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Urgences : arrêtez-vous touTEs !

En s’arrêtant collectivement, le lundi 3 juin, une dizaine de soignantEs de l’hôpital Lariboisière à Paris ont élevé le niveau de résistance. La réplique de la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ne s’est d’ailleurs pas fait attendre, puisque les agents ont reçu, dès le lendemain, SMS et courriers les prévenant qu’un contrôle allait avoir lieu, sous la forme d’une « contre-visite », et selon une procédure d’une rapidité étonnante. La méthode répressive n’a pas empêché, quelques jours plus tard, une petite quinzaine de soignantEs du service d’urgences de Saint-Antoine d’être à leur tour arrêtés, pour épuisement professionnel, comme à Bordeaux.

À ce jour, pour le collectif Inter-urgences, « aucune des revendications soulevées ne trouve satisfaction dans la communication du gouvernement ». La ministre de la Santé ne lâche que 70 millions d’euros en réponse au mouvement de grève de plus d’une centaine de services d’urgences, alors que les signaux d’alerte se multiplient sur la santé des agentEs de l’hôpital public.

Les effets de manche d’Agnès Buzyn ne trompent personne : une revalorisation de la prime pour un total de 55 millions d’euros, ce qui fera pour chacunE… moins que les 100 euros net annoncés. Et l’enveloppe de 15 millions pour maintenir les effectifs lors de la période estivale, ramenée aux 650 services en années pleines, représente à peine 1 poste supplémentaire par service. Quant à la mise en place d’une mission nationale et aux groupes de travail locaux auxquels sont renvoyés les grévistes, ils ne recueillent aucune adhésion. Pour toutes et tous, l’heure est à la généralisation de la grève.

Conditions de travail chaotiques

Des médecins du travail décrivent des conditions de travail chaotiques, dangereuses pour les soignantEs : « surcharge de travail, injonctions contradictoires, objectifs inatteignables, perte d’autonomie, ambiance conflictuelle, incivilités, irrespect, injustice, jalousies, menaces, chantage, sentiment d’infantilisation, d’intimidation, d’humiliation… »

Les hospitalièrEs travaillent régulièrement plus de 44 heures par semaine, et sur certaines périodes 60 heures en sept jours, faute de remplaçantEs, à l’hôpital public. Le volume d’heures supplémentaires effectuées est lui aussi éloquent. Sans cela, l’hôpital ne marcherait pas. Par exemple, pour le groupe hospitalier AP-HP de l’Est parisien qui regroupe cinq hôpitaux, elles représentent l’équivalent de 57 postes à temps plein.

Dégradation des conditions de travail, manque d’effectifs, fatigue : les motifs de détresse des agents sont toujours les mêmes. Et ils et elles sont nombreux à envisager de quitter le métier, pour se protéger. Tout le monde trinque à l’hôpital, les administratifs ne vont pas mieux que les autres salariéEs.

En dépit de cette alerte, Agnès Buzyn propose le rehaussement du plafond des heures supplémentaires à 20 heures par mois ou 240 heures par an pour l’ensemble des personnels, ainsi que la mise en place d’une procédure permettant si besoin de « déroger à ce plafond », sur la base d’une décision du directeur général de l’agence régionale de santé (ARS).

La vie des patientEs en danger

Des médecins urgentistes alertent : « Il est temps de sortir du dogme de la politique de la contrainte budgétaire qui étouffe les services, épuise les personnels et met en danger la vie des patients. […] Les patients meurent [plus nombreux que les morts d’accident de la route] d’attendre aux urgences leur hypothétique lit d’aval et les personnels s’épuisent à s’occuper d’eux comme ils le peuvent (mais mal) tout en continuant d’accueillir les nouveaux patients qui arrivent. […] Nous sommes, tout comme les infirmiers et les aides-soignants, des médecins abasourdis par l’aveuglement, la surdité et l’immobilisme incompréhensibles des responsables institutionnels. » Peut-être qu’enfin, les médecins vont décider de rejoindre la lutte, en faisant grève…

Il aura fallu 3 mois de grève et de manifestations pour recevoir quelques miettes de ce gouvernement. Face à son mépris, tant pour les hospitalièrEs que pour la population, le mouvement ne peut que s’amplifier et voir entrer dans la lutte tous les personnels qui font vivre l’hôpital public.

Le collectif inter-urgences appelle à deux prochaines journées de mobilisation, avec le soutien des syndicats CGT, FO et Sud : des rassemblements devant les agences régionales de santé (ARS) le 20 juin, et une manifestation nationale le 2 juillet. Qu’on se le dise !

CorrespondantEs

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Mis à jour le mardi 22 octobre 2019