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La Macronie dans la tourmente : après Benalla, la saison 2 avec de Rugy ?

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Les révélations de Mediapart sur les dîners fastueux de De Rugy, la rénovation de son appartement et le HLM inhabité pendant 12 ans par sa directrice de cabinet, le tout sur le dos du contribuable, ont plongé l’exécutif dans de nouvelles turbulences. Macron pensait passer un été serein et redevenir le maître des horloges avec municipales et contre-réformes sur les retraites et l’assurance chômage en ligne de mire. Il se retrouve contraint d’envoyer son Premier Ministre jouer les pompiers de service.

Flo Balletti

Crédits photos : LUDOVIC MARIN / AFP

Quelques heures ont suffi pour que Nicole Klein prenne la porte. L’ex-directrice de cabinet et ex-préfète sur Nantes (c’est elle qui avait envoyé réprimer dans le sang la ZAD de Notre-Dame-des-Landes) n’a pas été ménagée. Il faut dire que bénéficier d’un HLM sans l’habiter pendant douze ans est difficilement excusable, surtout quand son ministre est sous le feu des critiques après que sa vie de château ait été révélée. Cette haute-fonctionnaire au CV jusque-là impeccable, a donc été un bon fusible pour le ministre de l’écologie, qui avait grand besoin de respirer.

Pourtant en ce jeudi matin, la fumée autour de de Rugy ne s’est pas dissipée. Ses neuf dîners entre amis aux frais du contribuable ont laissé des traces. Dans l’opposition, mais aussi, et peut être surtout, dans l’opinion publique. L’ancien président de l’Assemblée, qui reprenait à peine ses esprits, a carrément dû s’étouffer en prenant la deuxième bourrasque de Mediapart en plein visage. Cette fois, il s’agissait de révélations plus récentes, alors qu’il débutait en tant que ministre de l’écologie. Sa majesté de Rugy trouvait l’appartement de fonction trop fade. Il commandite alors des travaux... pour 63 000€ au total avec plus de 35 000€ de peinture et un dressing à 17 000€. Certains devis étaient parfois plus de deux fois inférieurs à ceux qui ont été finalement payés par le contribuable.

Visite aux Deux-Sèvres : homard géant et retour précipité à Matignon pour se faire remonter les bretelles

Devant la préfecture de Niort, des militants écologistes attendent François de Rugy de pied ferme. Mais à vrai dire, même eux s’époumonent davantage à crier « on veut du homard ! », ou « François démission ! », que des slogans écolos. Un homard géant gonflable est de sortie. De Rugy et l’exécutif ont pris la température. Cette affaire d’Etat a bel et bien « pris » dans l’opinion publique. La visite du numéro 2 du gouvernement dans les Deux-Sèvres est finalement écourtée. Un entretien avec le Premier Ministre vient d’être organisé à la hâte, pour 16h30 à Matignon. Sous la vindicte populaire, va-t-il être sommé de démissionner ? C’est peu probable, le gouvernement ne veut pas « plier » si rapidement face à Mediapart. Surtout, une telle décision serait en dernière instance un aveu de faiblesse, alors que Macron et son clan veulent relancer au plus vite le train des contre-réformes.

Finalement, celui qui tombe la cravate pour sauver la planète, se fait remonter les bretelles mais reste en poste. De Rugy a changé de posture. Son ton offensif du début face à Mediapart, laisse place à des formes de mea culpa. « S’il y a des erreurs d’appréciation de ma part, je serai tout prêt également à les corriger. C’est normal, ce sont les comptes que l’on doit rendre aux Français ». Il ne veut laisser « aucun doute » et « s’engage à rembourser chaque euro contesté ». Il s’engage à « soumettre les frais de réception contestés aux autorités de contrôle de l’Assemblée nationale ».

Matignon s’occupe du service après-vente, « tout responsable public est astreint à la double exigence de transparence et d’exemplarité ». Richard Ferrand, son successeur LREM au perchoir dit avoir « missionné le secrétaire général de l’Assemblée et de la présidence pour examiner et vérifier cette situation ». Et d’ajouter, « M. François de Rugy sera invité à s’expliquer dans le cadre de cette démarche dans les prochains jours ». Pour conclure que serait possiblement sollicité le « concours de la déontologue de l’Assemblée ». En somme, de la poudre aux yeux. La démarche est grossière. Elle a pour but de maintenir le ministre en place, le coût politique de son départ aurait été trop important.

« Le logement à vocation sociale » et le spectre de l’affaire Benalla

Avec ce cirque et ces belles paroles, l’exécutif essaie surtout d’éteindre l’incendie. C’est ce qu’explique l’éditorialiste de BMF TV, Thomas Soulié : « de Rugy désormais met de l’eau dans son vin, il fait progressivement profil bas, il évolue. Il veut éviter à tout prix qu’il y ait un feuilleton comme avec l’affaire Benalla. Et c’est mal parti, il va rentrer prématurément, la semaine prochaine, il y aura une séquence de questions au gouvernement. Un député me disait : « on l’attend au tournant ». Effectivement, un spectre hante l’Elysée, celui d’une affaire du type Benalla. Les éditorialistes bourgeois en sont bien conscients. « Le précédent c’est Benalla, ils ne souhaitent pas faire autant », déclare Alexis Lacroix, directeur délégué de l’Express sur le plateau de BFM. Pour rappel, l’affaire Benalla est survenue après quinze mois où Macron avait pu faire passer ses contre-réformes (loi travail XXL, sélection à l’université, pacte ferroviaire) - malgré des étudiants mobilisés et des cheminots massivement en grève et déterminés, mais qui, hélas, n’ont pu contourner la stratégie de la défaite de la grève perlée proposée par la direction de la CGT.

