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Bordeaux. EELV, PS et PCF main dans la main avec la droite pour faire barrage à Poutou

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Conseil Municipal de Bordeaux
Bordeaux. EELV, PS et PCF main dans la main avec la droite pour faire barrage à Poutou

Vendredi 10 juillet avait lieu le second conseil de la nouvelle municipalité de Bordeaux. Après l’élection du maire la semaine précédente, la séance était cette fois-ci dédiée -entre autres- à la nomination des représentants de l’opposition dans divers organismes de la métropole, dont l’Opéra de Bordeaux, le bailleur social InCité ou encore l’administration des cantines collectives de Bordeaux et Mérignac. Des organismes pour lesquels les élus de la majorité dont EELV et le PCF ont fait barrage contre Bordeaux en lutte en votant pour la droite.

Kenza Esma
Crédits photo : Bordeaux en Luttes page Facebook

La semaine dernière se tenait le second conseil municipal de Bordeaux depuis les élections. Une municipalité dont le changement de configuration avait fait couler beaucoup d’encre : la droite, à la tête de la Mairie depuis plus de 70 ans subissait une défaite historique le 28 juin dernier, la liste d’Union de la gauche « Bordeaux Respire » remportant la majorité, avec à sa tête Pierre Hurmic d’EELV. Mais ce qui a également marqué ce nouveau conseil municipal, c’est l’entrée de trois candidats anticapitalistes au parlement bordelais, membres de la liste « Bordeaux en Luttes » : Philippe Poutou, ancien ouvrier de Ford Blanquefort récemment licencié et porte parole du NPA, Evelyne Cervantes, salariée de Transports Bordeaux Métropole, ainsi qu’Antoine Boudinet, Gilet Jaune et membre du collectif des « Mutilé.e.s pour l’exemple ».

Un second conseil dédié à l’élection des adjoints au Maire, ainsi que des membres de l’opposition dans une série d’organismes administrés par la ville. Les conseillers municipaux de Bordeaux en Luttes étaient candidats à trois d’entre eux : le bailleur social InCité, les cantines collectives Sivu de Bordeaux et Mérignac, ainsi que l’Opéra de Bordeaux pour lequel Philippe Poutou s’était présenté comme représentant de la municipalité. Des candidatures balayées par les élus de « gauche » au sein de la majorité, composée notamment des membres d’EELV, du PS mais aussi du PCF, qui ont préféré voter pour la liste du candidat de droite Fabien Robert (LR), faisant barrage aux élus de Bordeaux en Luttes ! « [La nomination des membres de l’opposition dans les organismes] fonctionne par arrangement. Il y a trois oppositions au Conseil Municipal de Bordeaux : LR, LREM et nous – « Bordeaux en Luttes » - qui sont censées s’entendre pour se répartir les postes. Nous on ne s’est pas entendus […] On a proposé 3 organismes, sur lesquels on s’est fait dégager puisque la droite est majoritaire, mais ce qui est terrible c’est que la majorité écolo, socialo, et PC a voté pour les représentants de LR et LREM contre nous, sur des questions concernant par exemple la régie de l’Opéra, les cantines collectives de Bordeaux et Mérignac, et le bailleur social InCité. Cela montre les règles et habitudes qui se mettent en place » explique Philippe Poutou dans un compte-rendu vidéo publié le 13 juillet sur la page de « Bordeaux en Luttes ».

Les visages changent, la politique reste

Alors que la nouvelle majorité de « Bordeaux Respire » avait fait campagne sur le besoin d’un changement politique, afin d’opérer un virage tant social qu’écologique, d’autant plus dans le contexte de crise sanitaire actuel, et en rupture avec la politique menée par la droite depuis des décennies, cela apparaît déjà comme une totale mascarade. « Cette gauche qui nous disait durant la campagne qu’il fallait absolument dégager la droite, la voilà qu’elle permet à cette droite de sauver ses représentants dans les organismes concernés, là même où ils sont détestés, là où ils défendront leur idéologie si conservatrice » déclare Philippe Poutou dans un Compte-rendu datant du 12 juillet. Il précise également que Pierre Hurmic n’a pas hésité à rappeler à l’ordre la poignée d’élus EELV n’ayant pas respecté la consigne de vote, et ayant soutenu « Bordeaux en Luttes ».

« [Au PCF] on voit bien qu’on est plus dans la lutte des classes mais dans la lutte des places »

Les trois élus du Parti Communiste Français ne sont pas en reste. Membres de la majorité, ce vote montre clairement leur volonté de se maintenir à tout prix dans l’appareil du Conseil Municipal et d’empêcher l’émergence de toute forme d’opposition à sa gauche qui pourrait venir la perturber.

