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Débat sur l’immigration : LREM empiète sur les plates-bandes du RN

Ce lundi, Edouard Philippe a inauguré au parlement le débat sur la politique migratoire, sujet « promis » dans le cadre du grand débat national.

Frédéric Mizumschi

Crédits photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La convocation, qui a réuni les représentants des principaux partis d’opposition à l’assemblée nationale, ne prévoyait d’emblée aucun vote et a surtout servi à interpeller la droite libérale et les franges de la population perméables aux mesures conservatrices. Alors que s’entame le deuxième volet de la présidence de Macron et que les élections municipales se rapprochent, son gouvernement a cherché à surenchérir sur le terrain du RN, son principal adversaire électoral, avec deux sujets qui cristallisent les divergences : l’immigration et la sécurité.

Tandis que Macron suggérait, en septembre dernier, que « la délinquance, les agressions, et les cambriolages » seraient à mettre sur le compte exclusif de l’immigration illégale, affirmant que le sujet serait l’« enjeu social » des quartiers défavorisés, son premier ministre Edouard Philippe a inauguré le débat d’hier sur le système d’asile en soutenant qu’il serait saturé à cause des « avantages » du modèle français.

Le chef de l’état a ainsi revendiqué dans ses préliminaires vouloir poser le débat au nom des « classes populaires » et non pas des « bourgeois de centre-ville, qui, eux, sont à l’abri », s’armant d’un discours aux relents réactionnaires auquel nous a habitué le RN et la droite dure. Et pour diluer la colère provoquée par la réforme des retraites et les précédentes mesures antisociales, rien de mieux que de faire valoir les populations immigrées comme les premiers fardeaux de l’économie nationale. Après avoir imposé les lois Asile et Immigration en 2018, le gouvernement a ainsi redoublé de rhétorique xénophobe en présentant un programme structuré autour de 6 points, dont les résultats, s’ils sont appliqués, ne feraient à terme que renforcer l’exploitation des pays du Sud par les puissances impérialistes, tout en exposant un nombre toujours plus croissant de personnes ayant fuit cette misère aux représailles de leur pays d’origine.

Augmenter l’aide publique au développement, « levier de la politique migratoire »

L’aide publique au développement est servie comme une mesure qui agirait en aval sur les pays d’origine des migrants. Elle représente chaque année une centaine de milliards de dollars investis par les pays du Nord, principalement sur le continent africain, en Asie centrale et en Amérique latine. Dans le détail, environ 18 % de ces aides sont tournées vers l’éducation et la santé, 17 % vers les infrastructures économiques, 18 % constituent un secteur « non spécifié », et 6 % seulement sont réservés au développement de la production. Pour le continent africain, cette aide est passée de 10 milliards de dollars dans les années 60 à 137 (?) milliards en 2015. Mais quel est l’intérêt économique pour les Etats d’investir dans ces aides publiques ?

Un rapport de l’Oxfam, publié en 2015 et qui a suscité un tollé à échelle internationale, a démontré que, pour que les multinationales implantées dans les régions les plus pauvres du monde génèrent des gains, il leur « suffit » simplement de sur-estimer les prix des importations de marchandises et de sous-estimer ceux des exportations, conjointement aux bénéfices générés par les optimisations fiscales. Les aides au développement, essentiellement délivrées sous forme de prêts fournis par ces multinationales, sont ainsi reversées dans les secteurs cités avant de retourner dans les mains de ces mêmes entreprises, implantées localement, ce qui donc crée un gain non négligeable.

En assurant ce genre de prêts aux Etats des régions sous-développées, les bourgeoisies des pays impérialistes ont pu entretenir leur mainmise sur l’économie des pays bénéficiaires et ont donné les moyens aux classes dominantes locales d’asservir, en faisant notamment des « prix d’amis » sur les ventes d’armes, la population aux besoins de l’exploitation, comme ça a été le cas au Cameroun.
Via cette aide, qui devrait passer de 0,43 à 0,55 % du PIB d’ici 2022, le gouvernement français compte donc augmenter le rendement des capitalistes. Ceux-ci vont être générés par les retours financiers sur les prêts, les flux illicites, l’exploitation du travail, ou encore par le départ de la main d’œuvre bon marché qui alimente déjà l’économie des pays dominants, puisque parmi les premiers donateurs on retrouve les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et enfin la France en cinquième place.

Renforcer le contrôle aux frontières

Durant son intervention, Edouard Philippe s’est félicité que les reconduites aux frontières, résultat des lois asile-immigration, aient augmenté de 10 % en 2018, tout en prenant soin de noter que le chiffre de 123 000 demandes d’asile enregistrées en 2018 est en hausse de 22 % par rapport à 2017. Afin de faire baisser ce chiffre, il prévoit ainsi de demander aux pays bénéficiaires de l’aide au développement de renforcer le contrôle aux frontières et de délivrer plus de laissez-passer consulaires afin de faciliter l’expulsion des sans papiers. Il a ainsi avancé l’idée de débloquer des fonds pour financer les dispositifs de répression déjà en place, comme par exemple pour financer les effectifs de gardes-côtes européens Frontex.