En début de soirée, une nouvelle révélation de Mediapart met en lumière que De Rugy, « profite, lui aussi, d’un logement à vocation sociale ». Un point commun avec sa néo-ex-directrice de cabinet ! Le site d’informations, taquin, s’interroge : « intraitable avec sa directrice de cabinet, François de Rugy le sera-t-il avec lui-même ? ». Alors que les deux précédentes informations compromettantes avaient affaire au train de vie, et que les classes dominantes essayaient tant bien que mal de relativiser l’affaire, parlant de questions « morales », cette nouvelle révélation coupe l’herbe sous le pied à ce type de défense. Cette fois, le numéro 2 du gouvernement est dans l’illégalité, pour deux raisons : il est toujours locataire alors que ce n’est plus sa résidence principale depuis juin 2017, et a tout sauf des « revenus modestes », puisqu’après avoir touché 14 500€ brut/mois en tant que président de l’Assemblée nationale, il est aujourd’hui, d’après Mediapart, « l’un des élus les mieux rémunérés de la République. »

Cependant, il est inexact de voir cette affaire comme un cas isolé, et De Rugy, une exception qui confirme la règle. Comme nous l’écrivions hier dans un édito intitulé Affaire de Rugy. A bas la caste politicienne et ses privilèges !, « alors que Macron avait fait le pari pendant la présidentielle d’être l’homme qui représenterait « le nouveau monde », les casseroles et autres affaires se sont accumulées depuis en Macronie. De Muriel Pénicaud, en passant par Gérald Darmanin, Richard Ferrand, Françoise Nyssen ou Alexis Kohler, sans évoquer l’affaire Benalla. Mais toute l’histoire de la Ve République a été jalonnée d’élus qui s’en sont mis plein les poches avec les deniers du contribuable. » Le président de la République, alors candidat, a pu passer entre les gouttes aidé certainement par son réseautage médiatique. Pourtant, « en 2016, alors qu’il était encore en poste en tant que ministre de l’économie, ce dernier a organisé parfois deux dîners par soir avec des personnalités de la culture, des médias, de la politique, des milieux d’affaires afin de préparer et organiser sa campagne. […] en l’espace de huit mois, « Emmanuel Macron a utilisé à lui seul 80 % de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget. » Il a ensuite démissionné de son poste de ministre. La suite on la connait : alors que Fillon est évincé pour l’affaire des emplois fictifs, Macron finit par être élu sur fond d’abstention record. »

Cette affaire qui est bien partie pour devenir le nouveau feuilleton de l’été, embarrasse grandement l’exécutif. Ses promesses de « nouveau monde » sont déjà loin, l’affaire Benalla, puis la répression sur les gilets jaunes y ont largement contribué. Justement, en juillet 2018, Arnaud Benedetti professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne, écrivait à propos de l’affaire Benalla : « L’Élysée est triplement touché au cœur : parce qu’il s’agit d’abord de l’un de ses collaborateurs ; parce que le dossier renvoie subliminalement non pas à un prétendu « ancien monde » mais plutôt à une sorte de « proto monde » digne de la cour de Louis XIV au temps de l’affaire des poisons, ou aux pires moments du mitterrandisme ; parce qu’enfin il se pourrait que vienne se clore ainsi l’indulgence ouatée qui jusqu’à présent avait accompagné le gouvernement, y compris dans ses comportements les plus orthogonaux au regard de ses intentions affichées de faire advenir une nouvelle pratique de la politique. » La parallèle avec l’affaire De Rugy est pour le moins troublant.

Une nouvelle affaire d’Etat qui peut contrarier le calendrier des contre-réformes de Macron

Macron se retrouve une nouvelle fois sur une ligne de crête. Si les révélations se poursuivent et qu’il ne décide pas d’évincer de Rugy, l’image d’une Ve République de barbouzes et hors-la-loi n’en sera que renforcée. Si le ministre de l’écologie prend la sortie, scénario qui reste envisageable (bien que numéro 2 du gouvernement, de Rugy ne fait pas partie de son épine dorsale, il est plutôt un opportuniste), Macron aura fait apparaître une nouvelle fois les faiblesses du pouvoir qui n’en n’avait pas vraiment besoin après ses reculs, bien que très partiels, face au mouvement des gilets jaunes.

Dans son article Après les européennes, où vont les gilets jaunes ?, Juan Chingo, éditorialiste pour Révolution Permanente, écrivait : « La bouffée d’oxygène de l’Elysée après les européennes, due à la débâcle de LR et au siphonage de son électorat par LREM, cache, en réalité, les difficultés du macronisme à intégrer une fraction conséquente des classes moyennes au sein d’un noyau dur de soutien formé, notamment, par les secteurs les plus aisés. Un tel projet est pourtant nécessaire pour consolider la stabilité du régime. » Autant dire que l’affaire de Rugy ne permettra pas le moins du monde d’agréger ce secteur des classes moyennes.

Alors qu’il faut dans un premier temps éteindre le « foyer de Rugy », que les professeurs ont donné rendez-vous à Blanquer à la rentrée de septembre, qu’en parallèle, les urgentistes sont toujours en grève, la rentrée s’annonce brûlante pour le gouvernement. Emmanuel Macron sera-t-il encore maître des horloges pour imposer ses contre-réformes sur les retraites et l’assurance-chômage au potentiel éruptif ?

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Mis à jour le vendredi 23 août 2019