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« Législation de guerre » : Le Pen, Estrosi et Ciotti jouent la carte de la surenchère sécuritaire

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En embuscade
« Législation de guerre » : Le Pen, Estrosi et Ciotti jouent la carte de la surenchère sécuritaire

Après les attaques de Conflans et de Nice, la droite et l’extrême-droite veulent profiter du tournant sécuritaire et islamophobe du gouvernement en jouant la surenchère et réclament une « législation de guerre ».

Margot Vallère

Après l’attaque qui a fait trois morts jeudi matin à Nice, de nombreuses personnalités politiques, de droite et d’extrême droite, ont appelé le gouvernement Macron à « changer de cadre juridique » pour faire face à une situation de « guerre ». Les partis de droite jusqu’au RN se sont saisis des assassinats de Samuel Paty et de celui des fidèles de la basilique Notre-Dame d’Assomption, afin de stigmatiser encore d’avantage, l’ensemble de la communauté musulmane, allant jusqu’à revendiquer des changements constitutionnels. Et ce dans le sillage du gouvernement qui a instrumentaliser ces drames pour justifier sa gestion sécuritaire de la crise sanitaire et sociale qui traverse le pays.

Après les drames de Conflans et Nice, l’offensive islamophobe du gouvernement

Ces meurtres nourrissent le climat xénophobe et réactionnaire instauré par l’exécutif, qui mène depuis plusieurs mois une offensive islamophobe en règle. A l’instar du projet de loi « contre les séparatismes » dont les porte-drapeaux sont Marlène Schiappa et Gérald Darmanin, et qui vise en priorité « le séparatisme islamiste ». Ce projet de loi qui sera porté en décembre à l’Assemblée nationale, devrait renforcer les discriminations contre les musulmans ou présumé musulmans dans le monde du travail, et encadrer les associations qui présentent un lien avec l’islam. De nombreuses associations telles que le CCIF, qui lutte contre l’islamophobie, sont menacées de dissolution par Gérald Darmanin, tandis que BarakaCity, une association caritative musulmane a été dissoute par décret pris en conseil des ministres.. Dans la même veine, la semaine dernière le ministre de l’Intérieur a par ailleurs, fait mine de s’offenser de l’existence de rayons halal ou cacher dans les supermarchés, qui sont d’après lui, un premier pas vers le « communautarisme ».

L’extrême-droite en embuscade appellent à une « législation de guerre »

Dans un tel climat, de nombreuses personnalités politiques n’ont pas tardé à s’emparer de ces meurtres abjects afin de légitimer leur idéologie ouvertement islamophobe. Après l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie dans un établissement à Conflans, Marine Le Pen avait déclaré publiquement, être favorable au projet de loi « contre les séparatismes », bien qu’il soit insuffisant selon elle à endiguer le problème de l’islamisme.

Cette déclaration prouve que le gouvernement, empiète bel et bien sur le terrain de l’extrême-droite qui accueille favorablement son projet de loi. Le 21 septembre, invitée sur le plateau d’Europe1, Marine Le Pen revendiquait une « législation de guerre contre l’islam radical » et des lois d’exception. « Il faut des lois d’exception, il faut des juridictions d’exception. Pour gérer cette problématique, il faut des magistrats spécifiques et des lois spécifiques tout en restant dans l’État de droit » a-t-elle affirmé. Rappelant que la France se trouve d’ores et déjà sous un régime d’exception avec l’adoption de l’État d’urgence sanitaire, alourdi depuis ce jeudi par le renforcement du plan Vigipirate qui prévoie à plus de surveillance des individus, à la restriction des libertés individuelles ainsi qu’au déploiement sur le territoire, de 4.000 soldats et 7.000 policiers et gendarmes supplémentaires, la cheffe du RN a affirmé de manière décomplexé vendredi matin sur BFMTV : « il ne faut pas avoir peur d’être islamophobe », confirmant ainsi sa volonté de mettre en place un état d’exception raciste et islamophobe.

A droite, Estrosi veut « modifier la Constitution », et Ciotti « arrêter avec les pseudo-défenses des libertés individuelles »

Le maire Les Républicain de Nice a également faite des déclarations allant dans le sens de Marine Le Pen. Au lendemain de l’attaque de la basilique Notre-Dame, Christian Estrosi s’est exprimé sur Europe1. Jouant la carte de l’émotion, il a rappelé le drame du 14 juillet 2016, lorsqu’une voiture-bélier avait foncé sur la promenade des anglais, tuant 86 personnes en moins de cinq minutes. Pour Estrosi, « la volonté d’agir ne suffit pas », il faut des actes immédiats et « modifier la Constitution pour mener la guerre aux islamo-fascistes ». Il a ajouté « Nous savons que nous ne pourrons pas gagner la guerre contre cet ennemi avec les lois de la paix ». Autrement dit, il rejoint la représentante du RN sur la nécessité d’une « législation de guerre ».

Tout comme le député LR des Alpes Maritimes, Éric Ciotti qui estime lui aussi qu’il faut « un changement du cadre juridique ». Sur BFMTV, il a annoncé qu’il était inutile de s’encombrer de quelques pseudo défenses des libertés individuelles : « Il faut que le principe de précaution profite à la société, il faut arrêter avec ces pseudo-défenses des libertés individuelles qui ne servent qu’à défendre les terroristes et à menacer notre société ». Des propos scandaleux mais pour le moins révélateurs, de l’attention que porte ces « républicains » au respect des droits démocratiques.

A gauche, on appelle timidement à l’unité et à « refuser le piège de la fracture », selon François Ruffin, député LFI. De LFI au PS, le même ennemi de la République est désigné : « les terroristes veulent le chaos, ne leur offrons pas nos divisions », a ainsi affirmé le député de la Somme. En acceptant l’union nationale, la gauche institutionnelle accepte de se ranger derrière ceux qui lui intente aujourd’hui des procès indignes en « islamogauchisme », pour la rendre responsable des attaques de Conflans et de Nice. Une union nationale d’autant plus néfaste que si la macronie se cache derrière une façade constitutionnelle, le gouvernement n’en est pas moins en train de mener un tournant bonapartiste et dangereux contre les droits démocratiques, à l’instar des attaques contre la liberté d’association ainsi que du couvre-feu puis du confinement autoritaire mis en place dans un climat policier. En réalité face à ces attaques anti-démocratiques qui révèlent la volonté de la classe dominante de gérer la crise par la matraque, les organisations de la gauche politique et syndicale devraient opposer un véritable plan de bataille qui refuse l’instrumentalisation de l’émoi populaire à des fins sécuritaires et islamophobes.

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Mis à jour le samedi 14 novembre 2020