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Unir les colères et rassembler la gauche qui lutte

Crédit Photo : Photothèque rouge / Martin Noda

La semaine dernière, la journée de grève très massive à la RATP a marqué la véritable rentrée du monde du travail. Contre l’intox idéologique et les coups de pression du pouvoir et de ses porte-flingues médiatiques concernant les régimes spéciaux, ces salariéEs ont fixé les enjeux des prochaines semaines : être à la hauteur du bras de fer que veut engager Macron sur les retraites, ainsi que contre l’ensemble des services publics.

La rentrée des résistances

Qu’importe la réalité, la grosse Berta avait été sortie contre les prétendus privilégiéEs de la RATP qui partiraient tôt à la retraite avec des pensions astronomiques... Mais rien n’y a fait : 100 % de grévistes au métro, 60 % aux bus et dans les ateliers de maintenance ; Paris et ses environs proches ont été largement paralysé ce vendredi 13 septembre. Un niveau de grève jamais atteint depuis 2007, preuve que la colère est importante, pour une journée de grève au départ lancée pour ne pas se rallier à la date mise dans le paysage par la CGT, le mardi 24 septembre...
Quelques jours plus tard, ce sont les Finances publiques qui se sont fait entendre lundi. Contre la réorganisation des services, avec son cortège de disparition de sites (ce que le jargon de ceux d’en haut cache derrière le délicieux nom de « géographie revisitée »), la mobilisation a été plus forte qu’attendue, en particulier là où sont connus les projets de la direction sur l’organisation des services. Les taux de grève ont atteint des niveaux inégalés depuis le dernier grand conflit en 2000 et, fort logiquement, plusieurs sites ou départements ont appelé à reconduire la grève les jours suivants.
Dans le même temps, deux affrontements emblématiques continuent inlassablement. Ainsi, malgré les annonces de la ministre de la Santé Buzyn à la veille de l’AG du collectif inter-urgences (750 millions sur 3 ans), 251 services sont toujours en grève (six mois après le début du conflit !), rejoint ces derniers temps par la solidarité des médecins hospitaliers. Et depuis le mois de juin, les pompiers sont eux aussi en grève dans 90 départements, un service public particulièrement impacté par la baisse des budgets et l’absence de reconnaissance du danger subi.
Tout cela sans parler des « Actes » des Gilets jaunes (bientôt le premier anniversaire !) qui, sans retrouver leur niveau d’avant l’été et bien loin de la profondeur des mois de novembre et décembre 2018, marquent la permanence inédite d’un mouvement sévèrement réprimé.

Construire le 24 septembre et après

L’exaspération voire la radicalité dont est porteuse cette rentrée sociale, manifeste à l’évidence que des possibilités existent pour enclencher un affrontement. Mais si les luttes sectorielles sont indispensables pour engranger des forces, prendre confiance, poser l’ensemble des enjeux programmatiques et les questions stratégiques liées aux luttes, elles ne peuvent suffire en elle-mêmes pour éclater le plafond de verre. Construire un grand mouvement d’ensemble pour bloquer l’économie reste l’objectif de notre camp social, nous ne pourrons nous en passer.
Dans ce cadre, lancée comme une bouteille à la mer par une direction de la CGT paralysée ces derniers mois, la journée de grève et de manifestation de ce mardi 24 septembre (rejointe notamment par Solidaires) peut être un premier rendez-vous pour toutes celles et ceux – militantEs, équipes syndicales, forces de la gauche sociale et politique – qui veulent sortir de l’éparpillement. Mais en l’absence d’échéances centrales, le risque d’une nouvelle journée sans ­lendemain reste grand.
Il faut donc se saisir de toutes les possibilités pour ouvrir sur les lieux de travail, dans les services et les entreprises, une discussion large sur les suites à construire. On sait que le pouvoir cherche sur le dossier central des retraites à étirer le temps jusqu’aux élections municipales, de façon à désamorcer toute opposition, sociale comme politique. Construisons notre propre calendrier de mobilisation, avançons dans l’élaboration de notre propre programme, sur les retraites et l’ensemble de la protection sociale, contre les privatisations – en particulier celle d’ADP dont la campagne de signatures pour l’organisation d’un référendum se déroule dans le même temps –, aidons à tisser les liens nécessaires entre salariéEs du public comme du privé, Gilets jaunes, jeunes (qui vont largement se mobiliser ces prochains jours pour la justice climatique)…

Continuer les combats, ouvrir les débats

Enfin, parce que nous ne pouvons rester l’arme au pied et continuer à nous regarder en chiens de faïence, il faut aussi prendre nos responsabilités politiques et contribuer à sortir de l’immobilisme la gauche radicale, l’extrême gauche, toutes les forces qui veulent changer fondamentalement la société. Le week-end dernier, la fête de l’Humanité a été une nouvelle fois – pour qui en douterait encore – la manifestation du décalage existant entre les aspirations des militantEs, des sympathisantEs, à se retrouver ensemble pour débattre et chercher des solutions, quitte à s’engueuler vertement, et la faiblesse de nos organisations respectives, de nos liens.
Encore faut-il prendre le problème par le bon bout… Ce n’est pas avec des accords par en haut, sur le terrain électoral, l’œil rivé sur 2022, que l’on va dénouer la situation. Partir de la société telle qu’elle est, de notre camp tel qu’il est, politiser nos luttes, discuter tactique et stratégie à partir du besoin des résistances en dehors de tout calendrier électoral, trouver les voies pour échanger et rassembler, chercher à agir et à frapper ensemble, tout cela serait un pas en avant… qui, comme chacunE le sait, vaut mieux qu’une douzaine de programmes.

Manu Bichindaritz

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Mis à jour le vendredi 22 novembre 2019