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Grèce : À qui profite la crise ?

Selon Éric Toussaint, les pre­miers à trouver de l’intérêt dans la crise grecque, ce sont les institutions européen­nes elles-­mêmes. « Telles qu’elles sont composées actuellement, avec des orientations néolibérales évi­dentes, c’est clair qu’elles ont intérêt à démontrer à l’opinion qu’on ne peut pas rompre avec les politiques d’austérité... » Comme un mes­sage à faire passer à d’autres États membres, comme l’Italie ou l’Espagne. « Oui, et même aux Belges et aux Allemands, même si on ne vit pas la crise avec la même acuité que les Grecs », ajoute le président du CADTM. 

Mais ce n’est pas tout. On sait que la crise grecque se déroule aussi sur fond de privatisations en série. « On a bradé les prix, rap­pelle Éric Toussaint. Tsipras a fait des concessions importantes, comme accepter la poursuite de la privatisation du port du Pirée, acheté par les Chinois à un prix in­téressant. Des entreprises françai­ses et allemandes ont aussi fait des affaires via ces privatisations. »
Et puis, il y a les fonds « vau­tour », qui achètent des titres grecs à un très faible pourcen­tage de leur valeur tout en exi­geant un remboursement sur 100 % de la valeur.

Le malheur des uns...

« C’est la même chose pour la BCE : en 2011, elle a acheté des ti­tres grecs en 2011 à des banques françaises ou allemandes comme BNP-­Paribas, Commerzbank... qui voulaient s’en débarrasser. La Ban­que centrale les a achetés à 70 % de leur valeur. Elle en attend un rem­boursement à 100 %. C’est une plus­-value énorme. Le FMI, qui a perçu environ 3 milliards de dol lars en intérêts depuis 2010, fait des gains aussi », développe Éric Toussaint.
Il pourrait encore ajouter les quelque 350 000 jeunes haute­ment qualifiés, « ceux qui ont quitté la Grèce pour l’Allemagne où ils acceptent des salaires de 500 à 600 € par mois... C’est aussi une fa­çon de profiter du malheur d’un pays. »

Qui pèse le plus sur les décisions dans la crise grecque ? Les créanciers ou le monde politique ? Et à qui profite la faillite hellène ?

Interview : Pascale Serret

« La très belle victoire histori­que du non montre une fois de plus que les citoyennes et citoyens de Grèce refusent d’ac­cepter le chantage des créan­ciers »... C’était la première réac­tion d’Éric Toussaint après le référendum, dimanche soir. Celui qui préside le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers ­Monde a aussi coordonné les travaux d’une équipe de spé­cialistes internationaux chargés d’auditer la dette grecque. Ana­lyse des enjeux.

Éric Toussaint, Angela Merkel dit que les conditions ne sont pas réunies pour reprendre les négociations. Ça vous étonne ?

Non. En même temps, les Européens auraient intérêt à donner l’impression qu’ils sont ouverts à la négociation. De toute façon, on sait qu’il y aura à nouveau un partage des rôles. Un bon flic et un mauvais flic. Merkel fera le mauvais flic, pendant que Juncker (président de la Commission européenne) offrira une cigarette à Tsi­pras. « Allez, on va discuter, viens me voir à Bruxelles... »

Qui pèse sur les décisions ? Qui négocie en réalité ? Les créanciers ? Les politiques ?

C’est très politique, je pense. Ça se passe vraiment entre diri­geants politiques de très haut plan. Il y a Merkel et Schaüble (ministre allemand des Finan­ces), Hollande, Juncker...

Et la Banque centrale européenne ? Et le FMI ? Ils ne sont pas autour de la table ?

Eux, ils interviennent pour sanctionner la décision quand elle est prise entre chefs d’État. Si les États­ Unis et les gouverne­ments clés de l’Union euro­péenne, comme l’Allemagne et la France, étaient en désaccord avec Christine Lagarde (FMI), elle s’adapterait parce que son autonomie est limitée. Draghi (BCE) quant à lui est l’interface entre les banques privées et le monde politique. Pour les créanciers européens, l’enjeu n’est pas financier. Il est politi­que.

De toute façon, on sait qu’il y aura à nouveau un partage des rôles. Un bon flic et un mauvais flic...

Politique ? Il y a quand même des milliards en jeu...

En Grèce, les caisses sont vi­des. Pour eux, il y a un vrai pro­blème financier. En juillet­ août, les Grecs doivent payer plus de 6 milliards à la BCE. C’est lourd pour la Grèce. Mais pour la BCE, ça ne compte pas. C’est un moyen de pression pour impo­ser les règles néolibérales aux autorités grecques.

On a en effet un peu l’impression que ce qui compte, ce n’est pas tant la dette que la pression sur Athènes pour mettre en place des réformes.

Oui, tout à fait. Les sommes en jeu sont finalement margina­les. Et les remboursements à verser directement aux États comme la Belgique ne doivent commencer qu’en 2020. On pourrait donc annuler une par­tie de cette dette sans conséquence majeure pour les créan­ciers. Varoufakis avait d’ailleurs proposé à la BCE de reprendre tous les titres grecs pour en faire des titres perpétuels. Ce qui est faisable, avec un coût limité. Mais alors la BCE se privait d’un moyen de pression.

Pourquoi ce départ de Varoufakis ?

Les Grecs veulent un accord. Il fallait supprimer l’argument évoqué par les créanciers selon lesquels il est difficile de négo­cier avec Varoufakis.

Que sont devenues les conclusions de l’audit sur la dette que vous avez présidée ? Vous confirmiez à la mi-juin que la dette grecque était illégitime et illégale.

Oui. Et à ce titre, le gouverne­ment grec pourrait décider tout seul de suspendre ses rembour­sements. Ce qui ne veut pas dire les abandonner. Mais c’est le seul moyen dont dispose un État pour faire pression sur son créancier. Tsipras va­-t­-il activer ce moyen-­là ? Je ne sais pas.

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Mis à jour le lundi 15 juillet 2019