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1 an après la marche historique contre l’islamophobie : une lutte antiraciste plus que jamais d’actualité

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Le 10 novembre 2019 avait lieu une marche historique du mouvement antiraciste en France, qui avait réuni plus de 20 000 manifestants à l’appel de différentes organisations antiracistes et de gauche. Aujourd’hui dans une séquence politique où l’État français mène une offensive islamophobe débridée, cette date anniversaire nous rappelle la nécessité de combattre sans relâche l’islamophobie et le racisme d’État.

Gabriel Ichenwiyen
Crédits photos : AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT

Cette marche avait écrit une page de l’histoire du mouvement antiraciste et des luttes de l’immigration post-coloniale en France. Elle avait exprimé un réflexe salutaire de solidarité face à une énième attaque contre la communauté musulmane qui se voyait encore une fois discriminée et menacée pour ses croyances, ses mœurs, sa langue ou sa culture.

Une marche antiraciste historique et largement suivie à gauche

Ce rassemblement avait été organisé par des organisations comme le CCIF, le Comité Adama, le NPA ou encore l’UNEF. L’objectif : faire barrage à la campagne nauséabonde menée simultanément par le RN, humiliant publiquement une femme voilée, mais aussi par un Macron qui n’a pas eu la moindre honte à appeler à la délation de « l’Hydre islamiste », ouvrant la voie à Castaner pour engager chacun au signalement d’un voisin, d’une voisine ou d’un collègue, présentant des « signes » de radicalisation ; un Macron qui appelait à une « société de vigilance ».

Ce fort mouvement de mobilisation avait rassemblé un arc de forces large, des organisations politiques avec une présence de la FI, du PCF, du NPA et Lutte Ouvrière, EELV, les JC, l’UCL, mais aussi syndicales et associatives avec la CGT, Solidaires, et CNT et la LDH. Un cortège de profs, derrière une banderole « les profs contre l’islamophobie », rejoint par des parents d’élèves était aussi présent. Mais ce sont aussi des cortèges de quartiers, d’associations locales, de femmes, jeunes, familles, qui ont tenu à manifester, dépassant le cadre habituel des manifestations antiracistes.

Face aux offensives racistes et islamophobes du gouvernement : la nécessité de reconstruire un bloc antiraciste et anti-impérialiste

Dans le sillage de cette marche historique, un puissant mouvement contre les violences policières et le racisme d’État a éclaté l’été dernier en France en écho au meurtre de George Floyd qui a déclenché l’émergence d’un mouvement antiraciste d’ampleur internationale. En France le mouvement avait émergé quelques semaines après un confinement répressif particulièrement violent et meurtrier pour les quartiers populaires et les populations racisées. Dans cette période, une quinzaine de personnes ont perdu la vie des mains de la police. Mené par le Comité Adama, ce mouvement lui aussi historique et massif avait réuni près de 40 000 personnes devant le Tribunal de Grande Instance de Paris le 2 juin, et près de 100 000 personnes place de la République le 13 juin, pour exiger justice pour Adama Traoré et toutes les victimes de la police.

Mais plusieurs mois après ce nouveau mouvement historique, la situation est aujourd’hui bien différente et c’est le gouvernement, la droite et l’extrême-droite qui sont à la tête d’une contre-offensive sécuritaire et islamophobe.

En effet, suite à cette poussée du mouvement antiraciste qui a mis à nu le caractère fondamentalement raciste et oppressif de l’institution policière, la droite et l’extrême-droite ont entrepris une contre-attaque raciste sur des thèmes sécuritaires qui lui sont chers. Cette contre-offensive a consisté en une instrumentalisation et une sur-médiatisation de faits divers dramatiques présentés comme l’expression de violences systématiques contre les « Blancs » afin de réactiver le thème de « l’ensauvagement » de la société. Un « ensauvagement » qui serait le fait d’une minorité de « sauvages » issue des quartiers populaires et de l’immigration. Une rhétorique également propre aux syndicats de police et rapidement réutilisée par le gouvernement.

