour de la vieille méthode des journées d’actions isolées et éloignées dans le temps, calquées sur les moments de « négociation », qui ont été une des causes des défaites passées et du rejet grandissant des syndicats...

Le caractère purement formel du changement de cap de la direction de la CGT s’est d’ailleurs confirmé par la suite dans le maintien de rassemblements séparés de ceux des gilets jaunes dans la plupart des villes (dont Paris), ce qui laissait présager que les « convergences possibles » allaient rester purement théoriques...

Acte 3 : la désillusion du 1er décembre : la Confédération tourne le dos aux gilets jaunes

Déjà en amont de la journée du samedi, le maintien de la manifestation CGT à République, pour ne parler que de Paris, avait quelque chose de ridicule. Alors que plusieurs secteurs décidaient de rejoindre les gilets jaunes (Cheminots, comité Adama, étudiants), les manifestants CGT commençaient à se rassembler à République. Une manifestation regroupant tout au plus 3000 personnes et qui surtout ne visait aucune jonction, même symbolique, avec les gilets jaunes qui occupaient pourtant plusieurs points de la Capitale et s’affrontaient à la police.

L’incompréhension de nombreux gilets jaunes qui ont vu passer le cortège CGT à la Bastille, puis repartir rapidement vers Gare de Lyon, laissant les gilets jaunes face aux CRS, était palpable, comme en témoignaient ces gilets jaunes pourtant très ouverts à la convergence, ou encore ce post de Mickael Wamen, ancien leader des Goodyear d’Amiens, sur Facebook :

Et c’est la même logique qui se reproduit en province, y compris dans des villes où la CGT se montrait encore davantage, dans le discours, favorable à la convergence avec les gilets jaunes... A Toulouse par exemple, même si le rassemblement CGT et celui des gilets jaunes avaient lieu à des endroits et des horaires différents, la jonction avait eu lieu sur les boulevards, notamment à l’initiative des gilets jaunes, allant à la rencontre du parcours de manifestation des « gilets de syndicalistes ». Une jonction sous les applaudissements et quelques poignées de main, marquée par l’absence d’une quelconque hostilité. Mais face aux premiers signes de répression, le cortège intersyndical s’immobilisait 200 mètres en amont, sous l’incompréhension des gilets jaunes, dont un grand nombre découvrait pour la première fois la répression des manifestations, les gazages et les provocations policières.

A la suite de la journée d’affrontements, le schéma classique de la division entre « casseurs » et « bons manifestants », d’habitude utilisée par les médias ou le gouvernement ne fonctionnait déjà plus. L’énorme nombre de manifestants restant au point d’affrontements ou y participant directement, la quantité de manifestants disant soutenir, ou au moins comprendre les « violences », ou encore le profil des personnes interpelées remettaient en cause les tentatives en ce sens. Sur BFM, on pouvait par exemple entendre un éditorialiste « analyser » la situation en expliquant qu’il y avait eu « environ 200 vrais gilets jaunes », ayant accepté les contrôles d’identité pour manifester, mais environ 10.000 « casseurs », sous-entendu, « faux » gilets jaunes, venus là pour casser...

De son côté, le gouvernement reprenait ce discours de « casseurs », et le soir le Ministre de l’Intérieur n’excluait pas un rétablissement de l’Etat d’Urgence. Le gouvernement pourrait d’ailleurs faire le pari de cette division des gilets jaunes, en cherchant à négocier avec les 13 « gilets jaunes libres » (ayant publié une tribune dans le JDD, dont Benjamin Cauchy, le « porte-parole » pourtant rejeté du mouvement), et à condamner durement les « casseurs », bien que cette manœuvre semble compliqué à l’heure actuelle.

Dans ce contexte-là, la position du secrétaire général au soir du 1er décembre n’est plus simplement un manque de convergence. C’est une position scandaleuse, qui tourne le dos au mouvement, dans les moments les plus difficiles, et fait le jeu du gouvernement.

En effet, Martinez explique à l’AFP que les violences « font peur à ceux qui veulent manifester » et que les incidents « discréditent le mouvement social ». Une démonstration qu’il n’a rien compris à la nouvelle situation, alors que même certains journalistes doivent reconnaître que c’est souvent Monsieur-et-madame-tout-le-monde qui sont en première ligne des affrontements, ou s’en sentent solidaires, et que ce qui discrédite le plus le mouvement social aujourd’hui c’est précisément l’attitude des directions syndicales face à un mouvement soutenu par une large majorité des travailleurs.

Mais surtout, et c’est certainement cela le pire, il en appelle au gouvernement et au ministère de l’Intérieur pour que « les manifestations puissent se dérouler de façon normale », reprenant le discours sur les « groupuscules de casseurs » - « On sait bien qu’il y a un certain nombre de groupes, qui sont peu nombreux mais qui font beaucoup de dégâts, et qui discréditent les mouvement sociaux » - et légitimant ainsi la répression.

Le mouvement ouvrier ne peut pas rater le train de la contestation sociale !

On l’a vu, dans cette pièce de théâtre en trois actes qu’a joué la Confédération, le pas de côté de l’Acte 2 consistait essentiellement à calmer la grogne à la base du syndicat. Effrayée par la radicalité du mouvement des gilets jaunes, surtout après le 1er décembre, la direction de la CGT voudrait à la fois se délimiter un peu plus du mouvement réel, tout en montrant quand même à sa base qu’elle ne reste pas inactive dans la situation. De là l’apparition d’une nouvelle date, le 14 décembre, qui apparait déjà comme une énième « journée d’action » découpée de la dynamique réelle du mouvement. Dans son communiqué de presse, la Confédération ne fait plus aucune mention des gilets jaunes, et appelle à une « grande journée d’action » mais sans grève.

Dans cette situation sociale explosive, le gouvernement et le patronat craignent le durcissement, mais surtout les effets de contagion du mouvement. Avec l’entrée en scène des lycéens, cette crainte se fait plus présente. Le spectre de la contagion au mouvement ouvrier est dans les têtes.

Dans ce contexte, les militants et les structures de base du syndicat ne doivent pas rester muets. Le gouvernement est isolé, affaibli et assis sur une poudrière. Il est du devoir de chaque militant d’exiger que la Confédération non seulement appelle, mais organise en mettant toutes ses forces, à une journée de grève générale au plus tôt.

Une journée de lutte, enfin « tous ensemble », où les grévistes, les gilets jaunes, et tous les autres secteurs mobilisés pourraient discuter des revendications communes à défendre, tant sur le terrain social que sur le terrain démocratique, et des perspectives pour la suite du mouvement, de reconduction, de blocage, etc... La grève générale ne se construit pas toute seule. Ce n’est que si les salariés ont le sentiment que cette fois on y va tous ensemble et pour de bon, qu’il est possible d’entrer massivement en grève.

Crédit photo : Maxppp - Vincent Isore et Olivier Lanrivain

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Mis à jour le lundi 17 décembre 2018