L’Union de la gauche et sa logique populiste a démontré une fois de plus avec l’expérience “Bordeaux Respire” dans le conseil municipal bordelais, le véritable rôle joué par une union sans principe et avec une logique de conciliation de classe, bien loin d’être au service des travailleurs et secteurs précaires de la population, le choix de la droite contre Poutou à la tête de certains organismes publics en est le dernier exemple. Pendant la campagne, la liste Bordeaux en Luttes menée par Philippe Poutou subissait de vives piques médiatiques sur leur soi disant rôle de “destructeur de l’union de la gauche” dans une ville où la droite était à la tête de la mairie depuis soixante treize ans ; mais les résultats de la liste anticapitaliste, qui se sont maintenus quasiment à 10% au deuxième tour, montrent qu’il s’agit d’un électorat bien différent et plus radical, jeune et ouvrier, que celui qui pouvait avoir un espoir dans une possible union de la gauche. Cette soi-disante opposition, autoproclamée comme telle, démontre sa totale intégration au système électoraliste et institutionnel, en faisant des alliances avec la droite de façon radicalement opportuniste et sans principe, comme l’a montré l’entente pour gouverner Bordeaux Métropole entre la “gauche” (PS, EELV, PC..) et la droite, taisant les conflits dans une parfaite cogestion.

Quitte à préférer voir des élus de droite siéger dans des organismes à fort caractère social comme les bailleurs sociaux, les cantines, ou encore l’Opéra de Bordeaux au sein duquel a récemment eu lieu une bataille entre les salariés et la direction pour exiger des revalorisations salariales. « Le PC, qui serait -d’après ce qu’ils disent- « les rois pour faire dégager la droite » ont permis qu’elle reste dans ces organismes-là, par contre ils ont dégagé « Bordeaux en Luttes » par leur vote » critique Philippe Poutou.

Evelyne Cervantes a également réagi à la sortie du conseil municipal : « Ce que je trouve vraiment grave c’est que cela concerne notamment la nomination à l’Opéra de Bordeaux : Philippe avait porté sa candidature. Et finalement les élus PCF ont préféré voter pour le candidat de droite Robert, en sachant tous les mouvements de grèves, tous les problèmes qu’il y a au niveau de l’Opéra de Bordeaux. On voit bien qu’on est plus dans la lutte des classes mais dans la lutte des places. On se demande comment ils ont pu passer sur la défense des salariés qui ont des difficultés au niveau de l’Opéra. »

Un mouvement de grève avait en effet été entamé en décembre 2019 par les techniciens de l’Opéra de Bordeaux afin d’exiger une revalorisation salariale pour l’ensemble des personnes dont de nombreux contractuels. Accessoiristes, habilleurs, décorateurs, techniciens des effets spéciaux, agents d’accueil et de sécurité : le mouvement avait touché différents pôles de l’Opéra, amenant à l’annulation de plusieurs spectacles.

« On ne lâchera rien »

Les élus anticapitalistes ne se laissent pour autant intimider. Ce vote ne fait en effet que confirmer qu’on ne peut avoir aucune confiance dans cette gauche institutionnelle -même repeinte en verte- dont la logique politique est claire : continuer de mener les mêmes politiques néolibérales que ses prédécesseurs, en n’hésitant pas à recourir aux petits arrangements entre amis.

Si la victoire de “l’union de la gauche” au conseil municipal de Bordeaux a fait couler de l’encre pour son aspect historique d’avoir viré une fois pour toutes Juppé et compagnie, cette “gauche” montre qu’elle est le revers de la même pièce, annonçant d’ores et déjà des mesures comme le renforcement de la police municipale. La liste d’union de la gauche n’a de vert que le flyer, c’est avec un pied dans le conseil municipal mais catégoriquement aux côtés des luttes ouvrières, des jeunes et des secteurs de la population les plus précaires et démunis, dans la rue, les blocages et les grèves, que l’on pourra faire face aux attaques des capitalistes, qui veulent nous faire payer les pots cassés de la crise économique. Sans aucune illusion dans les possibilités que pourrait donner le parlement bordelais pour réellement répondre aux besoins des travailleurs, de la jeunesse et les secteurs populaires, il s’agit - à partir des positions gagnées en son sein - de dénoncer les agissements du conseil municipal, de soutenir les luttes en proposant un programme en rupture avec les logiques néolibérales, capitalistes et institutionnelles, ainsi que de poser un rapport de force par la mobilisation et la coordination de tous les secteurs en lutte contre les offensives menées sans relâche par le gouvernement Macron et ses prédécesseurs.

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Mis à jour le samedi 8 août 2020