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Acte VIII. La mobilisation reprend : pourquoi il faut la structurer démocratiquement

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Auto-organisation
Acte VIII. La mobilisation reprend : pourquoi il faut la structurer démocratiquement

L’acte 8, massif et radical, a mis le gouvernement, qui ne s’attendait pas à un tel rebond, à la défensive. Cependant la faible structuration du mouvement ouvre la voie aux récupérations de toutes formes : des plus opportunistes aux plus bureaucratiques. Heureusement dans toute la France, des initiatives démocratiques locales sont des points d’appui pour l’émergence d’une telle structuration.

Pablo Morao

Après l’acte VIII, la mobilisation rebondit

L’acte VIII du mouvement des Gilets Jaunes qui a eu lieu samedi a relancé une véritable dynamique dans la mobilisation des gilets jaunes, à l’encontre des discours médiatiques et du gouvernement pointant un prétendu « essoufflement » du mouvement depuis deux semaines. Confrontés à des manifestations massives et radicales dans toute la France, les médias n’ont pu que constater la persistance du mouvement. Le Monde observe ainsi dans un éditorial que « le mouvement s’enracine et entend d’autant moins quitter la scène qu’il bénéficie toujours d’un assez large soutien de l’opinion. »

Toujours aussi massif, la radicalité non plus ne faiblit pas. Bien au contraire cette reprise de la lutte va en effet de pair avec de nouveaux épisodes d’affrontements avec les forces de répression. Le soutien populaire à Christophe Dettinger, « le boxeur » Gilet Jaune filmé samedi en train de s’affronter aux CRS après que ceux-ci aient arrêté le cortège de la manifestation parisienne, est un exemple particulièrement marquant de la légitimité accordée par les Gilets jaunes aux contre-offensives face à la police.

A qui profite l’absence de structuration démocratique du mouvement ?

Si cette reprise et cette radicalité ouvrent de nombreuses perspectives pour la suite du mouvement, force est de constater que la mobilisation peine encore à se structurer.

Ces dernières semaines on a ainsi assisté à de véritables dérives bureaucratiques au sein du mouvement, à l’image de ces 8 éphémères porte-paroles élus de façon opaque fin novembre, ou encore du lancement par une poignée de gilets jaunes et de porte-paroles auto-proclamés, soutenus par Bernard Tapie, d’une « coordination nationale » ce week-end. On a même vu récemment les réactionnaires de la Manif pour Tous se mobiliser massivement au cours d’une consultation en ligne pour faire passer leurs revendications réactionnaires sur l’abrogation du mariage pour tous au nom des Gilets Jaunes.

Face à ces manœuvres bureaucratiques, la méfiance vis-à-vis de processus de structuration peut se comprendre. Toutefois la réponse à de telles dérives ne peut se réduire au rejet de toute forme de coordination mais doit au contraire consister en une démarche consciente de structuration. En effet c’est en réalité la mise en place par les Gilets jaunes de cadres authentiquement démocratiques qui permettra d’exclure les réactionnaires de tout poil, récupérateurs et autres opportunistes.
Le gouvernement, de son coté, mis en difficulté, mise sur cette carence d’auto-organisation, jouant sur les divisions des Gilets Jaunes pour récupérer une partie d’entre eux dans le cadre de son « Grand débat », pourtant déjà boycotté par une majorité de Gilets Jaunes.

Plus encore, cette limite empêche les Gilets Jaunes d’éclaircir les questions programmatiques du mouvement, d’élargir la mobilisation à de nouveaux secteurs et à de nouvelles personnes mais aussi de penser une stratégie nationale collectivement pour vaincre le gouvernement.

Une auto-organisation nécessaire pour construire et élargir le mouvement

Partout en France, une telle volonté de structurer le mouvement sur des bases démocratiques se fait sentir. A Toulouse, trois assemblées générales locales ont déjà eu lieu, au cours desquelles a été voté un cahier de revendications, permettant de répondre de façon claire à ceux qui, comme Emmanuel Macron, voudraient assimiler les Gilets Jaunes à une « foule haineuse » s’en prenant « aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels ». Les assemblées locales permettent par ailleurs de structurer des commissions afin de mettre en œuvre des réponses sur des questions telle que la répression.

En outre, une telle structuration apparaît comme essentielle pour élargir le mouvement. Après 8 semaines de mobilisation, les groupes de gilets jaunes locaux se sont soudés, formant une véritable « famille », au point de parfois fonctionner uniquement à la confiance. Or on voit bien comment un tel fonctionnement peut freiner l’extension de la mobilisation. La possibilité de se nouer à d’autres secteurs sociaux, qu’il s’agisse par exemple d’ouvriers syndiqués, de lycéens ou d’étudiants mobilisés, implique de formaliser des règles et de créer des cadres démocratiques permettant de nouer de telles alliances. Des alliances qui doivent être fondées autour de revendications communes, comme celles qui unissent la CGT et les Gilets jaunes qui ont manifesté ensemble à Martigues samedi, pour aller plus loin que les simples convergences symboliques dans la rue.

Enfin, une structuration démocratique en bas est la condition pour faire émerger des référents et des porte-paroles nationaux légitimes, afin de construire et de mettre en œuvre une stratégie issue de la base. Le 30 décembre dernier, l’Appel des gilets jaunes de Commercy à « décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation » au travers de la construction d’une Coordination Nationale a connu un écho important. Cette perspective apparaît comme la seule à même de permettre aux gilets jaunes de décider réellement de la suite du mouvement.

La journée de samedi a montré un mouvement plus massif et plus radical que les dernières semaines, avec toujours un large soutien de l’opinion malgré la tentative du gouvernement, dument relayé par les média, de diviser les Gilets Jaunes en montant en boucle des soi-disant images « d’ultra-violence. » Pour passer à l’offensive désormais, au moment où le gouvernement, en grande difficulté, essaie de trouver une issue avec son grand débat, une structuration démocratique permettrait de se lier à d’autres secteurs, élargir la mobilisation et continuer à faire reculer Macron en construisant le tous-ensemble à partir de l’énergie et de la détermination que démontrent les Gilets Jaunes samedi après samedi.

Crédit photo : Renaud Joubert.

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Mis à jour le lundi 21 janvier 2019