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La bourgeoisie criminalise les actions « coup de poing » : ce n’est que la légitime défense des travailleurs

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Les grèves, ça les met en rage et ils jouent le pourrissement. Quant aux occupations, blocages, barrages, coupures et autres actions radicales aux allures subversives, ils n’en veulent à aucun prix.

Claude Manor
C’est un tollé du camp de la bourgeoisie contre les soi-disant fauteurs « d’atteinte à la démocratie ».
Contre ce poison du dénigrement systématique et de la criminalisation véhiculés par les médias aux ordres, il faut rétablir la vérité et remettre la légitimité démocratique à sa place, dans le camp des travailleurs.

Une escalade dans la criminalisation des actions contre la réforme des retraites

Depuis le début de l’année, Macron a tenté de sonner le glas de la grève et de siffler la fin du mouvement social. Le cœur de la lutte contre la réforme s’étant concentré dans les grèves de la RATP-SNCF, il espérait, grâce à l’entourloupe de l’âge pivot et avec la complicité de Berger (CFDT) et Escure (UNSA), sonnant la reprise, gagner définitivement la manche… et peut-être la partie.

Mais, à la base, malgré la pression et l’usure, ça résiste encore avec détermination et, depuis le coup d’envoi lancé par les danseuses de l’Opéra, des couches nouvelles entrent dans la lutte et inventent de nouveaux modes d’action tandis que des secteurs économiques essentiels entrent à nouveau dans la danse.

D’abord interloqués, mais enclins à composer avec les actions « symboliques » comme les concerts impromptus, les lancers de robes et de blouses des avocats ou des médecins, Macron et son gouvernement ont compris que de telles initiatives devenaient contagieuses et maintenaient la flamme de la combativité. Elles n’ont d’ailleurs pas tardé à trouver un prolongement dans d’autres types d’actions. Qu’il s’agisse de la visite rendue à Macron aux Bouffes du Nord, de l’entrée dans les locaux de la CFDT, ou des coupures de courant dans ces mêmes locaux mais aussi à Rungis mardi et un peu partout ce mercredi. Dans le camp de la bourgeoisie on commence à s’inquiéter sérieusement de ce que les médias appellent eux-mêmes la « gilet-jaunisation » du mouvement et à tenter de lui porter un coup d’arrêt.
En ce qui concerne la « visite » aux Bouffes du Nord, Macron, après s’être apparemment enfui en courant, n’a rien trouvé de mieux que de placer en garde-à-vue le journaliste Taha Bouhafs pour avoir émis un tweet signalant la présence du Président et un probable rassemblement d’opposants.

Plus significative, pour le camp des travailleurs, est la réaction de Laurent Berger, secrétaire de la CFDT, qui, face à l’incursion de grévistes venus lui demander des comptes sur son renoncement à la bataille, a trouvé que la réponse adéquate était de les mettre dehors et de porter plainte. Quant au désaveu de Martinez il n’a pas manqué de susciter des réactions dans les rangs des militants de la CGT. La riposte est d’ailleurs montée d’un cran avec les coupures d’électricité dans les locaux de la CFDT, en même temps qu’à Rungis.

Mais l’escalade dans la criminalisation ne s’est pas arrêtée là. Ce mercredi 22 janvier, deux agents de la société Enedis ont été mis en garde-à-vue à Neuvic en Dordogne pour coupure sauvage d’électricité. Une soixantaine de personnes portant notamment des drapeaux de la CGT et de FO se sont réunies devant la gendarmerie de Neuvic, en signe de soutien aux deux interpellés : « la situation ne peut que se dégrader, si on se met à nous traiter comme des délinquants. On se bat contre une réforme des retraites régressive, mais on n’est pas des voyous » ont-ils déclaré.

Dans le même sens, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, renouant avec sa base, a estimé que l’interpellation de ces deux agents grévistes revenait à « jeter de l’huile sur le feu ». « Il y a deux agents en garde-à-vue à Périgueux, il y en a eu deux à Orléans, trois à Bordeaux, il y a ceux de la RATP. La conception de la négociation et de la discussion avec un mouvement de grève, c’est les gardes à vue. Je crois que ça, c’est jeter de l’huile sur le feu ». Il a accusé les autorités de « stigmatiser » la CGT.

« Atteinte à la démocratie » ou légitime défense ?

Face à ceux qui crient à l’atteinte des règles démocratiques, il faut rompre avec l’emprise qu’exerce la domination bourgeoise pour définir ce qui est « démocratique » et ce qui ne l’est pas.

La bourgeoisie et la classe ouvrière ont, fondamentalement, des intérêts antagonistes irréconciliables. Depuis son élection, Macron est le support conscient et délibéré des attaques exigées par le capitalisme dans sa phase néolibérale, contre les travailleurs. Il n’y a plus, dans ce cadre, aucune réforme portée par le gouvernement qui puisse être autre chose qu’un coup-de-force contre les travailleurs.

C’est dans cette réalité incontournable que se situe la première source de légitimité de la lutte que mènent, depuis plus de 6 semaines, les salariés de la RATP, de la SNCF et tous ceux qui les rejoignent, raffineurs, électriciens, portuaires, enseignants… et ce, quelles qu’en soient les formes. La population s’est d’ailleurs très vite rendu compte de la dimension collective de ces luttes. Malgré les coups de boutoir répétés des médias et l’usure du temps, l’opinion publique a continué à manifester largement son soutien. Car, l’histoire n’a cessé de le prouver, lorsque des victoires, même partielles, ont été obtenues, les bénéfices se sont toujours appliqués à tous et toutes, qu’ils aient fait grève ou non et qu’ils fassent partie des générations actuelles ou futures.

