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L’actualité du camp du Vernet d’Ariège (1939)

À propos du livre de Maëlle Maugendre « De l’exode à l’exil – l’internement l’internement des républicains espagnols au camp du Vernet d’Ariège de février à septembre 1939 »

L’ACTUALITÉ DU CAMP DU VERNET D’ARIÈGE (1939)

En cette période de montée du fascisme, il est important de rappeler certains faits historiques. Le livre de Maëlle Maugendre De l’exode à l’exil – l’internement des républicains espagnols au camp du Vernet d’Ariège de février à septembre 1939
 [1], est un solide travail universitaire sur le camp du Vernet mais aussi sur l’attitude de la France vis-à-vis de la « Retirada » et de la République espagnole.

On y trouve des informations précises et des documents sur la vie quotidienne dans le camp, la surveillance, l’utilisation des détenus comme main-d’œuvre gratuite, mais aussi sur la résistance à l’intérieur et la poursuite de la lutte contre le fascisme. Ce livre est donc précieux pour la mémoire départementale mais aussi pour mieux saisir l’univers concentrationnaire et le combat anti-fasciste.
C’est aussi un apport précieux pour tirer les leçons du passé afin de préserver nos droits et libertés dans le présent et l’avenir. Ainsi au sujet de l’immigration avec les décrets-lois du gouvernement de Daladier et les accords entre la France « républicaine » et l’Espagne franquiste.

Les décrets-lois de 1938 : les étrangers « indésirables »

Albert Sarraut, sénateur de l’Aude et membre du groupe « gauche démocratique » est nommé ministre de l’intérieur le 10 avril 1938… Lisons Maëlle Maugendre :

« dans une conjoncture nationale qui se dégrade, alors même que les courants xénophobes s’affirment sur fond de crise économique importante, le gouvernement radical n’a de cesse de chercher à neutraliser la peur que la présence étrangère inspire aux Français. Il souhaite ainsi conforter un certain état de l’opinion. Albert Sarraut affirme, toujours dans sa circulaire du 14 avril 1938, que cette volonté gouvernementale « […] correspond au vœu légitime de l’opinion publique et du parlement ». C’est pourquoi la France se dote progressivement d’un arsenal législatif pour défendre les intérêts des Français et par là même surveiller et réprimer les étrangers jugés « indésirables ». » (p. 20)

Cinq décrets-lois suivront en 1938 réprimant les étranger(e)s et amenant à la création de camps comme celui de Rieucros (Lozère) et du Vernet d’Ariège.

Les accords « Bérard-Jordana » : La « République » française trahit la République espagnole

La logique xénophobe continue avec les accords « Bérard-Jordana » des noms du sénateur des Basses-Pyrénées représentant la France et du Vice Président et ministre des Affaires étrangères du régime franquiste. Ces accords sont capitalistes et colonialistes puisque leur but est d’avoir une politique commune au Maroc et de normaliser les relations économiques, mais c’est aussi, pour la France, la volonté de rapatrier vers l’Espagne un maximum de réfugié(e)s. Lisons encore Maëlle Maugendre :

« De ce fait, le gouvernement français accède à toutes les demandes des franquistes, puisque la signature des accords le 25 février [1939] signifie la restitution des 40 tonnes d’or espagnol, des trésors artistiques, des navires et des armes ainsi que l’envoi d’un ambassadeur en Espagne . » […] « A la suite de ces accords, le 27 février 1939, la France annonce la reconnaissance de jure du gouvernement de Burgos. De ce fait, le gouvernement républicain en exil n’est plus reconnu par les autorités françaises. » (p. 106)

Une représentante du gouvernement franquiste viendra même au Vernet pour organiser le retour vers l’Espagne de réfugiés qui repasseront par Irun et Port-Bou…

Le livre de Maëlle Maugendre est d’actualité. Il nous montre bien que faire de l’étranger le « bouc-émissaire » de la crise est une politique qui ne peut conduire qu’au pire. Il faut donc refuser le racisme, celui qui attaque une ministre, mais aussi celui qui est pratiqué au sommet de l’Etat. Comme par le passé, le fascisme n’est pas une fatalité à condition de ne pas le laisser tromper la classe ouvrière et les classes moyennes victimes de la crise du capitalisme. Il faut supprimer le capitalisme et non l’aménager comme l’ont fait les gouvernements de « fronts populaires ». Ce que l’on nomme « démocratie » ou « république » dans le contexte de ce système est une confiscation du pouvoir populaire et une oligarchie de fait. Écœurement et déception peuvent amener à la recherche d’un Etat « fort » et « propre » qui ne sera, en fait, qu’un moyen de survie du capitalisme. Par la vraie démocratie, par l’auto-organisation, les peuples et les prolétaires doivent choisir l’écosocialisme contre la barbarie !

J-C S.

Notes

[1Editions Sudel, Décembre 2008, 19 €.

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Mis à jour le mercredi 18 septembre 2019