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Macron prépare des charters pour les AfghanEs !

Crédit Photo :
Camp de réfugiés syriens en Jordanie, 2013 / Wikicommons

Le 18 septembre, l’Assemblée nationale (après le Sénat) a voté majoritairement et sans état d’âme la ratification d’« un accord européen de coopération en matière de partenariat et de développement » entre l’Union européenne (UE) et l’Afghanistan dont le but principal (article 28) est d’expulser plus d’AfghanEs en « situation irrégulière ».

Comme chacun le sait, l’Afghanistan est un pays « sûr » !! Selon la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), au cours des neuf premiers mois de l’année 2018, 2.798 civils ont été tués et 5 252 blessés, victimes des attaques des groupes armés mais aussi des frappes aériennes du gouvernement et des forces internationales. D’après une étude de l’Organisation internationale pour les migrations publiée en mai dernier, l’Afghanistan compte plus de 3,5 millions de personnes déplacées.

En fait, cet accord, le Joint Way Forward, avait déjà été signé en 2016 par l’UE. Il prévoit des mesures visant à faciliter le retour et la réadmission des ressortissantEs afghanEs : l’utilisation de vols non réguliers vers Kaboul, communs à plusieurs Etats membres de l’UE, organisés et coordonnés par l’Agence européenne Frontex, et la construction d’un terminal dédié à leur retour à Kaboul. Il ouvre également la voie au retour des femmes et des enfants non accompagnés sans faire la moindre mention de l’intérêt supérieur de l’enfant.

Cet accord, signé à l’époque sous la pression de l’Allemagne qui recevait le plus de réfugiéEs afghanEs mais sans aucune clause d’obligation pour les Etats membres de l’UE, est aujourd’hui ratifié par la France. Beaucoup d’AfghanEs n’ayant pas pu obtenir l’asile en Allemagne ont cherché un refuge en France dont elles/ils sont devenuEs le groupe le plus important de demandeurs d’asile. Jusqu’à présent, les expulsions directes vers l’Afghanistan étaient plutôt rares - même si, en application inhumaine de la procédure Dublin, de nombreuses expulsions ont eu lieu vers les pays qui, comme l’Allemagne, la Suède ou la Norvège, n’hésitent pas à renvoyer les AfghanEs vers les prisons ou la mort. D’après Amnesty international, 800 AfghanEs ont déjà été renvoyéEs par les Etats de l’UE depuis le début de l’année.

Désormais, dispensé de l’obligation de « laissez-passer consulaires » pour les ressortissantEs afghanEs et assuré de la « coopération » de la République islamique d’Afghanistan - devenue très fréquentable, tout comme la Libye ou la Turquie -, on peut s’attendre à ce que le gouvernement français organise avec zèle des charters à destination de Kaboul, après ceux à destination de l’Albanie ou de la Géorgie. A un moment où le nombre de victimes civiles atteint des quasi-records, les Etats de l’UE, et maintenant la France, expulsent en masse des AfghanEs, les exposant à de graves violations des droits humains. Refusant ainsi les droits à protection internationale à touTEs celles et ceux qui fuient les guerres, les dictatures ou les régions sinistrées, les Etats membres de l’UE piétinent tous les accords internationaux sur le droit d’asile que tous ont signés des deux mains !

Ces accords entre l’UE et les pays dits tiers (17 au total auxquels s’ajoutent les accords bilatéraux entre ces pays et des Etats membres de l’UE, signés dans la plus complète opacité) sont l’expression même de la politique raciste et cynique de l’UE pour mettre en place l’externalisation de ses frontières. L’instrument le plus emblématique de cette coopération est l’accord de réadmission : sous couvert d’aide au développement, des millions d’euros versés pour renforcer les régimes sanguinaires de tous poils, avec comme monnaie d’échange la « réadmission » par ces pays de leurs ressortissantEs qui ont fui la misère et la guerre ! Un enfer kafkaïen pour ces milliers de personnes qui ont essayé de trouver refuge dans la forteresse Europe, qui leur claque la porte au nez. Elles qui ont payé de leur santé et de leur vie les chemins de l’exil pour au final se retrouver au point de départ de leur voyage et souvent pour y trouver la prison ou la mort !

Dans un article de Danièle Lochak (extrait de la revue du GISTI Plein Droit n° 111, décembre 2016) intitulé « 1938 : Le monde ferme ses portes aux réfugiés »,cette phrase en introduction résume exactement la barbarie et le racisme engendrés aujourd’hui comme hier par le capitalisme contre celles et ceux qu’il désigne comme des « indésirables » : « Des réfugiés qui fuient en masse le nazisme, des gouvernements qui leur barrent l’accès à leur territoire, des exilés contraints d’embarquer clandestinement sur des bateaux de fortune, une diplomatie prête à donner des gages aux pires dictatures et néanmoins impuissante, comme l’atteste l’échec prévisible de la conférence d’Evian en 1938 : les analogies sont décidément troublantes entre l’attitude des Etats à l’égard des Juifs dans les années 1930 et celle qu’ils adoptent aujourd’hui à l’égard des réfugiés. »

Pour mettre fin à ces politiques criminelles, il n’y a que nos mobilisations solidaires pour s’opposer à toutes les expulsions, pour exiger l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation, la fermeture des CRA (Centre de rétention administrative), l’égalité pour toutes et tous et la régularisation de tous les sans-papiers.

Josie Boucher

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Mis à jour le samedi 12 octobre 2019