En effet, Gérald Darmanin et Marlène Schiappa fraîchement nommés à la tête du ministère de l’intérieur ont très rapidement emboîté le pas de l’extrême-droite et des syndicats policiers. Félicité par ces derniers pour sa réutilisation de la rhétorique de l’ensauvagement, le premier flic de France a rapidement annoncé l’agenda politique de son ministère : offensive raciste et islamophobe, loi séparatisme et toujours plus de répression policière. Un tournant réactionnaire qui a débouché sur une multiplication des attaques contre la communauté musulmane et les quartiers populaires à la rentrée de septembre : la syndicaliste de l’UNEF Maryam Pougetoux attaquée pour le port de son voile à l’Assemblée Nationale ou encore l’étudiante voilée Imane Boun harcelée par la droite et comparée à une terroriste.

Plus récemment, cette offensive s’est encore accélérée avec l’instrumentalisation islamophobe par le gouvernement de la mort tragique de l’enseignant Samuel Paty, tué par un jeune déséquilibré pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet en classe. Cette instrumentalisation s’est concrétisée par une offensive répressive sans précédent contre la communauté musulmane et contre les droits démocratiques. Des associations musulmanes et antiracistes ont été les cibles directes de Darmanin qui a demandé la dissolution du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF) ou encore de l’ONG Baraka City. Des perquisitions arbitraires chez des individus sans liens quelconques avec l’enquête, une intervention policière dans une école rattachée à une mosquée ont eu lieu. Dernièrement des enfants de 8, 9 et 12 ans ont fait l’objet d’une enquête pour « apologie du terrorisme ». Des inspecteurs d’académie ont incité les enseignants à repérer et dénoncer chez les élèves les comportements « suspects ».

Le gouvernement a tenté de mettre en place une union nationale islamophobe instrumentalisant l’assassinat de l’enseignant. La gauche institutionnelle s’est engouffrée dans cette union nationale qui n’a jamais vraiment eu lieu. A l’image de Jean-Luc Mélenchon qui s’est empressé de parler « d’un problème avec la communauté tchétchène ». Cependant ce suivisme n’a même pas été salué par le gouvernement qui a vite dénoncé la France Insoumise comme organisation « islamo-gauchiste ». L’offensive gouvernementale s’est étendue à tous ceux qui osaient dénoncer l’islamophobie et le racisme d’Etat, et donc aux militants antiracistes et d’extrême-gauche. Blanquer n’hésitant pas à agiter le spectre de « l’islamo-gauchisme ». Une séquence politique bien éloignée donc de l’esprit du 10 novembre 2019.

Dans un tel contexte, il est cependant nécessaire d’organiser une riposte à la hauteur des attaques du gouvernement. Il est impérieux de soutenir tous les militants et organisations antiracistes, les associations musulmanes prises pour cibles par ces attaques. Seule une réponse ferme et sans concession de l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier en lien avec les collectifs et organisations antiracistes qui avaient été à la base de la marche du 10 novembre 2019 ainsi qu’à la base du mouvement contre les violences policières de cet été, pourra ouvrir une riposte progressiste et antiraciste à l’agenda réactionnaire du gouvernement.

Par ailleurs, depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, une importante lutte des enseignants du secondaire a éclaté. Exaspéré par l’annulation des deux heures de concertation pour se recueillir suite à la mort de Samuel Paty et par l’absence de véritable protocole sanitaire dans les établissements scolaires pour faire face à la crise sanitaire, les enseignants se sont mis en grève et ont commencé à imposer des protocoles sanitaires alternatifs, parfois en lien avec les parents d’élèves.

Il est donc central que les enseignants mobilisés se positionnent et refusent la politique islamophobe du gouvernement qui trouve l’une de ses expressions dans les écoles. Il est central d’interpeler les directions syndicales et de batailler pour qu’elles prennent position contre la chasse aux sorcières qui s’exerce dans l’Education. A l’image du syndicat Sud Educ 95 qui a pris position pour condamner les délations de mineur-e-s dans les écoles, collèges et lycées.

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Mis à jour le samedi 21 novembre 2020