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Grèce : négocier ou mobiliser  ?

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Varoufakis-Tsipras et on fait quoi maintenant. DR

Ne le cachons pas, il y a quelque chose de très préoccupant à voir les courants majoritaires de Syriza continuer à proclamer que grâce aux négociations menées par le gouvernement, l’Union européenne serait divisée entre le camp des durs (autour de l’Allemagne) et de ceux qui verraient dans le « Grexit » une catastrophe pour l’Eurozone, comme le dit Moscovici...

Ainsi, un journal comme Epochi de ce 15 mars (Epochi est le journal d’un ancien groupe à gauche du Synaspismos) peut titrer : « signes de différenciation : cris à Berlin, chuchotements à Bruxelles ».

Une vision fausse

On l’a vu tout au long des récentes négociations, contre elle, la Grèce trouve toujours au moment des décisions un front commun des 18 autres de l’Eurozone. Et surtout, cette orientation ne prépare pas la population du pays – et des autres pays européens – à faire ce qui est devenu urgent, alors que les finances du pays sont étranglées par la troïka (les 7,2 milliards attendus n’ont pas été versés) : que la rue et et les travailleurEs exercent leur pression, la seule efficace.
Or les articles de presse sur les succès du gouvernement, succès qui préserveraient les chances de pouvoir lancer plus tard une vraie politique de relance, ont pour effet de s’en remettre aux seules discussions institutionnelles. Tout cela se déroulant sur fond de confiance maintenue dans les efforts de Tsipras, une confiance mesurée non pas dans les rassemblements, inexistants depuis deux semaines, mais dans les sondages, l’instrument clé de la vie politique...

La dette toujours...

Si d’un côté Tsipras parle de référendum en cas de pressions de l’UE pour de nouvelles mesures, le ministre de l’Économie Varoufakis vient de déclarer, repris en boucle par plusieurs dirigeants de Syriza, que le gouvernement est prêt à retarder quelques-unes de ses promesses électorales : un nouveau recul venant après celui de fin février où était de fait reconnu le cadre des mémorandums et de la troïka, même rebaptisés.
Tout cela s’accompagne d’une volonté de jouer le « salut national » qui ne passe pas seulement par des hommes de droite choisis comme ministres ou président de la République, mais aussi la nomination à des postes clés comme directeur de la santé (EOPYY) d’un homme symbolisant les hôpitaux entreprises et leur « management » privé, M. Chletsos, lié aux deux anciens ministres de la Santé, ex-militants d’extrême droite... L’espoir de rupture en prend un coup, au moment où le ministre des Finances allemand Schäuble demande aux Grecs « d’atterrir dans la réalité » et veut que le gouvernement grec persuade la population de la nécessité de réformes !
Aussi la question de la dette reste cruciale : pas question pour l’instant d’envisager la moindre réduction, dit le même, cela alors qu’une commission d’audit de la dette a été annoncée par la présidente du Parlement grec. D’ores et déjà, si l’on veut que cette commission lance une dynamique, il est indispensable qu’elle s’inscrive dans le cadre d’une très large mobilisation en Grèce et dans le reste de l’Europe.

Trouver une issue

De ce point de vue, la situation ne semble pas vouloir se décanter. Les rassemblements suscités par les négociations du mois de février, à l’initiative de secteurs de la jeunesse de Syriza et essentiellement via Facebook, n’ont pas dépassé le stade de démonstration de soutien patriotique au gouvernement. Et ce malgré les appels séparés de la coalition Antarsya sur une ligne indépendante visant à politiser cette ébauche de mobilisation, finalement échouée dans les sables de l’accord du 20 février.
Du côté de Syriza lui-même, il faut relever que la bronca suscitée tant par cet accord que par la volonté de la direction présidentielle d’imposer une discipline de vote au groupe parlementaire, a permis à la gauche du parti d’étendre son influence lors du dernier comité central (28 février – 1er mars), regagnant des voix auprès de courants qui depuis 2012 soutenaient la majorité présidentielle (par exemple le groupe maoïste KOE et l’économiste Yannis Milios). Mais il est prématuré de parler d’émergence d’une véritable opposition, plusieurs des principaux chefs de file de la Plateforme de Gauche siégeant au gouvernement et ne pouvant donc prendre de position publique défavorable à celui-ci.
Pourtant, alors que le mur des institutions européennes apparaît aux yeux de tous tel qu’il est et que le tabou de la sortie de l’euro semble avoir vécu dans l’opinion, l’émergence d’un pôle politique, permettant de franchir une nouvelle étape de radicalisation, est nécessaire. Certes le climat social n’y est pas encore favorable, mais les anticapitalistes, où qu’ils se trouvent, ont la responsabilité de proposer des clés de compréhension politique et une issue militante à même de limiter les effets désastreux de ce qui pourrait arriver, une démoralisation générale.

D’Athènes, Andreas Sartzekis et Emil Ansker

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Mis à jour le lundi 5 août 2019