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Allemagne : poussée à droite et de l’extrême droite

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Par Furfur — Ce fichier est dérivé de : Sachsen Landtagswahlkarte 2014.svgDirekt gewählte Bewerber bei der Wahl zum 7. Sächsischen Landtag am 1. September 2019 nach Wahlkreisen - Vorläufiges Ergebnis, CC BY-SA 4.0,

Trois jours après les élections régionales qui ont eu lieu, dimanche 1erseptembre 2019, dans deux des seize États-régions (Länder) de l’Allemagne – la Saxe et le Brandebourg, tous les deux situés en ex-Allemagne de l’Est -, ce qu’on appelle “la classe politique” reste confrontée à une grosse difficulté en termes de construction d’alliances. Le poids de l’extrême droite, devenu très fort dans quasiment toute l’ex-Allemagne de l’Est qui forme aujourd’hui six États-régions de l’Allemagne réunifiée, en est l’une des causes, mais pas la seule.

Le parti d’extrême droite « Alternative pour l’Allemagne »(AfD, Alternative für Deutschland), qui n’a été fondé qu’au printemps 2013, vient d’y réaliser des scores très importants, bien qu’attendus. Et même si le niveau final de ses résultats électoraux, avec 27,5 % en Saxe (correspondant à un gain de + 17,7 % par rapport à 2014) et 23,5 % dans le Brandebourg (+ 11,3 % par rapport à 2014), est même très légèrement inférieur à celui que les sondages lui avaient promis. Avec ces scores, AfD reste le deuxième parti dans les deuxLänder, alors que les enquêtes d’opinion semblaient lui promettre, au début de l’été 2019, la chance de devenir la première force politique au moins en Saxe. La grande manifestation antiraciste et antifasciste de 40 000 personnes à Dresde, le week-end des 24 et 25 août, n’a sans doute pas endigué le parti AfD au sein de son propre électorat, mais elle a réussi à mobiliser les forces qui lui sont opposés.

Une importante poussée de l’extrême droite

Cela a sans doute contribué à faire augmenter la participation électorale, qui est relativement très forte avec 66 % en Saxe (+ 17 % en comparaison avec le scrutin précédent en 2014) et 60,5 % dans le Brandebourg (+ 12,6 %). Un certain nombre d’électeurs et électrices ont voté, sans doute majoritairement pour les grands partis institutionnels, et peut-être d’abord pour la CDU (Union chrétienne-démocrate) dans le cas de la Saxe où elle se trouve en position dominante, dans l’objectif principal de s’opposer à la montée de l’extrême droite. Cette forte montée de la participation n’a cependant guère affaibli le parti AfD, qui obtient des résultats presqu’aussi forts que prévus, mais se fait surclasser respectivement par la CDU (dans le cas de la Saxe) et, avec un petit effet de surprise, par le SPD (dans le Brandebourg) parce qu’il s’y est produite une sorte de sursaut au profit du parti en tête. Objectivement, il ne faut cependant pas oublier qu’au moins dans le cas de la Saxe, la CDU régionale est elle-même située très loin à droite.

Concernant les gains du parti AfD, ses nouveaux électeurs et nouveaux électrices parviennent d’abord des anciens abstentionnistes (+ 246.000 voix dans le cas de la Saxe), puis d’anciens électeurs et anciennes électrices de la CDU (+ 84.000 voix en Saxe) ; en moindre mesure aussi du parti de gauche Die Linke(en Saxe, ça représente + 27.000 voix) et du Parti social-démocrate (ici, + 10.000 voix en Saxe). Dans l’absolu, le parti d’extrême droite a ainsi aussi réussi, fortement, à tirer profit de l’augmentation de la participation électorale, attirant sans doute un bon nombre d’anciens « déçus de tous les partis politiques ».

