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Le Pen, Salvini, Orban : ces projets populistes contraires aux intérêts d es Gilets Jaunes

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A l’approche des élections
Le Pen, Salvini, Orban : ces projets populistes contraires aux intérêts d es Gilets Jaunes

L’heure est aux réjouissances chez les populistes européens. Ceux-ci voient dans le mouvement des Gilets Jaunes une opportunité pour affaiblir Macron et conquérir une hypothétique majorité aux prochaines élections européennes. Pourtant, leur projet politique est largement opposé aux revendications portées par les Gilets Jaunes.
« Macron n’est plus mon adversaire. Il n’est plus un problème pour moi. Il est un problème pour les Français » : les propos sont signés Mattéo Salvini en personne. Début décembre, le premier ministre italien se réjouissait de la crise politique ouverte par les Gilets Jaunes en France, et de l’affaiblissement d’Emmanuel Macron. Une réponse indirecte au président français qui s’était déclaré quelques semaines auparavant « principal opposant » à l’émergence d’une force populiste sur le vieux Continent, c’est-à-dire le projet auquel travaille fermement le leader de la Ligue italienne en prévision des élections européennes.

Objectif européennes pour les populistes européens

Ceux-ci se sont faits discrets ces derniers temps pour ne pas (trop) donner l’impression de récupérer habilement le mouvement des Gilets Jaunes. Mais, en coulisses, les tractations s’accélèrent pour préparer une campagne commune lors des prochaines élections européennes. Le projet avait été dévoilé dès le mois de juillet quand le premier ministre italien, fort de sa récente victoire électorale, annonçait vouloir fonder une « Ligue des ligues » en Europe. Depuis, les rencontres bilatérales entre Salvini, Orban, Marine Le Pen mais aussi d’autres leaders nationalistes de second plan se sont multipliées.

Sur cette alliance européenne plane l’ombre de celui qui a fait la réussite de Donald Trump de l’autre côté de l’Atlantique, Steve Bannon. L’ancien conseiller stratégique était ainsi présent aux côtés de Marine Le Pen et Tom Van Grieken (leader du nationalisme flamand) dans un meeting en Belgique le 8 décembre dernier. Et celui-ci a exprimé son projet d’une manière limpide : « Dans les petits villages, dans les zones rurales de France et dans les rues de Paris, les gilets jaunes, les « déplorables » de France, sont exactement les mêmes personnes qui ont élu Donald Trump […], le même type de personnes qui ont voté pour le Brexit. Ils veulent avoir le contrôle de leur pays, ils croient en l’Etat nation. »

S’ils ne peuvent pas l’avouer ouvertement, c’est bien cette perspective qui alimente les projets des nationalistes européens. Ceux-ci espèrent que la crise ouverte par les Gilets Jaunes puisse mettre encore plus en difficulté les leaders de l’Europe actuelle et consolider leur projet politique populiste. Une hypothèse alimentée par de récents sondages, qui donnent le Rassemblement National largement vainqueur des élections européennes en France, avec 24% des voix exprimées en l’absence d’une liste Gilets Jaunes.

Un projet politique opposé aux intérêts des Gilets Jaunes

Pourtant, s’il s’agit du « même type de personnes » que les électeurs qui ont pu voter pour Donald Trump – et qui pourraient pour une partie d’entre eux voter pour les populistes européens - côté programme politique, on est en revanche bien loin des revendications exprimées par les Gilets Jaunes. Malgré les efforts de l’extrême droite en ce sens, les revendications nationalistes et xénophobes ne font pas partie du socle de revendications visibles du mouvement. C’est bien plus sur le terrain économique – avec la question du pouvoir d’achat et de l’augmentation des salaires – et des revendications démocratiques – et notamment la montée en puissance du RIC – que s’expriment les demandes des Gilets Jaunes.

