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Quelques réflexions à propos du COVID 19 Note co-élaborée par le Comité Exécutif et la Commission Santé/sécu/social du NPA

Coronavirus : les capitalistes ne peuvent pas être la solution alors qu’ils sont à l’origine du problème

Avec le discours et les annonces de Macron, notamment la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires, la « crise du coronavirus » entre dans une nouvelle phase. Pour nous, l’équation à résoudre est la suivante : ne pas nier la gravité de la crise sanitaire, ne pas nous opposer à des mesures de bon sens au prétexte qu’elles seraient proposées par les autorités, mais refuser toute forme d’union nationale et participer à la construction d’une mobilisation indépendante autour d’un plan d’urgence sociale et sanitaire.
Partie d’un marché aux animaux en Chine, l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2, Covid19, est devenue une pandémie qui touche tous les continents. Il est désormais inéluctable qu’elle continue de s’étendre dans les semaines qui viennent.

Sans revenir longuement sur ses causes, il faut néanmoins les rappeler. Le retour des grandes épidémie (SIDA, H1N1, SRAS, Zika, Ebola...) est un effet du capitalisme mondialisé et de sa quête de profit, à l’origine de la circulation irrationnelle et inutile des marchandises et des hommes, du réchauffement climatique, de l’agro-business, de l’entassement de populations dans des mégapoles, de l’absence de services de santé fiables accessibles à tous.

Cette crise est un élément d’un chaos mondial croissant, produit du système capitaliste, et qui l’amplifie.

Oui, cette crise sanitaire est grave

Même si beaucoup d’inconnues subsistent. Les propos assurant qu’il s’agit seulement d’une « grosse grippe », dont les effets sont outrageusement amplifiés par les média et les gouvernements, ne sont pas de mise. L’évolution dramatique, en quelques jours seulement, au sein de le 8e économie mondiale, l’Italie, est là pour nous le rappeler. Cette situation peut être la même, à très court terme, en France.

Cela à été souvent répété : dans environ 80% des cas, il n’y a pas de dangerosité particulière. Cependant, plusieurs éléments sont à prendre au sérieux pour mesurer la potentialité dramatique du virus : sa nouveauté, sa puissance, sa rapidité de contamination et son taux de mortalité élevé pour certains secteurs de la population d’un côté ; l’absence de traitements ciblés et de vaccins, l’incapacité du système de soins à assurer les traitements nécessaires face à un afflux de patients de l’autre Dès aujourd’hui en Italie, les soignantEs sont confrontés, faute de matériel et de personnel suffisant, aux choix déchirants de la sélection des patientEs. Là comme ailleurs, ce sont les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui paieront le plus lourd tribut à la maladie.

Ce n’est donc pas aux militantEs dont l’organisation est à l’origine du slogan « Nos vies valent plus que leur profits » de banaliser la situation : il faut prendre toute la mesure de sa gravité.

La dimension économique de la crise

La production et le commerce mondial reculent, les marchés financiers se sont écroulés, le CAC 40 a connu une chute historique. La crise sanitaire semble le prélude d’une crise économique mais, en fait, ne l’est pas : de multiples signes annonçaient cette crise.

L’économie mondiale était déjà en 2019 dans une phase de ralentissement avec des manifestations évidentes de surproduction dans certains secteurs (automobile, sidérurgie…). La chute actuelle des marchés financiers s’ancre dans la dérive des cours par rapport aux réalités de l’économie productive et dans le risque que la masse d’actions et de titres de crédit (qui représentent un droit de tirage sur la valeur future) ne trouve pas de contreparties suffisantes.

Bien sûr, il convient d’analyser l’impact de la crise du coronavirus. Pour ce qui est de l’impact économique :

- La crise sanitaire en Chine, la 2e économie mondiale, a provoqué un double choc économique sur la production (avec l’arrêt et le ralentissement des usines chinoises qui fournissent produits intermédiaires ou finaux) et la demande (baisse des importations chinoises, arrêt du tourisme international…). Le prix du pétrole s’effondre à la fois du fait de la baisse de la demande chinoise et des désaccords entre les grands producteurs. Si la situation italienne devait se généraliser une récession profonde mondiale serait à l’ordre du jour. Le coronavirus agit comme révélateur des fragilités existantes, en accroit l’acuité et peut donc être le facteur déclencheur immédiat d’une récession depuis longtemps prévisible.

- Pour ce qui est de la finance, le risque principal aujourd’hui dans la machinerie capitaliste semble être du côté bancaire si un nombre significatif d’entreprises (ou de ménages) se trouvaient incapables d’honorer leurs engagements, ce qui est un danger très sérieux avec le ralentissement économique accéléré par la crise du coronavirus. C’est ces derniers jours, la principale préoccupation des marchés financiers ; il faut noter l’effondrement des cours des actions des banques européennes.

