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15 leçons tirées de 15 ans de BDS

Le mouvement BDS doit à tout moment donner la priorité aux voix palestiniennes.
Photos Mohammed AsadAPA

Le mois de juillet a marqué le 15e anniversaire du lancement du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Beaucoup de choses se sont passées au cours de ces années. Voici 15 leçons que j’ai apprises au cours de mon voyage pour démanteler l’apartheid israélien.

Un mouvement populaire est puissant parce qu’il est populaire

Quiconque adhère aux principes du BDS peut rejoindre le mouvement. Cela donne à chacun le pouvoir et la possibilité d’effectuer des changements extraordinaires.

Le mouvement BDS s’adresse directement aux personnes de conscience qui comprennent qu’en n’agissant pas, elles permettent aux états, aux entreprises, aux artistes, aux institutions, aux universités et aux commerces de rester complices et d’alimenter l’apartheid israélien.

Le rejoindre et agir permet à chacun d’entre nous d’assumer ses responsabilités et de s’assurer que nous ne contribuons pas, à tout le moins, à nuire au peuple palestinien. Cela nous permet de prendre la parole et de mobiliser les autres pour qu’ils agissent eux aussi.

Le pouvoir de l’égalité que la mobilisation de la base apporte à la politique et à la communauté est essentiel pour que chaque membre donne le meilleur de lui-même et s’approprie la situation. Aucune personne du mouvement n’est plus importante que les autres. Cela donne du pouvoir au leadership collectif.

Nous ne travaillons pas avec tous ceux qui travaillent pour la liberté Palestinienne

Malheureusement, il y a encore ceux qui défendent la liberté du peuple palestinien mais qui ne se soucient pas des droits et de la dignité des autres groupes discriminés et opprimés.

Notre engagement profond dans la lutte contre le racisme et l’intersectionnalité signifie que nous ne sommes pas en liaison avec quiconque s’accordant sur les droits des Palestiniens, à moins qu’il respecte et soutienne également les droits et la dignité de tous. Nous ne pouvons pas construire et lutter pour un monde nouveau tout en acceptant d’opprimer les autres.

Penser petit pour gagner grand

Chaque petit succès compte. Les petites victoires peuvent aider à atteindre un objectif beaucoup plus important.

Obtenir d’un petit fonds de pension qu’il désinvestisse de la société d’armement Elbit Systems peut contribuer à la discussion sur la nécessité d’un embargo militaire contre Israël. Ce petit fonds de pension peut en encourager d’autres à suivre le le même chemin.

Lorsque nous nous attaquons à des problèmes locaux, nous devons nous rappeler la situation globale et comment le fait de participer à un mouvement mondial signifie que ce qui se passe quelque part peut affecter le mouvement dans son ensemble, positivement et négativement.

Le BDS consiste également à corriger le récit

Le mouvement BDS a déjà contribué à la prise de conscience du fait qu’Israël est un régime d’apartheid.

Pourquoi est-ce si important ? Dans un monde où les médias sont aussi partiaux et où même les manuels scolaires sont encore profondément ancrés dans un récit colonial, il est essentiel que nous prenions le temps de clarifier la réalité.

Lorsque nous appelons au boycott ou organisons une campagne, nous devons toujours nous rappeler que cela permet d’expliquer clairement ce à quoi les Palestiniens sont confrontés et comment l’injustice se produit. Même les campagnes qui n’atteignent pas leur objectif peuvent contribuer à expliquer ce qui se passe sur le terrain et ce que le peuple palestinien revendique ; à faire prendre conscience du régime de dépossession et de colonisation d’Israël.

Le BDS soutient la plus grande coalition de groupes de la société civile palestinienne

Le fait que nous soutenions les droits des Palestiniens ne signifie pas que nous savons mieux ce que les Palestiniens devraient faire, cela ne nous donne pas l’autorisation de dire ce que nous voulons. De plus, lorsque nous sommes confrontés à des attaques, nous devons défendre notre droit à la liberté d’expression de manière à la centrer sur les Palestiniens et à maintenir l’attention sur les crimes perpétrés par Israël à leur encontre.

Nous devons nous rappeler qu’en défendant le droit à la liberté d’expression, nous défendons le droit des Palestiniens à faire entendre leur expérience et leurs opinions – directement ou par notre intermédiaire – au public et aux décideurs de notre pays.

Privilégier les voix palestiniennes.

Au début de ce mois, Rafeef Ziadah et Riya Al’sanah ont écrit comment « il vaut la peine de réfléchir à la raison pour laquelle les Palestiniens sont traités comme de simples spectateurs dans les débats concernant notre vie quotidienne ».

Alors que le mouvement BDS appelle ses alliés dans le monde entier à agir, les Palestiniens ont un rôle clair et central. Quand cela n’arrive pas, cela signifie que nous faisons quelque chose de mal.

Nous devons continuer à décoloniser nos actions et nous assurer que les Palestiniens sont entendus, que nous prenons conseil auprès d’eux tout en nous organisant dans le mouvement BDS.

Le BDS doit faire partie de la lutte pour un monde juste et libre

Nos oppresseurs sont plus étroitement liés que jamais.

À l’heure où la droite et l’extrême droite gagnent en puissance dans de nombreuses institutions du monde entier, la gauche et les groupes et mouvements progressistes ont la possibilité et le devoir de se repenser et de créer des mouvements plus forts, plus solides et plus inclusifs. Nous devons nous assurer que la Palestine en fait partie.

Nous devons également être plus connectés que jamais.

