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Grand débat : L’affirmation d’un « populisme » macroniste ?

Crédit Photo : Photothèque Rouge /Martin Noda

Pour reprendre la main dans le contexte de crise sociale et politique, Macron a donné de sa personne afin de consolider la grande entreprise de diversion que constitue le « Grand débat ». Une façon de se remettre en selle et de réoccuper l’espace après une période de réclusion et d’absence de la scène médiatique…

Après avoir fait le show-man auprès des maires, corps intermédiaires fort malmenés par la macronie triomphante, Macron a pris part, prétendument« au débotté », à un débat de « citoyenEs ».

Et le soldat Macron repartit en campagne

Il faut dire que les critiques sur l’implication de Macron commençaient à fuser : des rencontres avec les seulEs éluEs, des demandes d’intervention sélectionnées par les préfets, des barrages filtrants pour empêcher les Gilets jaunes d’approcher et une mobilisation policière disproportionnée. Jupiter a donc mis en scène sa descente de l’Olympe dans un débat de 3 heures entièrement retransmis en direct par les chaines d’info en continu.

Macron est ainsi aller « au front », « au contact »avec la population dans un cadre aménagé pour un débat policé, accompagné d’un grand nombre de conseilleurs et d’un impressionnant dispositif de sécurité ; de quoi impressionner un public peu habitué à ce type de déploiement.Sans surprise, le président, maîtrisant l’art oratoire et ses dossiers, a su vite s’imposer comme le maître du jeu.

Car Macron renoue ici avec ce qui a fait le succès de sa campagne présidentielle. Mais cette fois-ci avec les moyens de l’État et la couverture médiatique qui découle de son statut. Tant et si bien que le CSA commence à tiquer sur les temps de parole, même au regard de la très inique loi sur l’équité. Mais à occuper tout l’espace, Macron risque de renforcer les critiques sur la fonction présidentielle et son aspect monarchique, qu’il dote en plus d’une bonne dose de populisme.

Vers un « populisme »macroniste ?

Depuis son élection, Macron s’est présenté comme le rempart contre lamontée du « populisme », une notion fourre-tout englobant la droite comme la gauche et surtout reposant sur l’idée que le peuple est ignorant et manipulable. Or, avec le Grand débat, Macron n’hésite pas lui aussi à manier la démagogie avec brio.

S’émerveillant de sa propre performance et ému par un « moment démocratique unique »lors duquel un président discute avec les citoyenEs, Macron s’inscrit pourtant dans une pure tradition populiste tel un Chavez dans son émission hebdomadaire « AlóPresidente ». Une comparaison que ne souffrirait sûrement pas Emmanuel Macron… surtout en ces temps troublés au Venezuela.

Mais à la différence du président français, il s’agissait pour Chavez de contrecarrer l’hégémonie des médias privés. Or, on ne peut pas dire, en France, qu’ils ne soutiennent pas Emmanuel Macron. La preuve en est la mise à disposition, sur demande de Marlène Schiappa, de la très regardée émission de CyrilleHanouna,« Balance ton poste », par la chaîne C8, propriété du groupe Bolloré. Et pour cibler la jeunesse et les classes populaires, public principal du show télé, le gouvernement n’est pas à un renoncement près, notamment celui d’envoyer la secrétaire d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes dans une émission plusieurs fois épinglée pour sexisme et homophobie. En Macronie, la démagogie n’a pas de prix…

L’usine à gaz de la consultation

Prétendant répondre aux préoccupations de Gilets jaunes, Macron a voulu introduire de la démocratie participative. Or le cadre posé relève uniquement d’une logique consultative. Les formulations sont tellement verrouillées par le gouvernement qu’elles contiennent à fois la question et la réponse. Et si on peut rêver à d’éventuels débordements dans le cadre de réunions physiques,la plateforme numérique est encore plus cadenassée. Celle-ci a d’ailleurs été confiée, non pas à un service public, mais à une start-up, Cap Collective, qui est chargée de modérer les propos qui pourraient être inappropriés, sans que les critères soient publics. Pis, les modalités de remontée des débats et des consultations numériques relèvent encore du plus grand flou, le tout dans un contexte où Macron a déjà annoncé qu’il ne changerait pas de cap…

C’est bien dans une vaste entreprise de diversion et d’enfumage que s’est lancé Macron. Mais la population n’est pas dupe. À la date du 24 janvier, 217 000 contributions avaient été collectées sur la plateforme numérique et 1228 réunions enregistrées, dont plus de 1000 à venir. Sur 66 millions d’habitantEs et 36 000 communes, avec les petites mains de la Macronie particulièrement mobilisées, on peut difficilement qualifier à ce jour l’opération de succès.

Et si, pour certains, Macron semble reprendre la main, il faudra leur rappeler que « l’existence détermine la conscience », et que ce n’est pas à grand coups de communication et démagogie que la colère sociale va s’apaiser. A fortiori si Gilets jaunes et mouvement ouvrier traditionnel convergent à partir du 5 février pour bloquer le pays.

Camille Jouve

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Mis à jour le samedi 9 mars 2019