La chute de la social-démocratie

Ce qui est communément dénommée « la Grande Koalition » ou GroKo(Grosse Koalition) est clairement devenue minoritaire dans le pays. Ce qui est vrai dans les résultats électoraux dans cette partie de l’Allemagne qui vient de voter, l’est aussi dans les sondages à l’échelle fédérale (nationale). Ladite « Grande Coalition », qui n’est pas la première du genre – desGrosse Koalitionenont gouverné l’Allemagne de l’Ouest entre 1966 et 1969, puis l’Allemagne réunifiée entre 2005 et 2009, ainsi que depuis 2013 jusqu’à maintenant – réunit les deux principaux partis de la droite classique, CDU et CSU (Union chrétienne-démocrate et Union chrétienne-sociale) ainsi que le Parti social-démocrate d’Allemagne, SPD. Or, ce dernier est entré dans un stade de déclin avancé.

Pesant moins de quinze pour cent dans les sondages à l’échelle nationale, le SPD, dont le premier prédécesseur fut fondé en 1863 en Saxe, termine la course électorale à 7,7 % dans cette partie de l’Allemagne, voisine de la Pologne et de la République tchèque. Ce qui équivaut à une perte de - 4,7 %, en comparaison avec la proportion de voix qu’il avait gagnées en 2014. En revanche, dans le Brandenbourg, il se maintient même mieux que prévu, notamment pour des raisons liées à la personne de son dirigeant local (le président de région Dietmar Woidke), en obtenant 26,2 %, ce qui signifie tout de même une perte de voix de - 5,7 % en pourcentage.

Cette évolution, qui est liée entre autres aux bilans des participations gouvernementales successives du SPD mais aussi à des facteurs tels que la (relative) perte d’influence des syndicats – dont l’encadrement reste lié à la social-démocratie -, ne profite pas au parti de gauche, Die Linke, bien qu’il soit placé dans l’opposition à l’échelle nationale. Il participe cependant au gouvernement régional dans plusieurs Länder de l’Allemagne ; c’était le cas jusqu’à dimanche dernier dans le Brandebourg (de 2009 à 2019), c’est toujours le cas en Thuringe, autre région de l’ex-Allemagne de l’Est qui votera à son tour, le 27 octobre prochain. C’est encore le cas dans la ville de Berlin qui constitue son propre État-région.

Les choix institutionnels de Die Linke l’entraîne dans la tourmente

En Thuringe, le Parti de gauche, souvent comparé au PCF ou aux mélenchonistes en France, est même en tête du gouvernement régional et occupe le poste de président de la région. Dans la partie occidentale de l’Allemagne, en revanche, c’est pour la première fois depuis la mi-août 2019 que Die Linkeparticipe à un gouvernement régional, dans la petite région urbaine de Brême, ensemble avec le SPD et les Verts (Die Grünen).

La participation de Die Linkeaux gouvernements n’est pas forcément le seul facteur qui lui a fait perdre toute dynamique et toute force d’attraction. La percée du parti AfD, ces cinq dernières années, l’a aussi soumis à une rude concurrence puisque le parti d’extrême droite est communément perçu ou présenté comme une « force protestataire ». 41 % des électeurs et électrices dans la catégorie socio-professionnelle « ouvriers » auraient voté pour la liste AfD, dimanche dernier. Il est cependant sûr et certain que l’intégration de Die Linkeaux institutions aura facilité sa perte de crédibilité et sa perception comme alternative à l’ordre existant.

En Saxe, le parti de gauche a ainsi perdu 8,5 % des voix, ce dimanche 1erseptembre (terminant la course électorale à 10,4 % des voix exprimées), et dans le Brandenbourg, il en a perdu 7,9 % pour terminer à 10,7 %.