Or, force est de constater que, sur ce terrain, les populistes européens ont un projet politique opposé aux Gilets Jaunes. Ceux-ci ont beau jeu de dénoncer le projet néolibéral de l’Union Européenne, la politique qu’ils mènent en Italie, en Hongrie notamment, s’inscrit dans la continuité de l’austérité et de la flexibilisation du travail portée par Bruxelles. C’est ainsi que le gouvernement italien, après avoir montré les muscles a récemment cédé sur la question du budget. Celui-ci vient de présenter un déficit à 2,04% pour l’année 2019, plus proche des exigences de l’UE que les 2,4% sur lesquels il avait annoncé initialement ne pas vouloir céder. Il prévoit également des coupes budgétaires de 7,5 milliards d’euros qui portent un coup aux deux réformes phares du gouvernement italien - le revenu universel et le retour en arrière sur la réforme des retraites – et qui commencent à créer des frictions en interne au sein de la coalition gouvernementale qui se compose du Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo et la Ligue dirigée par Salvini. En Hongrie, le bilan de Viktor Orban n’est pas meilleur. Sa nouvelle réforme du travail – qui prévoit que les salariés puissent faire 400 heures supplémentaires payées 3 ans plus tard – est en train d’alimenter la contestation dans le pays.

L’exercice concret du pouvoir est en train de démontrer la fausse « alternative » que représente le populisme face aux politiques antisociales de l’Union Européenne. D’ailleurs, la présidente du Front National a dû elle-même réviser son programme, après sa défaite aux présidentielles face à Macron et à l’aune de ses nouveaux partenaires. Pour Marine Le Pen, la rupture avec l’Union Européenne est passée au second plan : « Nous ne luttons pas contre l’Europe mais contre l’Union européenne devenue un système totalitaire ». Ce que cela traduit surtout, c’est l’abandon de la rupture avec les politiques d’austérité prônées par l’Union Européenne, si on en croit en tout cas la copie remise par le « parti frère » du Rassemblement National en Italie. Reste la xénophobie décomplexée, sur laquelle l’Europe actuelle est cependant loin d’être en reste... et qui bénéficie largement au patronat transalpin qui profite des mesures anti-migrants de Salvini pour surexploiter toujours plus une main d’œuvre clé dans la structure de l’économie italienne.

« On sait comment naissent les révolutions, on ne sait pas comment elles se terminent… »

Ces contradictions entre le discours et la réalité expliquent que Marine Le Pen soit de plus en plus embêtée par la tournure que prend le mouvement des Gilets Jaunes. On est bien loin aujourd’hui de la coloration anti-taxes de ses débuts. Les revendications économiques qu’il charrie sont à l’opposé du programme de Marine Le Pen, qui n’a jamais défendu la hausse du SMIC, contraire aux intérêts du patronat. Idem sur les questions démocratiques où la rupture avec la Ve République n’est pas à l’ordre du jour.

Surtout, celle-ci ne peut pas lancer sa campagne électorale sans se faire taxer de récupération. Elle se fait donc silencieuse. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Sébastien Chenu, porte-parole RN, déclarait il y a peu : « On fait confiance aux gilets jaunes pour faire le bon choix dans le secret de l’isoloir. Nous n’avons pas besoin d’en rajouter, c’est une évidence ». Ou encore Nicolas Bay, eurodéputé qui affirmait à Sud Radio : « C’est une possibilité d’accueillir des Gilets jaunes sur notre liste aux européennes […] Nous tendons la main à tous ceux qui souhaiteraient prolonger leur combat ».

« Prolonger leur combat » : traduire, en langage RN, terminer le mouvement et passer aux élections européennes… sauf que les choses pourraient changer si le mouvement jouait les prolongations. Selon L’Express, une petite musique se fait désormais entendre dans les couloirs du parti d’extrême-droite : « On sait comment naissent les révolutions, on ne sait pas comment elles se terminent... ». Un signe que la persistance du mouvement inquiète dans les plus hautes sphères du parti. Et à juste titre, celui-ci pourrait bien aller plus loin que ne le pensent les promoteurs du nationalisme, mais aussi les chiens de garde du système qui cherchent à décrédibiliser les Gilets Jaunes en utilisant le spectre de l’extrême droite. Jusqu’à remettre, par exemple, en cause le projet néolibéral européen que les populistes européens appliquent dans les pays où ils ont été élus. Ce serait bien la meilleure manière de continuer la « révolution » que craignent autant Macron que Marine Le Pen.

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Mis à jour le lundi 21 janvier 2019