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Macron et Darmanin nous promettent le pire

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Manifestation à Paris, 6 juin 2023. © Photothèque Rouge /Martin Noda / Hans Lucas
En engageant une procédure de dissolution des Soulèvements de la Terre quelques jours après le brutal épisode répressif de Sainte-Soline, Gérald Damarnin a montré qu’il n’avait nullement l’intention, bien au contraire, de ralentir le cours autoritaire de la macronie.

Confirmation dans la foulée avec la mise en cause de la Ligue des droits de l’homme (et de ses subventions publiques), accusée d’être trop critique de l’institution policière. Deux épisodes qui ne sont nullement des « dérapages » mais bien l’illustration de ce à quoi en est réduit un pouvoir fragilisé, délégitimé, minoritaire, qui s’appuie plus que jamais sur l’appareil répressif pour rester en place.

« Maintenir l’ordre » ?

Le choix qui a été fait par les autorités quant à la gestion répressive de la manifestation de Sainte-Soline le 25 mars ne laisse planer aucun doute : à aucun moment il n’a été question de « maintenir l’ordre » dans un champ perdu des Deux-Sèvres, mais bien de semer le chaos. Si la manifestation avait atteint son objectif, à savoir la mégabassine, que se serait-il passé ? À peu près rien. Des cris de joie, quelques drapeaux plantés en haut de cet immense trou, et une petite fête.

Il n’y avait rien à détruire. Personne n’avait pour projet de tendre des pièges autour de la bassine. Personne n’avait l’intention d’implanter une ZAD. Mais rien n’y a fait. 3 200 gendarmes mobilisés, 5 000 grenades tirées en l’espace de deux heures (soit plus d’une toutes les deux secondes), plus de 200 blesséEs (soit près d’un toutes les trente secondes), dont deux très grièvement. Et un traumatisme collectif pour des milliers de manifestantEs.

Pourquoi ? Pour répondre à cette question, il faut évidemment situer ce moment répressif dans le contexte plus général de mobilisation massive et durable contre la retraite à 64 ans, avec un pouvoir minoritaire qui a recours à tous les artifices antidémocratiques de la 5e République et qui compte avant tout sur l’appareil répressif pour se maintenir. Un pouvoir qui a en outre compris qu’un mouvement écologiste radical porte en lui une critique profonde du système capitaliste productiviste et de ceux qui le gèrent. Il a donc décidé de faire une démonstration de force à Sainte-Soline, quitte à mettre en danger la vie de milliers de manifestantEs.

Une situation globale à laquelle s’ajoutent les ambitions personnelles d’un certain Darmanin, qui a compris, comme d’autres avant lui, au premier rang desquels Sarkozy, l’un de ses mentors, que le ministère de l’Intérieur pouvait être une rampe de lancement pour des ambitions présidentielles. Et c’est ainsi que, ces dernières semaines, Darmanin se pavane, joue au dur, se posant en « homme d’État » tout en reprenant à son compte l’ensemble de la rhétorique de l’extrême droite.

Faire front, construire une alternative

La LDH critique le maintien de l’ordre « à la française », et elle n’est pas la seule. De l’ONU au Conseil de l’Europe en passant par des ONG comme Amnesty International, les condamnations, plus ou moins assumées, se multiplient. Et nous nous retrouvons avec cette situation cocasse dans laquelle le prétendu « pays des droits de l’homme », si prompt à donner des leçons de démocratie aux quatre coins du monde — tout en épargnant les dictatures « amies » —, devient un symbole de la menace autoritaire qui plane sur les « démocraties libérales ». Et c’est ainsi que Macron, en visite aux Pays-Bas, se fait interpeller par des étudiantEs au nom de la démocratie et des droits humains, sort d’habitude réservé aux représentants de dictatures.

Le macronisme est un autoritarisme, et Darmanin est aujourd’hui le visage le plus abject de la nouvelle accélération du cours autoritaire du pouvoir. Face à cette situation, il s’agit de faire front, en défendant les associations et organisations menacées de dissolution, à l’image des Soulèvements de la terre, et en faisant comprendre au pouvoir que dès qu’il touche à un cheveu de l’unE des nôtres, c’est à tout le mouvement social qu’il s’en prend.

Au-delà, avec en plus une extrême droite qui se frotte les mains et attend son heure, il s’agit de comprendre que le macronisme n’est pas seulement une nouvelle étape de la contre-révolution libérale, mais bien un projet de société global auquel il est indispensable, tout en construisant les nécessaires résistances, d’opposer un contre-modèle social, économique, écologique et démocratique tout aussi global.

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Mis à jour le dimanche 11 février 2024