Ces pertes ne profitent ni au SPD – logiquement, puisque le Parti social-démocrate perd dans les deux régions, ni d’ailleurs aux Verts, autre parti parfois allié à Die Linke (au moins dans quelques États-régions). Certes, le Parti de gauche aura perdu quelques milliers de voix au profit des écologistes. Mais les gains électoraux de ces derniers restent relativement faibles, en tout cas en comparaison avec ceux que les sondages préélectoraux laissaient attendre un temps ; et leurs nouveaux électeurs et nouvelles électrices viennent d’un peu partout, de tout le spectre politique. Les écologistes progressent cependant de manière plus modeste que prévu, obtenant 10,8 % des voix exprimées dans le Brandebourg (+ 4,6 %) - région d’où est originaire l’une des deux co-président(e)s des Verts allemands -, mais seulement 8,6 % en Saxe (+ 2,9 %).

Des Verts de moins en moins à gauche

Ceci alors qu’actuellement, à l’échelle fédérale (nationale), les Verts sont plutôt situés autour de 25 % dans les sondages. Une situation qui est d’ailleurs étonnante et qui s’explique d’abord par l’importance accordée dans l’opinion publique aux sujets de la protection du climat et de l’environnement. Mais qui est aussi liée au fait que l’intention déclarée de voter pour les Verts constitue une sorte de vote-refuge pour tous ceux et toutes celles qui se déclarent déçuEs par d’autres forces politiques (avant tout par le SPD), sans pour autant vouloir basculer dans un vote perçu comme extrémiste ou hors-système. Il est nécessaire de préciser que les Verts allemands sont devenus assez centristes et libéraux depuis une quinzaine d’années, après des débuts parfois situés à l’extrême gauche au début des années 1980 ; ce qui à l’époque leur aile droite, celle qui voulait s’allier à la social-démocratie dans les institutions et gouverner avec elle dans les institutions, constituant aujourd’hui leur aile gauche.

Mais cet attrait pour les Verts, qui existe surtout dans les milieux urbains, intellectuels et/ou situés à l’Ouest de l’Allemagne, fonctionne nettement moins dans toute l’ex-Allemagne de l’Ouest. Ici, les Verts sont plutôt perçus comme arrogants, exotiques, si ce n’est antinationaux (puisque pro-UE et plutôt vus comme « pro-immigration »), mais aussi comme représentantEs de couches moyennes aisées.

Une gauche délabrée

Les pertes du parti de gauche - Die Linke-, n’ayant guère profité au camp du centre-gauche avec le SPD ou Les Verts, ont, au moins dans le cas de la Saxe, plutôt profité à la CDU (avec un transfert de 30 000 voix) et au parti d’extrême droite (avec un transfert de 27.000 voix). Ce qui démontre, au passage, que le vote pourDie Linke était souvent moins lié à l’adhésion à des valeurs de gauche qu’à l’idée qu’il s’agit d’un parti pour « ceux de l’Est, contre l’arrogance d’un Ouest allemand dominateur ».

Un reflexe qui, aujourd’hui, profite d’ailleurs bien plus au parti AfD, qui joue sur ces sentiments – ayant placardé partout, pendant la dernière campagne électorale, des affiches appelant à rejouer la mobilisation de 1989 (contre le régime de la RDA de l’époque), « trente ans après », contre le « parti unique d’aujourd’hui ». Et ça a largement marché, même si une bonne partie de l’encadrement du parti AfD dans ces régions situées à l’Est (à l’instar d’Andreas Kalbitz, tête de liste dans le Brandebourg, qui a assidûment fréquenté des milieux néonazis), est elle-même issue de l’Allemagne de l’Ouest et non pas de l’Est. Mais qui est à une contradiction près ?

La gauche dans toutes ses composantes, jusqu’aux Verts plutôt centristes, se trouve actuellement dans une assez mauvaise situation dans toute l’ex-Allemagne de l’Est, en partie aussi parce qu’un discours marxiste peut être facilement associé à la terminologie de l’ancien régime d’avant 1989. Le maintien dans des gouvernements (régionaux) bourgeois n’aidant certainement pas à résoudre la difficulté…

Bertold du Ryon

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Mis à jour le mercredi 16 octobre 2019