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Un plan pour « relancer » les profits du grand patronat

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Aux capitalistes de payer leur crise !
Un plan pour « relancer » les profits du grand patronat

Le gouvernement met 100 milliards d’euros pour un plan de relance annoncé comme historique. En réalité, dans la droite ligne de la politique de Macron, le patronat reçoit des dizaines de milliards, voit des impôts être supprimés alors qu’il licencie à tour de bras !

Joël Malo
Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

« Historique », « un pas de géant ». Il n’y a pas de mot assez fort au gouvernement pour parler de ce nouveau plan de relance présenté hier à l’issue d’un conseil des ministres. Mais derrière ce vocabulaire grandiloquent, ce qu’il y a d’historique, c’est en réalité l’ampleur du braquage d’argent public qui est dilapidé dans les caisses du grand patronat. Il suffit de voir les réactions euphoriques du MEDEF pour s’en persuader, Geoffroy Roux de Bézieux voyant dans ce plan « une vraie bonne affaire pour le contribuable ». Loin de l’idée d’un plan de relance comme les économistes l’entendent, c’est-à-dire comme un appui à la reprise économique et à la consommation, ce plan est en tout et pour tout une continuité accélérée de la politique de défiscalisation et de cadeaux publics faits aux entreprises, donnant presque à rougir à ce qu’ont été le CICE, le Crédit Impôt Recherche ou la suppression de l’ISF.

Ce plan, intitulé « France relance » s’articule en trois axes : soutien aux entreprises, « cohésion sociale et territoriale » et transition écologique respectivement munis de trente-cinq, trente-cinq et trente milliards d’euros. Mais le soutien aux entreprises est diffus dans l’ensemble du plan et ne se réduit pas uniquement à ces 35 milliards d’euros. Ce plan poursuit une politique de l’offre suivant l’idée selon laquelle restaurer la compétitivité de l’économie française permettrait la relance de la croissance, et donc de la nécessité pour les entreprises de recruter à nouveau. Et si Castex prétexte l’objectif de créer « 160 000 postes » (qui pèsent bien peu au regard des 800 000 suppressions d’emplois), c’est essentiellement pour chercher à se donner une teinte « sociale ». Une façade qui masque mal la réalité de la politique gouvernementale depuis le début du quinquennat qui, en supprimant l’ISF, en détricotant toujours plus le code du travail, comptait justement mettre à profit une politique de l’offre pour redorer et restaurer la compétitivité du grand patronat français. Une politique de l’offre à l’issue plus qu’incertaine qui se fait en définitive sur le dos des acquis du monde du travail, par la casse des acquis sociaux.
En somme, après les dizaines de milliards versés pendant le confinement aux entreprises qui servent aujourd’hui en quelque sorte à subventionner les licenciements, le gouvernement distribue des dizaines de milliards d’euros notamment en baisse d’impôts qui pourraient bien se pérenniser à termes notamment pour les grandes multinationales.

Et ce gros des cadeaux au patronat était connu depuis plusieurs jours, il s’agit de l’accession à la revendication historique du MEDEF de supprimer les impôts de production pour un total de 20 milliards sur deux ans. Et une politique qui sera reconduite les années suivantes, ce qui ne semble pas être le cas des mesures écologiques qui elles sont davantage pensées en lien avec le plan qui s’établit pour les deux années avant la présidentielle. A côté de cela, les aspects de subvention envers les plus précaires comme les 100 euros supplémentaires pour l’allocation de rentrée, la baisse des restaurants universitaires pour les étudiants les plus pauvres, ou diverses autres aides, représentent un paquet de... 800 millions d’euros seulement ! Rien qu’avec les 20 milliards de dons aux patronats, ce sont plusieurs centaines de milliers de postes de soignants, de profs qui pourraient être créés. Des créations de postes des plus indispensables alors que la rentrée se fait aujourd’hui dans des classes saturées et dans des conditions de travail délabrées. Les 6 milliards d’euros, et les très maigres 7 500 créations de postes suite au Ségur au prix de la casse des conditions de travail à l’hôpital public et remettre en cause les 35 heures sont aussi incorporés dans ce plan. Car Macron et Castex travaillent pour leurs amis du patronat et ils seraient bien dommage de se priver de transformer « le risque en chance » comme l’écrit Macron en préambule du dossier de presse de « France relance ».

Mais si les entreprises n’embauchent pas, c’est principalement en rapport à la crise économique qui dure depuis 2008, et qui a pour prolongement et exacerbation la crise post-coronavirus. Mais c’est aussi le résultat de contradiction plus spécifique liée à la structure du capitalisme français, dont la croissance molle illustre une crise de valorisation latente du capital productif expression des difficultés du capitalisme monopolistique français. Une difficulté qui rend l’investissement particulièrement faible du fait de l’incapacité à valoriser le capital à un niveau suffisamment rentable. Dès lors, les tendances à la financiarisation et à la distribution de dividendes se sont exprimées de manières criantes avec les chiffres toujours plus records du CAC40 ces dernières années. Une politique de l’offre qui est en réalité une manière de montrer la voie à une restructuration profonde de la structure du capitalisme français visant particulièrement le capital productif industriel.