Durcir les conditions d’accès à la naturalisation

Alors que ces procédures concernent 60.000 personnes par an, le gouvernement compte ramener la durée moyenne d’instruction à six mois avant la fin du mandat afin de « simplifier les procédures d’autorisation individuelles », ce qui réduira drastiquement les délais de recours et donnera prétexte à refuser la naturalisation. En outre, il prévoit de durcir le niveau de langue requis pour accéder à la nationalité.

Affermir la distinction entre migrants économiques et politiques

Pour justifier le tri social, le gouvernement a présenté « l’idée de quotas » à imposer dans le secteur professionnel, ce qui revient à sélectionner les migrants relativement à leur degré de qualification. « S’agissant de l’immigration professionnelle », qui concernerait 34 000 personnes en France, il faudrait selon Philippe avoir « une approche pragmatique en relation avec nos besoins de main d’œuvre » selon « l’intérêt de quotas par nationalité ou par secteur. » Dans la lignée, le gouvernement envisage même que les demandes d’asile effectuées en préfecture soient dématérialisées, ce qui n’est évidemment qu’une mesure de plus pour faire peser les démarches administratives sur les exilés et leur imposer l’isolement s’il n’ont pas les interlocuteurs, les traducteurs ou le matériel nécessaires au dépôt de leur demande.

Economiser sur les allocations versées aux demandeurs d’asile ou sur les dispositifs d’aide médicale

« La France doit à l’évidence soigner tous ceux qui réside sur son territoire mais elle ne doit être ni plus ni moins attractive que ses voisins. », a réitéré le chef de l’exécutif. Selon Macron, qui palabrait récemment sur le « nombre de gens qui viennent pour se faire soigner en France », la couverture santé dont bénéficient les exilés, l’ AME, coûterait 930 000 millions à l’état, serait délivrée à 300 00 personnes et favoriserait le développement « d’un tourisme médical » pour l’accès aux soins. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a défendu le maintien de cette aide médicale d’État, mais a pourtant investi cet été une mission d’inspection pour évaluer là où les aides du dispositif peuvent être rognées, ce que le gouvernement envisage de faire passer sous forme d’amendements. Par contre, il est envisagé pour la PUMa (la Protection universelle maladie) dont dépendent les demandeurs d’asile, que soit mis en place une période de carence de trois mois avant son accès. L’ONG Médecins du monde a sur ce point dénoncé que « ni la droite ni l’extrême-droite n’avaient osé s’en prendre à cela. C’était sanctuarisé. »

Il est à ce propos utile de rappeler que c’est précisément sur le dos des travailleurs sans protections sociales et sans droits que peuvent se réaliser les plus grandes marges, et que les conditions misérables dans lesquelles doivent survivre les exilés, que ce soit à Stalingrad, dans des « jungle » comme celles de Calais où dans des foyers précaires, soumis aux interventions violentes des forces de répression, ne feront que s’accentuer si les points cités venaient à être adoptés. Ces mesures, en plus de porter un non-sens économique, ne réussiront pour autant certainement pas à dissuader ceux qui fuient les guerres et la misère et qui sont prêts pour cela à traverser la mer à la nage ou dans des conditions insalubres à bords de navires hautement surveillés.

Face à ces propositions, la « gauche », incarnée par la FI, ne propose cependant que de rester dans la défense des intérêts de l’État en misant sur la sauvegarde ou le renforcement de certains de ces « droits » pour limiter les effets funestes du tri aux frontières. Mais même si, comme l’a dénoncé Mélenchon en attaquant le gouvernement, l’état privilégie « l’immigré plutôt que le financier qui pille notre pays, sur lequel vous ne dites rien », son autre perspective, « faire en sorte que les gens restent chez eux » n’en est pas une pour l’écrasante majorité des travailleurs, certes privés de protection en France, mais également exploités dans leur pays d’origine, tant ces lois et ces dispositifs serviront précisément à légitimer les rouages du mode de production capitaliste.

Eric Ciotti, LR, a quant à lui estimé qu’il fallait « augmenter le nombre d’expulsions, refonder le droit d’asile, refuser les demandes d’asile issues de pays considérés comme sûrs, durcir le droit de la nationalité, réaffirmer la laïcité républicaine », le tout à soumettre sous forme de référendum avant la fin de l’année. De son côté, pour M. Le Pen, « notre pays vit une véritable submersion, j’ose le terme » et accuse le gouvernement de mener une politique « d’implantation des migrants ». La proposition de référendum ne déplaît ainsi pas au RN, spécialiste historique de la division des travailleurs, qui veut appliquer la même stratégie populiste invoquée durant le mouvement des gilets jaunes : « plutôt que d’organiser un petit débat sans vote, organisez un grand référendum ! ».

Avec le débat sur l’immigration, LREM entend chercher à « siphonner » l’électorat de la droite en pleine crise, dans le cadre de la nouvelle polarisation politique avec le Rassemblement National en vue des prochaines échéances électorales. Loin, bien loin des intérêts des classes populaires, de la jeunesse et des travailleurs, et qui témoigne de la nécessité d’une alternative politique de classe, révolutionnaire, internationaliste et anti-impérialiste et se situant résolument sur le terrain extra-parlementaire.

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Mis à jour le vendredi 22 novembre 2019