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Européennes sur France 2 : ou comment passer à la trappe les aspirations sociales et démocratiques

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Une chose est sûre, les thématiques portés par les Gilets Jaunes depuis 4 mois, tout comme celles du monde du travail et de la jeunesse, n’ont pas eu le droit de cité au premier débat des européennes sur France 2, ce 4 avril. Au contraire, dans une discussion chaotique, polarisée sur la droite et la question de la sortie ou non de l’Union, le contraste est saisissant entre les préoccupations sociales et démocratiques exprimées dans la rue et les discours tenus par les 12 têtes de liste présentes à l’antenne. Lutte contre la précarité, contre le chômage de masse, l’augmentation généralisée des salaires et des retraites, la dénonciation des violences policières, tout est passé à la trappe !

Julian Vadis
Crédits photos : BERTRAND GUAY / AFP

En amont du débat déjà, le caractère anti-démocratique des élections européennes s’exposait au grand jour, avec la mise à l’écart de Lutte Ouvrière, formation historique de l’extrême gauche présente à chaque élections, avec la bénédiction et l’appui de la justice, du conseil d’État, du tribunal administratif, et du CSA, le tout sur une chaîne publique. Aucun des participants au débat, n’a eu le souci de souligner le caractère des plus anti-démocratiques de cette exclusion. Si cela n’est pas vraiment une surprise, le fait que les organisations comme la France Insoumise se revendiquant de gauche n’aient pas dénoncé cette mise à l’écart est scandaleux.

Pour ou contre l’Europe : un débat fait sur mesure pour polariser entre LREM et le RN

Le programme prévu par France 2 ne laisse guère de doute sur le déroulement même du débat. En effet, une première partie était consacré à la question des frontières et du fonctionnement de l’Union Européenne, la seconde aux questions de fiscalité et de l’écologie. Le tout ponctué par une forme de « mise en situation », avec des votes sur des questions qui ont pu étonner, comme la question de l’entrée ou non de la Serbie dans l’UE. Le découpage même des thématiques et du débat semblait calibré pour faire ressortir une polarisation « progressiste » contre « nationaliste ».

Dans ce cadre, il est à noter que même les « européistes » comme LREM ont joué la carte du protectionnisme contre l’ennemi extérieur, comme la Chine, tentant à leur manière de surfer sur la vague réactionnaire. Les nombreux candidats d’extrême droite n’ont pas manqué de jouer la carte de la surenchère réactionnaire dans un débat abreuvé de diatribes contre les migrants, présentés comme source de tous les maux des « Français ». Polarisé sur la droite, sombrant régulièrement dans la cacophonie et les petits commentaires tout aussi réactionnaires les uns que les autres, c’est finalement cette question qui a donné le las de ce premier débat télévisé.

LREM et des Républicains à la ramasse

Mais l’autre élément le plus marquant, c’est bel et bien la faiblesse générale manifeste de l’ensemble du débat. Si une poignée des têtes de liste ont surnagé, le débat a été marqué par la défaillance des « gros », à des degrés divers.

Du côté de la « gauche », si Manon Aubry, de la France Insoumise, a semblé globalement effacée et « à côté » du débat, c’est plutôt Ian Brossat qui a tiré son épingle du jeu, talonné par Benoit Hamon. Le candidat du PCF a joué la carte de la « véritable » gauche, une gageure pour celui qui il y a peu demandait plus de policiers dans les manifestations de Gilets jaunes. Mais ce sont incontestablement les têtes de liste de La République En Marche et des Républicains qui ont été en pleine déchéance. Avec de nombreux prétendants, la surenchère réactionnaire a eu voie au chapitre. A ce jeux, Jordan Bardella (Rassemblement National) a su surfer sur la faiblesse des adversaires.

François-Xavier Bellamy, des Républicains, s’est révélé systématiquement incapable de répondre à la moindre objection, sans jamais se montrer audible et semblait totalement dépassé par le débat. Mais la débâcle fut encore plus cuisante Nathalie Loiseau. La tête de liste de LREM, coupant sans cesse les autres candidats... pour ensuite se plaindre à la moindre interruption, a enchaîne les bourdes tout au long du débat. Une prestation catastrophique, constamment sur la défensive et faisant état de la crise que traverse la majorité présidentielle. Il ne fait pas de doute que l’heure doit être à l’inquiétude du côté de l’Élysée, alors que Macron vivait un moment difficile en Corse pour la dernière de sa tournée « made in Grand Débat national » et qui mise sur une victoire aux européennes pour redynamiser son quinquennat.

