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Loi « anti-casseur », perquisition, soutien à Guaido, atteinte à la presse Macron, l’autoritaire

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Loi « anti-casseur », perquisition, soutien à Guaido, atteinte à la presse
Macron, l’autoritaire

Chars en manifestation, perquisition de Médiapart commandité par Matignon et loi « anti-casseurs » …Comme tout va en s’accélérant par temps de crise politique, les marches vers un pouvoir exécutif toujours plus autoritaire ont été gravies quatre à quatre en l’espace d’une semaine.

Jules Fevre
Charles Platiau/AFP

Mardi 29 janvier, le soutien au président autoproclamé du Venezuela

Mardi 29 janvier, fort d’un coup d’Etat, le président autoproclamé Juan Guaido, fruit de l’offensive néolibérale pour faciliter le pillage des ressources au Venezuela par les grandes puissances impérialistes, se félicite de la reconnaissance d’Emmanuel Macron : « On remercie beaucoup le président Emmanuel Macron pour son soutien à la constitution, à la lutte pour la liberté et la démocratie au Venezuela ». Alors même que le Président de la République subit la plus importante crise du régime de la Ve république provoquée par les gilets jaunes contre l’injustice sociale et fiscale, pointant du doigt les dérives antidémocratiques d’un pouvoir exécutif tout-puissant, dénonçant la répression inédite qui fait rage en France : le Président n’hésite pas à saluer “le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté”. Guaido qui compte surtout restaurer l’ultralibéralisme économique au Vénézuela n’en reste pas insensible : “[Macron] s’intéresse beaucoup aux questions de démocratie et de liberté” est-il allé jusqu’à affirmer…

Jeudi 31 janvier, ses vœux pour une presse muselée

Jeudi 31 janvier, Macron reçoit pour la première fois depuis son investiture un groupe de journalistes triés sur le volet. Si beaucoup s’attendaient à quelques bavardages présidentiels, tous ont été surpris lorsque le Président leur a fait part de ses vœux pour la presse : « Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. Le bien public, ce n’est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c’est l’information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénuée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession. » Le journal Le Point n’en revient pas “Vous ne rêvez pas. Le président de la République propose que l’État rémunère certains journalistes dans les rédactions.” Et ironise sur ce qui pourrait bien s’annoncer comme une nouvelle censure d’Etat : “Prenant conscience de la sagesse infinie de notre infaillible Jupiter, les journaux décideront spontanément de lui confier la détermination de la vérité via un système financé par lui, et ce, pour le plus grand bonheur du peuple…”

Lundi 4 février, une perquisition à Médiapart commandité par Matignon

Lundi 4 février, deux magistrats du parquet et des enquêteurs tentent de procéder à une perquisition dans les locaux de Mediapart, suite à la révélation d’enregistrements entre Benalla et Vincent Crase compromettant le plus haut sommet de l’Etat. Nous y apprenions en effet le soutient sans retenue du Président de République envers Alexandre Benalla : “Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi”. Ainsi que l’implication du garde du corps dans la signature de contrats avec l’oligarque M. Makhmudov, proche de la mafia russe et de Poutine. A cela s’ajoute la découverte de l’appui de conseillers politique comme Ismaël Emelien, faisant partie du premier cercle autour d’Emmanuel Macron. Cette tentative de perquisition à Médiapart diligentée par Matignon, portant atteinte à la liberté d’une presse indépendante ainsi qu’au secret des sources, est inédite. Il faudrait remonter très loin pour y trouver un précédent. « Jamais, à “Mediapart”, nous n’avons eu de perquisition, même dans l’affaire Bettencourt » s’exclame Fabrice Arfi, journaliste et enquêteur du journal.

Mardi 5 février, une loi « anti-casseur » pour interdire les manifestations

Mardi 5 février, la proposition de loi « anticasseurs » portée par Christophe Castanner est votée en première lecture avec 387 voix contre 92. Si elle jouit d’une écrasante majorité, elle révèle cependant un centre de la macronie toujours plus à droite “avec ses seules voix, le groupe LRM n’[avait] pas la majorité absolue sur le texte. L’appui des députés de droite a été nécessaire à son adoption” souligne Manon Rescan dans Le Monde. Dénoncée comme liberticide par une cinquantaine de députés de la majorité « En marche », mais aussi par des juristes, des avocats, des associations de défense des libertés, par des personnalités initialement proches du Président, cette loi fragilise la majorité présidentielle. François Sureau, proche de Macron et premier rédacteur des statuts d’En Marche ! se livrait dans la presse à un réquisitoire contre cette atteinte aux droits fondamentaux de manifester, qui lui rappelait les mots de Chateaubriand devant Napoléon en 1811 : « La mode est aujourd’hui d’accueillir la liberté d’un rire sardonique, de la regarder comme une vieillerie tombée en désuétude. » Avant d’aller plus loin dans sa charge : “Je soupçonne le ministre de l’intérieur d’être conscient de ce danger lorsqu’il présente sa loi comme étant une loi de défense du droit de manifester. Hélas, la ficelle est un peu grosse et a souvent été utilisée, depuis la « loi de justice et d’amour » sous la Restauration. Nul doute que si le gouvernement rétablissait la peine de mort, un ministre saurait la défendre en l’intitulant : « loi de défense de la vie prise dans l’intérêt des victimes ». Croit-on vraiment que le public soit si bête ?”

Ce processus d’autodestruction des fragiles bases démocratique du régime en place, dont les droits et principes fondamentaux semblent êtres sacrifiés à un rythme toujours plus élevé, nous évoque cette mise en garde de Marx dans Les luttes de classes en France : “Elles ressemblent [les fractions bourgeoises] à ce vieillard qui, pour reconquérir ses forces juvéniles, reprenait ses beaux habits d’enfant et cherchait, avec bien du mal, à en recouvrir ses membres flétris. Leur République n’avait qu’un mérite, celui d’être la serre chaude de la révolution. Le 10 mars 1850 porte la suscription : « Après moi le déluge *. »

Le « leader of the free market » n’a qu’à bien se tenir. Si les forces du marché ont été débridées, les libertés publiques, d’opinion, de presse, sont sous le coup d’une dérive autoritaire qui s’est encore accélérée sous Macron. Et la posture d’Emmanuel Macron, partisan du monde libre et progressiste, face aux forces obscurs d’un Salvini ou d’un Orban, s’écroule tout à fait. Derrière le voile, il n’y a plus qu’un Bonaparte aux pieds d’argile.

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Mis à jour le samedi 9 mars 2019