Partout où vous regardez, vous trouverez des alliés

Nous avons souvent été surpris de trouver des alliés là où nous ne les attendions pas. Nous avons généralement plus d’alliés que nous ne le pensons.

Pour nous connecter, nous devons envisager différentes approches, de sensibilité au langage et au contexte. Nous devons nous demander : aidons-nous le mouvement à se développer ? Est-ce que nous donnons aux autres les moyens de nous rejoindre ?

Le monde change et nous aussi

« Le mouvement BDS s’est montré très habile à pivoter vers de nouvelles stratégies et à construire des alliances influentes. Il existe encore de nombreuses arènes dans lesquelles il ne rencontre que peu de résistance efficace ». Ce sont les mots d’Asher Fredman, qui a travaillé avec le ministère israélien des affaires stratégiques.

Nous devons apprendre des autres luttes de libération, tout en gardant à l’esprit que les temps et les relations politiques changent.

Alors que le mouvement BDS est fortement inspiré par le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud, le monde est très différent de ce qu’il était il y a 30 ans.

Nous ne devons pas chercher des modèles à copier, mais analyser politiquement le présent et nous adapter aux temps nouveaux. Cela signifie continuer à apprendre, à se développer et à utiliser les meilleures opportunités dans un contexte changeant.

S’en tenir aux principes

Comme tous les mouvements sociaux, le mouvement BDS est confronté à des attaques sévères et soutenues. Le gouvernement israélien et ses groupes de pression nous attaquent et nous salissent régulièrement pour tenter de délégitimer notre lutte.

Nous ne devons pas laisser leurs attaques façonner nos plans ; l’élaboration de stratégies, le respect de nos principes anti-discriminatoires et nos campagnes proactives et efficaces sont ce qui nous protègent le plus.

Alors qu’ils cherchent à nous détourner de notre cible, la chose la plus puissante que nous puissions faire est de continuer à travailler pour les droits des Palestiniens. La meilleure façon de défendre notre droit au boycott est de continuer à boycotter tout en mobilisant un soutien massif en faveur de notre droit à la liberté d’expression.

Soutenir nos alliés est une question de principe

La solidarité n’est pas unidirectionnelle. Nous devons à tout moment prendre nos responsabilités et rejeter toute forme de racisme, de sexisme, de LGTB-phobie et toute autre forme de discrimination ou de sectarisme au sein du mouvement.

Si nous appelons les autres à soutenir les droits des Palestiniens, nous devons également soutenir d’autres luttes. La Palestine est une question indigène, antiraciste, féministe, LGTBQAI+, antifasciste et de justice climatique, cela rend toutes ces luttes cruciales pour assurer l’autodétermination des Palestiniens.

Les mouvements sociaux ont toujours été réprimés

Le gouvernement israélien et ses partisans dépensent des centaines de millions de dollars pour criminaliser et persécuter le mouvement et les groupes BDS en solidarité avec la Palestine.

Mais cela ne peut être compris comme quelque chose d’unique ou d’isolé. Les mouvements sociaux ont toujours été réprimés par ceux qui cherchent à maintenir l’injustice et l’oppression.

Des militants du monde entier ont été emprisonnés pour avoir critiqué les gouvernements et de nombreux appels à la justice sont réprimés dans les rues et sur Internet. N’oublions pas que les personnes les plus opprimées par le gouvernement israélien sont toujours les Palestiniens.

Ne jamais sous-estimer la créativité

L’utilisation de différentes tactiques nous permet d’atteindre un public plus large. Alors que le racisme, le sexisme et le capitalisme de catastrophe s’adaptent et se reconfigurent, trouvant différentes façons de continuer à opprimer, nous devons également continuer à trouver de nouvelles façons créatives de nous engager avec les autres et d’atteindre nos objectifs.

La résistance politique peut aussi être belle.

Les actions les plus importantes se déroulent en coulisses

L’organisation d’événements, de conférences, de protestations et d’activités publiques est cruciale pour montrer et visualiser le soutien aux droits des Palestiniens. Mais parler aux gens, s’organiser, faire des recherches, construire des alliances et renforcer les relations se font à huis clos ; c’est ce qui nous permet ensuite de rendre nos actions publiques.

Nous ne devrions jamais oublier combien il est important de planifier, d’entretenir des relations et de s’organiser soigneusement pour ensuite construire nos campagnes.

L’espoir est un outil politique

Il est incroyable de voir combien de villes et d’espaces culturels se sont déclarés « zones libres d’apartheid », combien de compagnies se sont désinvesties de l’apartheid israélien, combien d’artistes ont décidé de ne pas jouer en Israël et combien d’universitaires ont mis fin à leurs relations avec les institutions israéliennes à la suite des campagnes BDS.

Pourtant, il est souvent difficile de garder espoir tout en sachant que l’apartheid israélien est le plus cruel qu’il ait jamais été, en connaissant la douleur et la souffrance permanentes des Palestiniens et en voyant Israël conserver son impunité malgré ses crimes diffusés à la télévision. Mais nous continuons à lutter et à grandir parce que nous savons que la justice peut et va prévaloir.

Quinze ans plus tard et pendant une période de soulèvement mondial contre tout un système d’exploitation et d’oppression raciste, le mouvement BDS continue d’apprendre, de s’adapter et de se développer, d’établir des liens, de dénoncer et de contester l’apartheid israélien.

Alys Samson Estapé est le coordinateur des campagnes européennes du Comité national palestinien du BDS.

Traduction : GD pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada

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Mis à jour le samedi 21 novembre 2020