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Éducation nationale  : « On ne laissera pas détruire nos collègues de République »

Crédit Photo : NPA / RA

150 à 200 enseignantEs se sont réuniEs mercredi 3 juillet devant le rectorat de Créteil pour répondre aux attaques du recteur Auverlot, relayées par une scandaleuse campagne de presse.

Excédé par un établissement, le collège République de Bobigny qui, depuis une vingtaine d’années, est un des cœurs militants du département, le recteur Auverlot (ancien directeur académique de Seine-Saint-Denis) avait décidé de faire des exemples. Il a tenté de traduire en conseil de discipline deux militants de Sud Éducation et de la CGT Éducation 93, et de muter « dans l’intérêt du service » (c’est-à-dire de force) deux militantes de Sud. Face à des dossiers d’accusation vides, le rectorat a dû renoncer aux conseils de discipline, mais il a maintenu les mutations contre la volonté de deux collègues présentes depuis une vingtaine d’année.

Campagne de calomnies

À défaut de pouvoir établir des faits justifiant des sanctions contre des enseignantEs par ailleurs connus pour leur engagement pédagogique, le rectorat a utilisé une méthode particulière. Il a laissé organiser une campagne de calomnies complaisamment relayée par des articles de presse, et pas des moindres : 3 pages dans Libération à la veille de la commission de mutation, et un article dans le Parisien le lendemain. Un collectif anonyme, qui a choisi la dénomination éloquente de « Bouches cousues », s’est employé à salir les collègues, avec comme objectif d’empêcher la solidarité à leur égard.

La riposte unitaire des organisations de l’intersyndicale 93 (CGT-CNT-SNES-SNEP-SNFOLC-SUD), mais aussi de nombreux et nombreuses collègues, est extrêmement importante. D’abord pour préserver le moral des deux collègues trainées dans la boue, et ensuite pour dissuader le rectorat de recourir à des méthodes de répression qui, ne se contentant pas de sanctionner administrativement des militantEs syndicales, cherchent à les atteindre dans leur intégrité professionnelle et leur dignité humaine.

Des équipes militantes attendent d’ores et déjà Sabine et Caroline sur leurs nouvelles affectations pour les entourer et continuer les mobilisations. Contre la mise en œuvre des réformes Blanquer et pour défendre le droit à l’éducation, tout particulièrement dans les quartiers populaires. Le ministre et son recteur n’en ont pas fini avec les profs du 93.

Cathy Billard

P.-S.

Blanquer saborde le bac

Crédit Photo : Photothèque Rouge / JMB

Vendredi 5 juillet, jour de publication des résultats du bac, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer se félicitait dans les médias que le « chaos » ait été évité. Une bravade de cour d’école, largement démentie par les retours du terrain.

Si touTEs les candidatEs des baccalauréats généraux et technologiques, session 2019, ont pu prendre connaissance de résultats le vendredi matin, dans un grand nombre de centres cela s’est fait au prix de bricolages divers et variés. En voulant casser la grève, Blanquer a détruit tout cadre national et collectif pour le bac. À l’instar du bac 1968, le bac 2019 est donc un bac qui restera dans les annales.

Des résultats à n’importe quel prix…

À l’origine de cette grève du bac, il y a le mouvement de contestation dans l’Éducation nationale depuis le début de l’année. Ras-le-bol des conditions de travail et des salaires gelés, rejet de la réforme du lycée, puis de la loi Blanquer sur « l’école de la confiance », et plus généralement le mépris d’un ministre adepte du passage en force.

La grève des surveillances lundi 17 juin avait donné quelques premières sueurs froides à la rue de Grenelle. Mais elle n’a pas permis d’empêcher ou de décaler les épreuves. Par la suite, des assemblées générales se sont prononcées en faveur d’une grève lors du jour de la restitution des copies, à même de perturber la machine pendant un jour ou deux, pour rendre visible la colère enseignante.

Blanquer a poussé des collègues à durcir leur action, jusqu’au point d’orgue du jeudi 4 juillet, où une AG parisienne a réuni près de 650 profs ; des AG se sont tenues à Toulouse, Montpellier, Dijon, Lyon... Blanquer a alterné entre déni (la grève ne concerne que « 2,5% des copies »), menaces (sanctions, retraits de 15 jours de salaire, etc.) et magouillages divers (notes inventées) pour pouvoir tenir le calendrier officiel « comme si de rien n’était ». Il a créé les conditions d’un bras de fer là où il aurait été beaucoup plus raisonnable de repousser de 24 heures la publication et de se mettre – enfin – à l’écoute des revendications des profs.

À la place, et contre les instructions du ministère, des jurys de bac n’ont pas pu se tenir sans les notes des grévistes, le jeudi 4 juillet. En l’absence de note, il avait été expressément demandé d’utiliser les moyennes annuelles, ou à défaut d’inventer des notes. Ce qu’un certain nombre d’enseignantEs ont évidemment refusé de faire. L’administration a pris le relais, mettant des notes aléatoires. En tout, ce sont environ 320 centres d’examens, dans 19 académies, qui ont été impactés. Loin des pourcentages minimalistes annoncés par le ministre dans les médias…

Le brevet et les bacs pro gagnés par la contestation

Il faut ajouter à cela les autres secteurs de l’Éducation nationale, moins médiatisés mais touchés eux aussi par la colère des personnels. En collège, dans un contexte marqué par le report pour cause de canicule et par la perspective de la grève du bac imminente, on a vu le 1erjuillet une grève de la surveillance modestement suivie, et des AG au moment de la correction qui ont mis en débat la question de la grève. En lycée professionnel, les profs ont fait la grève des corrections, ce qui a obligé certains rectorats à décaler leur calendrier de deux jours et à reconvoquer d’autres collègues.

Blanquer : tricheur, menteur et brutal

La gestion de la crise du bac 2019, et des examens en général, aura des conséquences à long terme. Le choix politique, assumé par Jean-Michel Blanquer, est celui d’une rupture consommée avec l’ensemble de la profession. Il apparaît nu, totalement autoritaire, à l’image du reste du gouvernement Macron.

Une rupture qui va bien au-delà des grévistes, minoritaires bien que largement soutenus par leurs collègues. Pour une frange large des profs, attachés au sens et aux valeurs du métier, il y aura un « avant » et un « après » la « blanquerisation » du bac… Même dans les rangs des chefEs d’établissements, pourtant traditionnellement loyaux envers leur ministre, des voix s’élèvent pour dénoncer les tripatouillages auxquels ils et elles ont été contraintEs de se livrer.

Car au bout du compte, le bac 2019 a eu lieu. Malgré un mouvement qui aura surpris tout le monde, y compris chez les plus militantEs, par sa spontanéité et son impact. Et dont la leçon générale est que le rejet de Blanquer n’a jamais été aussi fort dans l’Éducation nationale. Pas de doute : à la rentrée, les enseignantEs vont continuer leurs mobilisations contre Blanquer et son monde !

Albert Melville et Raphaël Greggan

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Mis à jour le lundi 5 août 2019