Se battre pour les intérêts de sa classe tout entière est légitime, parfois même héroïque, et c’est dans ce cadre seulement que doit être examinée la question des moyens.

Le choix des moyens relève de la démocratie ouvrière

Le premier des moyens et le plus efficace, on le sait, c’est la grève, surtout si elle devient générale. Même si les patrons n’ont de cesse de le limiter, le droit de grève est inscrit dans la constitution. Si la grève contre la réforme des retraites est devenue la plus longue de l’histoire du mouvement ouvrier en France, ce n’est ni par romantisme, ni par entêtement de travailleurs dont les salaires sont souvent voisins du SMIC, voire inférieurs dans certains cas. Si les grévistes ont été contraints à cet « exploit », c’est parce qu’ils ont été pris en étau entre l’inflexibilité du gouvernement et les tactiques des bureaucraties syndicales, et au premier chef, celle de la CFDT.
La stratégie du gouvernement, qui a consisté à ne rien entendre et ne rien lâcher, était délibérée et se fondait sur le pari du « pourrissement » de la grève. Pari qui n’était rendu jouable que grâce à la stratégie de la négociation qui ne s’est jamais interrompue et notamment grâce au « cheval de Troie » qu’a représenté « l’âge pivot ». Forts de la capitulation de Laurent Berger et de l’UNSA, le gouvernement et les médias n’ont cessé de mettre la pression pour que la grève se termine, n’hésitant pas à interpeller la CGT en citant à tout bout de champ la phrase de Maurice Thorez en juin 1936 : « Il faut savoir terminer une grève »... C’est cette situation d’impasse qui a poussé les grévistes de tous les secteurs à rechercher des modes d’action que les commentateurs ont le front maintenant de qualifier de « jusqu’au boutisme » et que le gouvernement veut absolument criminaliser.

La réalité qui les met en rage c’est que, parmi ces moyens, certains ont un aspect plus symbolique mais d’autres sont de véritables armes politiques et pourraient avoir une influence décisive dans l’inversion du rapport de forces. En 1968, alors que Georges Séguy, secrétaire Général de la CGT s’apprêtait à appeler à la fin de la grève, Kraszucki, membre également de la CGT, missionné pour préparer les accords de Grenelle avec Chirac, secrétaire d’Etat à l’emploi, avait pris soin de lui donner des garanties en précisant que la CGT ne procéderait pas…. à des coupures d’électricité.

« Leur Morale et la Nôtre » : à propos de la fin et des moyens

Nombre de gloseurs qui viennent parler dans les « débats » de BFM-TV ou autres CNEWS, prennent soin, pour justifier leur dénigrement systématique, de dire que la cause est certes légitime mais que les moyens adoptés ne sont pas acceptables, relançant ainsi le vieux débat sur le rapport entre « la fin et les moyens ». Pour mieux rendre contestables et éventuellement répréhensibles ces actions qualifiées implicitement ou explicitement de « hors la loi », on les affuble du qualificatif de « violentes » ; histoire, au passage, de faire d’une pierre deux coups et d’en remettre une couche pour dédouaner les violences policières.

Commençons déjà par dire que, ainsi que les vidéos le prouvent, ni le rassemblement aux Bouffes du Nord pour « aller chercher Macron », ni la visite dans les locaux de la CFDT pour interpeller Berger, ni les opérations de coupure de courant n’ont présenté de caractère de violence. Se rendant compte de l’exagération du propos, plusieurs commentateurs revoient d’ailleurs la caractérisation à la baisse en parlant « d’intimidation ».

Mais au-delà, et sans vouloir ici revenir sur le débat concernant les violences policières dans le cadre des manifestations, accordons-nous quelques instants de réflexion sur cette question de la « fin » et et des « moyens ». Dans son court écrit intitulé Leur Morale et la Nôtre rédigé en 1938, Trotsky répond aux « moralistes » qui reprochent aux marxistes d’appliquer la formule selon laquelle « la fin justifie les moyens ». Il leur demande alors sur quoi fonder son éthique si ce n’est sur une fin sociale ? Il renvoie d’ailleurs la balle à la bourgeoisie en faisant remarquer qu’elle ne se prive pas, sans l’avouer ouvertement, d’appliquer elle-même cette formule.
Il explique : « La classe dominante impose ses fins à la société et l’accoutume à considérer comme immoraux les moyens qui vont à l’encontre de ces fins. Telle est la mission essentielle de la morale officielle. Elle poursuit « le plus grand bonheur possible » non du plus grand nombre, mais d’une minorité sans cesse décroissante. Un semblable régime, s’il était fondé sur la seule contrainte, ne durerait pas une semaine. Le ciment de l’éthique lui est indispensable. La fabrication de ce ciment incombe aux théoriciens et aux moralistes petits-bourgeois. ».

Bien qu’écrites depuis près d’un siècle, ces phrases résonnent avec une étonnante actualité lorsque l’on voit le gouvernement se parer des plumes de l’intérêt général et de l’égalité entre tous pour justifier une réforme au profit des intérêts du patronat et des fonds de pension. Comment ne pas être frappés de leur justesse quand on voit des responsables du monde politique ou syndical recourir à des méthodes policières pour empêcher la légitime défense de travailleurs attaqués dans leurs droits les plus élémentaires.

Loin de calmer le jeu, nul doute qu’un tel abus de pouvoir et un tel mépris ne les mettent encore plus en colère !

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Mis à jour le samedi 22 février 2020