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Retraites. Concertation à Matignon : à quoi joue Philippe Martinez ?

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Retour au « dialogue social »
Retraites. Concertation à Matignon : à quoi joue Philippe Martinez ?

C’est ce vendredi que le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez doit se rendre aux concertations du gouvernement sur la réforme des retraites. Si Macron, échaudé par le mouvement des Gilets jaunes, tente de renouer avec le « dialogue social » pour pouvoir faire passer la contre-réforme centrale du quinquennat, la question qui se pose est : qu’est-ce que le mouvement ouvrier a donc à gagner à s’asseoir à la table d’un gouvernement qui affiche clairement la couleur ?

Mones Chaieb
Crédits photos : Dominique FAGET / AFP

Après les déclarations dociles de Laurent Berger de la CFDT qui valide les grands axes de la réforme, et après que Yves Veirier le secrétaire général de Force Ouvrière se soit assis à la table des concertations tout en reconnaissant qu’il s’y rend pour « négocier » « quelque chose qui est déjà décidé », c’est aujourd’hui Philippe Martinez qui se rendra à Matignon pour « discuter » avec le gouvernement. Pourtant les défaites successives depuis la mobilisation de 2010 contre la précédente réforme des retraites menée à l’époque par le gouvernement Sarkozy-Fillon, en passant par celle de 2016 contre la loi Travail, l’épisode des ordonnances Macron de 2017, et plus récemment la grève contre le Pacte Ferroviaire pour privatiser la SNCF et casser le statut des cheminots, ont montré à quel point la stratégie de pression pour la « négociation » n’a permis en définitive que d’accompagner les contre-réforme, sur fond de journées saute-mouton qui ont épuisé les centaines de milliers voir les millions de travailleurs et de jeunes mobilisés contre ces attaques néo-libérales. C’est ce qu’ont bien compris les Gilets Jaunes qui sont sortis massivement dans les rues et sur les ronds-points l’hiver dernier, en refusant tout compromis avec le gouvernement, obtenant ainsi des concessions que Macron n’avait cédé à aucun autre secteur jusque-là.

Le régime des retraites actuel, basé sur le principe de solidarité et de répartition, est un acquis essentiel du mouvement ouvrier d’après-guerre. Et c’est cela que Macron et son gouvernement promettent de détruire. Dans un monde où le projet néo-libéral est en crise et où les tensions entre les États capitalistes s’accentuent, le patronat français a à tout prix besoin de diminuer le « coût du travail » pour rester concurrentiel, c’est-à-dire les salaires, l’assurance sociale et les retraites. Dans ce cadre qu’y a-t-il donc à négocier avec un Macron président des grands patrons du CAC40, qui avait fait campagne en faisant de cette réforme des retraites un axe central de son quinquennat ? Interrogé sur la concertation citoyenne que veut organiser le gouvernement autour de cette contre-réforme, dans une interview donnée au journal Libération le 4 septembre, le secrétaire général de la CGT posait comme condition que « ce soit un vrai débat équilibré ».

Mais quel débat peut-il y avoir à ce sujet ? Rien dans ce projet de réforme ne va dans le sens des travailleurs. D’une part le système de retraite à point permettra aux futurs gouvernements de réindexer la valeur des points, et donc le revenu des retraités au gré des plans annuels de rigueur et d’austérité. D’autre part les déclarations de Macron qui reviennent sur le projet initial de reculer l’âge de départ à la retraite pour le remplacer par un allongement de la durée de cotisation n’est qu’une manœuvre pour ouvrir un faux débat et donner l’image d’un président ouvert au dialogue. Mais dans les deux cas cela signifie au fond qu’il faudra travailler plus longtemps pour gagner moins mais surtout baisser le niveau des pensions étant donné que la plupart des travailleurs sont mis au placard et licenciés avant l’âge de départ à la retraite. Il n’y a donc rien à discuter avec le gouvernement au sujet de cette réforme, dont on ne doit exiger pas moins que le retrait pur et simple.

S’asseoir à la table des concertations avant même d’avoir entamé la bataille montre à quel Philippe Martinez sert d’alibi au gouvernement. On se souvient déjà du 11 décembre dernier, où après s’en être pris ouvertement aux Gilets Jaunes en les rendant responsables et en les condamnant pour les violences qui avaient eu lieu dans toute la France après la journée du 1er décembre, le secrétaire général de la CGT avait rencontré Macron pour négocier des primes de fin d’année afin d’empêcher la contagion du mouvement dans les grandes entreprises et secteurs stratégiques à même de bloquer l’économie. Et aujourd’hui plutôt que proposer un plan de bataille pour l’ensemble de notre classe menacée par cette contre-réforme, lorsqu’il a été interrogé par le journaliste de Libération pour savoir s’il était prêt à annuler la journée de manifestation du 24 septembre au cas où le gouvernement accepterait de « repartir d’une feuille blanche », Philippe Martinez a déclaré « Pourquoi pas », nuançant simplement ne « pas trop » y croire...

En réalité participer à ces concertations n’a comme seul résultat que de redonner du crédit à Macron et à son gouvernement en mal de légitimité, déjà bien servis par la CFDT d’un Laurent Berger d’accord avec l’idée de retraite par points. Mais attention, si pour sa part Philippe Martinez s’y oppose, il refuse tout de même d’exiger le retrait pur et simple de cette contre-réforme, et rentre dans le jeu du gouvernement qui entend négocier point par point et secteur par secteur. A l’inverse donc de l’intérêt des travailleurs, des chômeurs, et des jeunes, qui sont en droit d’exiger un véritable plan de bataille, tous ensemble contre cette réforme qui vise à liquider un acquis historique hérité des luttes acharnées de notre camp social.

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Mis à jour le jeudi 3 octobre 2019