Il faut par ailleurs préciser que, dans la lignée des plans de sauvetage automobile et aéronautique, ce sont les grandes entreprises qui gagnent le plus, et surtout le capital industriel à caractère stratégique. Dans le cas de l’aéronautique, le fond d’investissement a été mis entre les mains du « big four » (Airbus, Safran, Dassault, Thalès) ce qui va leur laisser les coudées franches pour investir dans les secteurs rentables, sauver ce qu’il est intéressant pour eux de sauver, et concentrer davantage le capital dans ce secteur suite à la crise. Le soutien aux entreprises ne va pas se faire de la même manière. Sur Mediapart, Romaric Godin écrit que « selon un calcul d’un fonctionnaire consulté par Mediapart, un quart de cette baisse profitera à 280 sociétés, tandis que 250 000 d’entre elles, les plus petites, n’y gagneront que 125 euros… L’argent public est donc dirigé vers les grands groupes, ceux qui précisément peuvent déjà le plus échapper à l’impôt. »

Dans un autre registre, Macron a cherché à faire un plan qui donne dans le greenwashing. Derrière le gros chiffre de 30 milliards qui a, facilement on s’en doute, conquis le cœur de tous les éditorialistes railleurs de l’écologie, se cache une réalité un peu moins reluisante tant la crise est grande et l’effort circonstanciel. Même EELV, qui se rapprochent davantage de l’illusion d’un capitalisme écologique n’y trouvent pas leur compte. Les près de 5 milliards en direction du train semblent être juste un crachat au visage des cheminots et des usagers alors que le gouvernement a tout fait pour accélérer l’ouverture et la concurrence et la privatisation de parts entières du réseau ferré. Macron, celui qui a attaqué le train pour autoriser les bus low-cost, se gargarise aujourd’hui de fournir quelques milliards à un moyen de transport écologique qu’il a saboté.

Pour ce qui est de la jeunesse, nous avons déjà développé dans d’autres articles toute l’arnaque et l’offensive qui se cache derrière le plan jeunes et les six milliards qui sont en réalité des cadeaux de plus à mettre sous le sapin du MEDEF pour utiliser les entrants sur le marché du travail comme de la main-d’œuvre particulièrement précaire et exploitée, capable d’être une variable d’ajustement pour tirer les conditions de travail à la baisse. Une illustration parmi d’autre de la philosophie du plan, derrière un vocable de relocalisation, de solidarité, de lutte pour les jeunes, pour le climat, la solution avancée est la casse des conditions de travail puisque les seuls à même de régler ces problèmes sont les entreprises, il faut accéder à leurs revendications. Et en premier lieu abaisser massivement la fiscalité pour relocaliser, pour embaucher, subventionner pour embaucher des jeunes, et demander gentiment si c’est possible de polluer un peu moins.

Enfin, Castex a lourdement insisté sur la nécessité du dialogue avec les partenaires sociaux, multipliant les appels de phares aux confédérations syndicales, appelant même les salariés à « jouer le jeu ». Voilà qui est osé quand rien n’est fait pour les salariés, ni face aux licenciements, ni en termes de salaire. Castex demande aux travailleurs de jouer à un jeu où à tous les coups on perd et pour les y entraîner il compte bien sur l’appui des directions des confédérations qu’il a invité à une « conférence du dialogue social en octobre ». Les syndicats ont globalement fait des réserves sur le plan de relance du gouvernement, mais celles-ci se cantonnent à la demande de contre-parties au patronat. D’accord pour filer des milliards au patronat mais en échange de quelques concessions...

Après l’expérience européenne de 2008, que ce soit en France, en Italie, en Grèce, en Espagne, il est impossible d’ignorer le conflit de classe intense qui se joue pour sortir de la crise. Les capitalistes vont redoubler d’effort pour la faire reposer entièrement sur les dos des travailleuses et des travailleurs et des classes populaires. Aujourd’hui, Macron déroule les cadeaux pour le patronat, mais demain il faudra les rembourser. Aux capitalistes de payer leur crise, eux qui sont responsables de la destruction de l’hôpital public, qui sacrifient en permanence la sécurité et la santé des travailleurs pour leurs profits, aujourd’hui, alors qu’ils vivent du travail de la majorité de la société, ce serait à ceux qui produisent les richesses de payer pour ceux qui se les accaparent ? Le seul moyen de régler définitivement la question du chômage est de baisser le temps de travail pour le partager entre toutes et tous, jusqu’à disparition totale du chômage. Mais pas à la façon des capitalistes qui utilisent le chômage partiel comme un moyen de précarisation et de baisse des revenus. Le partage du temps de travail doit se faire sans baisse des salaires.

Donner des milliards aux patrons ne les a jamais empêchés de licencier, bien au contraire. Dès à présent, les organisations du mouvement ouvrier devraient engager un rapport de force contre toute suppression d’emploi, pour l’interdiction des licenciements, pour augmenter les salaires. Un tel rapport de force ne peut se construire que dans la rue, dans les grèves qui vont émerger face aux fermetures de sites, aux suppressions d’emplois massives, aux menaces de baisse de salaire et la base des syndicats devrait se mobiliser pour envoyer un message clair à leurs directions et refuser d’aller négocier avec le patronat et le gouvernement. L’argent existe pour toutes ces mesures, il s’agit de le prendre là où il est, c’est-à-dire dans les fortunes amassées par le grand patronat, par une forte imposition sur ses fortunes et ses profits.

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Mis à jour le samedi 14 novembre 2020