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Appel de Commercy. Vers une grande Coordination nationale des Gilets Jaunes ?

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« Nous pouvons nous représenter nous mêmes »
Appel de Commercy. Vers une grande Coordination nationale des Gilets Jaunes ?

A Commercy, dans la Meuse, les Gilets Jaunes ont lancé un appel pour réunir une coordination nationale des assemblées locales de gilets jaunes. Un appel, qui s’il est suivi, pourrait faire passer un cap essentiel dans le mouvement en lui permettant de se structurer démocratiquement à la base.

Léa Luca

« Une assemblée des assemblées »

Dans un premier appel publié début décembre les gilets jaunes de Commercy avaient déjà pris l’initiative positive d’appeler au développent d’assemblées générales populaires partout où il y avait des gilets jaunes. Le 30 décembre ils ont fait connaître un deuxième appel, décidé au cours de leur assemblée locale. Dans ce texte très progressiste – reproduit en fin d’article – ils appellent à continuer le mouvement, et tous ceux qui n’ont pas encore de gilet « à l’enfiler sans crainte », réaffirmant que les concessions annoncées par le gouvernement, aussi dérisoires soient-elles, doivent être vues comme un encouragement à aller plus loin : « car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal ». Ce que nous ne pouvons qu’agréer.

Mais l’objet central du texte est d’affirmer la nécessiter de démocratiser le mouvement. Ils racontent le processus démocratique qu’ils ont mis en place à Commercy, dans des assemblées populaires où la parole est ouverte à tous et tout le monde est écouté. Après avoir appelé au développement d’initiatives similaires partout il y a quelques semaines, ils lancent aujourd’hui la création d’une grande coordination nationale de ces assemblées. Comme beaucoup de Gilets Jaunes ils revendiquent la capacité et la légitimité de tous à pouvoir décider et se représenter :
« nous avons compris que nous étions capables de nous représenter nous-mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le système, plutôt qu’à nous défendre ».

Les gilets jaunes de Commercy mettent en garde, à raison, contre les diverses tentatives de récupération du mouvement, notamment par ceux qui peuvent s’auto-proclamer portes-paroles du mouvement sans avoir été élus ou les partis qui commencent à tenter de récupérer le mouvement via des listes aux Elections européennes. « Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne. » Alors que Macron a appelé à « une grande concertation citoyenne » pour tenter d’endormir les gilets jaunes, qui doit passer dans un premier temps par les maires, à Commercy les gilets jaunes revendiquent que ce « grand débat » passe par des assemblées populaires en charge de l’organisation et de la tenue du débat. Ils proposent de l’organiser dès le mois de janvier dans une vaste coordination réunissant des délégués élus par leurs assemblées dans tout le pays, qui y porteraient des cahiers de revendications votés démocratiquement dans chaque assemblée locale.

Une auto-organisation nécessaire pour élargir et structurer démocratiquement le mouvement

La mise en place de structures d’auto-organisation telles que les Assemblées Générales est aujourd’hui un enjeu central pour le mouvement des Gilets Jaunes. Il s’agit de la seule manière de développer une réelle démocratie à la base et de s’assurer ainsi que ce soient bien les revendications de la majorité des Gilets Jaunes qui soient portées publiquement. Dans plusieurs villes de telles assemblées existent déjà. A Toulouse par exemple, les Gilets Jaunes ont déjà pris des initiatives dans ce sens, en votant un important cahier de revendications au cours d’une Assemblée générale ayant réuni près de 500 personnes.

En cela les Gilets Jaunes commencent à reprendre le meilleur de la tradition de lutte du mouvement ouvrier français, de la Commune de Paris aux grands mouvements de grèves des années 1970, jusqu’au coordinations des années 1980. De 1986 au début des années 1990, étudiants, cheminots, infirmières et bien d’autres secteurs se sont ainsi organisés dans de larges coordinations nationales au cours de grèves importantes contre la casse de leurs acquis sociaux et du service public. Sur le même principe que celui que revendiquent les Gilets Jaunes de Commercy, ils étaient organisés localement (sur chaque lieu de travail ou d’étude : gares, hôpitaux, universités, usine…) en assemblée générale, ouverte à toutes et tous. Au cours de ces réunions quasi-quotidiennes tout le monde avait le droit de prendre la parole. Des délégués étaient ensuite élus et mandatés pour participer à des coordinations régionales et nationales de grévistes pour porter leurs revendications et décider de la suite du mouvement, sur la base des votes des assemblées générales.

Dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes, une coordination des assemblées locales pour décider d’un cahier de revendication commun, telles que la propose l’assemblée de Commercy, est la condition sine qua non pour empêcher toute instrumentalisation du mouvement et s’assurer que la parole portée par le mouvement soit réellement celle de la base.

Nous relayons ci-dessous l’ appel des Gilets Jaunes de Commercy :

Deuxième appel des Gilets Jaunes de Commercy

« L’ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES !

Notre deuxième appel s’adresse :

A tous les Gilets Jaunes. A toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre.
Cela fait désormais plus de six semaines que nous occupons les ronds-points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous sommes présents dans tous les esprits et toutes les conversations.
Nous tenons bon !
Cela faisait bien longtemps qu’une lutte n’avait pas été aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante !

- Encourageante car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal
- Encourageante car ils commencent à concéder quelques miettes.
- Encourageante car nous ne nous laissons désormais plus avoir par quelques os à ronger.
– Encourageante car nous apprenons toutes et tous ensemble à nous respecter, à nous comprendre, à nous apprécier, dans notre diversité. Des liens sont tissés. Des modes de fonctionnement sont essayés. Et ça, ils ne peuvent plus nous l’enlever.
– Encourageante aussi, car nous avons compris qu’il ne faut plus nous diviser face à l’adversité. Nous avons compris que nos véritables ennemis, ce sont les quelques détenteurs d’une richesse immense qu’ils ne partagent pas : les 500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards d’€ !!! Les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux plus grandes sociétés s’élèvent également à plusieurs centaines de milliards par an. C’est intolérable !
– Encourageante enfin, car nous avons compris que nous étions capables de nous représenter nous mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le système, plutôt qu’à nous défendre.

Nous pleurons aujourd’hui les victimes de la répression, plusieurs morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont permis cela, mais qu’ils sachent que notre détermination est intacte, bien au contraire !

Nous sommes fiers de ce chemin accompli si vite et de toutes ces prises de conscience qui sont autant de victoires sur leur système écrasant.

Et nous sentons très bien que cette fierté est partagée par énormément de gens.
Comment pourrait-il en être autrement, alors que ce système et ce gouvernement qui le représente n’ont de cesse de détruire les acquis sociaux, les liens entre les gens, et notre chère planète ?

Il nous faut donc continuer, c’est vital. Il nous faut amplifier ces premiers résultats, sans hâte, sans nous épuiser, mais sans nous décourager non plus. Prenons le temps, réfléchissons autant que nous agissons.

Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et ce besoin de changement, soit à continuer à porter fièrement leur gilet jaune, soit à l’enfiler sans crainte.

Il faut désormais nous rassembler partout, former des assemblées citoyennes, populaires, à taille humaine, où la parole et l’écoute sont reines.

Des assemblées dans lesquelles, comme à Commercy, chaque décision est prise collectivement, où des délégués sont désignés pour appliquer et mettre en musique les décisions. Pas l’inverse ! Pas comme dans le système actuel. Ces assemblées porteront nos revendications populaires égalitaires, sociales et écologiques.

Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon procédé, tout le monde le sent bien, la parole, notre parole va se perdre dans ce dédale ou être détournée, comme dans le système actuel.

Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne.

Une fois ces assemblées démocratiques créées, dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications.

Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos revendications soient récupérées et arrangées à leur sauce et qu’à la fin, elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement garde la main sur ces moyens d’expression du peuple ! Pour cela, nous appelons donc à ce qu’ils soient ouvert et tenus par les assemblées populaires !

Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple !

Depuis Commercy, nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux.

Fort du succès de notre 1er appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement, en janvier, ici à Commercy, avec des délégués de toute la France, pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun.
Nous vous proposons également, d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement.

Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation.

Ensemble, créons l’assemblée des assemblées, la Commune des communes C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition.

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, ET POUR LE PEUPLE !

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Mis à jour le lundi 21 janvier 2019