Pas un mot sur les revendications sociales, la répression des Gilets Jaunes, les aspirations démocratiques

Au final, le social et les aspirations démocratiques n’ont eu que bien peu de place dans ce premier débat des européennes. Si certains candidats ont tenté de surfer sur quelques-unes des revendications comme le RIC ou le RIC européen, tous ont fait l’impasse sur les thématiques qui ont émergé depuis près de 4 mois dans le mouvement des Gilets Jaunes, et de même des revendications scandées par les enseignants en grève et en manifestation ce 4 avril. Pas un mot, non plus, sur les violences policières et les milliers de blessés depuis le 17 novembre dernier. Tout juste quelques allusions évasives sur les questions démocratiques, et surtout des petites phrases pour « draguer » les voix de Gilets Jaunes sans reprendre, à aucun moment, les aspirations et revendications qui ont émergé dans les cortèges au cours des 20 actes, série en cours.

Une chose est cependant sure : les classes dominantes semblent avoir tiré les leçons du grand débat des élections présidentielles. Dans le contexte convulsif de la situation sociale et politique, avoir un Philippe Poutou remettant à leur place les grands candidats n’est plus tenable. En ce sens, en sus du caractère anti-démocratique du refus d’inviter la tête de liste de Lutte Ouvrière, cette mise à l’écart a aussi un sens politique : celui d’empêcher que la question sociale et les aspirations démocratiques, pourtant sur le devant de la scène depuis 4 mois avec la crise des Gilets jaunes, transparaisse dans le débat.

S’il fallait une démonstration du type de campagne, des plus réactionnaires, que comptent imposer au forceps Macron et les classes dominantes pour les européennes, la grande messe de France 2 en a apporté une preuve éclatante.

P.-S.

Communiqué de Lutte Ouvrière Lutte ouvrière seule liste écartée du débat de France 2 avec la bénédiction de la justice et du CSA

Communiqué de Lutte Ouvrière. France 2 a écarté de son débat pour les élections européennes la seule liste représentant les intérêts du camp des travailleurs, celle de Lutte ouvrière. Aujourd’hui, la justice vient de confirmer cette décision en refusant de juger le référé déposé par Nathalie Arthaud au Tribunal administratif de Paris mardi dernier.

Source : site de Lutte Ouvrière

04/04/2019

Toutes les listes qui se présenteront effectivement seront présentes à ce débat télévisé sauf celle qui se place du point de vue des exploités. La justice, qui en début de semaine a obligé France 2 à inclure trois autres participants à son débat, a fait le choix, en ce qui concerne Lutte ouvrière, de laisser trainer l’affaire pour ne pas remettre en cause la décision de la chaîne de télévision publique. Quant au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), en refusant d’intervenir, il a conforté lui aussi l’attitude de France 2.

Ce sont des choix de classe. La liberté d’expression ? Les médias et la justice montrent ce qu’il en est réellement : seul le parti représentant les intérêts des travailleurs n’y aura pas accès.

Il n’y a pas à s’en étonner. Toute la société fonctionne ainsi. Elle déroule le tapis rouge aux plus riches, à ceux qui dominent et à ceux qui les servent. Quant aux travailleurs qui font tout tourner, ils n’existent même pas. Ils sont invisibles, censés se taire et subir. La justice et les médias sont le reflet de cela. Derrière leur prétendue neutralité, ils masquent la dictature du capital.

Lutte ouvrière cherche à utiliser tous les moyens légaux pour faire entendre ses idées. Mais nous savons que ces moyens ne sont pas les nôtres. Et c’est sur la capacité des travailleurs et des couches populaires à faire circuler les idées d’émancipation que nous comptons. Et pour se révolter, les travailleurs ne demanderont la permission ni aux médias, ni à la justice.

Lutte ouvrière

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Mis à jour le lundi 15 juillet 2019