- Cette désorganisation d’un capitalisme mondialisé peut amener dans le futur des redéploiements des chaines de valeur avec transfert d’activités dans des pays autres que la Chine. Mais les capitalistes veulent toujours produire au moindre coût. Les relocalisations vers les pays du « centre » seront limitées et dépendront largement des pressions politiques.

La logique capitaliste est et restera de maintenir autant que possible et de faire reprendre au plus vite toutes les activités productives de plus-value, quitte à mettre en danger les salariés et à provoquer une relance de l’épidémie. Les réactions contre les « droits de retrait » jugés « intempestifs » en témoignent. Capitalistes et gouvernements vont également s’efforcer de faire payer la crise aux les salariéEs et exploitéEs. D’ores et déjà, des salariéEs sont priés de prendre des congés imposés. L’indemnisation intégrale des jours non travaillés ou consacrés à la garde des enfants n’est pas réalisée, des plans de licenciement sont annoncés, des intérimaires et vacataires ont déjà perdu leur emploi.

Pas de « sauveur suprême » ni de boucs émissaires

Après avoir banalisé l’épidémie, le pouvoir est contraint de prendre acte de sa réalité, et des effets désastreux des contre réformes de la santé pour y faire face. Il a défini une stratégie : faire endosser à Macron le costume de chef de guerre contre le virus et de rassembleur de la nation dans ce combat, comme en témoigne son discours pétri de références à « l’union nationale », « l’union sacrée ». Cette rhétorique est le prélude à des mesures autoritaires de la part de l’État (centralement ou par le biais des préfets) sur l’organisation du travail et de la vie sociale, culturelle et démocratique, sur la base de critères qui ne sont pas les nôtres : le maintien de la production, l’absence de débat démocratique sur les mesures à prendre, l’abandon des travailleurEs précaires et des personnes difficiles à soigner.

L’exécutif espère aussi reprendre la main dans une crise politique et sociale qui s’enlisait depuis des semaines avec la mobilisation contre la réforme des retraites puis le débat parlementaire.

L’épidémie est là. Elle va avoir des effets sur l’économie et l’ensemble de la vie sociale et le rôle des anticapitalistes dans cette situation est d’en dénoncer bien sûr les causes réelles et les conséquences pour notre camp social. Mais il est avant tout de tracer une perspective et des objectifs d’action pour agir et à ne pas rester tétanisés par une situation anxiogène. C’est aussi le seul moyen de limiter le développement de peurs irrationnelles, attisées par la droite et l’extrême droite qui cherchent à canaliser les angoisses et les frustrations vers des boucs émissaires.

Macron refuse le confinement général car cela ferait perdre de l’argent massivement aux entreprises. Il ferme les écoles, évoque des solutions de gardes (lesquelles ?), alors que les salariéEs vont continuer à aller travailler, pour la plupart sans aucune mesure de protection. Macron parle de l’État providence et des services publics qui doivent se situer en dehors des logiques des marchés… après avoir passé son mandat à les détruire. Et il n’y a aucune annonce budgétaire sur la rallonge pour l’hôpital, aucune mesure concrète, vérifiable, sur la compensation des chômages partiels et les licenciements. Les mesures prises vont se traduire, comme d’habitude, par un transfert de richesse des poches des classes populaires vers celles des grandes entreprises et du patronat.

Une mobilisation indépendante et solidaire

Pour l’exécutif, ce sont les « premiers de cordée », ceux qui savent, qui prennent des décisions, que le peuple doit ensuite docilement appliquer, au nom de « l’unité nationale », aboutissant à une forme de militarisation de la société.

Notre positionnement général est de ne pas nier la crise sanitaire tout en refusant l’union nationale et un chèque en blanc à des pouvoirs dont les politiques néolibérales, sur le terrain de la santé, mais pas seulement, renforcent la crise. Nous n’avons aucune confiance en ce pouvoir pour organiser la lutte contre l’épidémie. Là encore, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, sur la solidarité concrète, sur l’auto-organisation des salariéEs et de la population.

Le contrôle et la vigilance de la population (avec ses organisations associatives, syndicales...) sont d’autant plus de mise qu’il y a un danger réel que les mesures prises, et justifiées par la lutte contre l’épidémie, relèvent d’autres buts moins avouables, comme celui de restreindre les libertés démocratiques, d’empêcher toute forme de contestation et de mobilisation sociale, ou de faire tourner à tout prix la machine économique dans l’intérêt des possédants.

Un plan d’urgence sanitaire et sociale :

Volet sanitaire

- Campagne d’information massive actualisée sur l’épidémie et les comportements nécessaires pour la freiner ;
- Distribution gratuite d’un matériel médical de base à la population (thermomètre, gel, masques, désinfectant) ;
- Satisfaction immédiate des revendications des personnels hospitaliers permettant recrutements massifs et ouvertures de lits, embauches de personnels (aide-soignantEs, infirmierEs…) en CDI aux 32 heures, avec une revalorisation salariale ;
- Augmentation immédiate des budgets hospitaliers, afin de rouvrir tous les services ;
- Discussion avec les professionnels dans les établissements sur l’utilisation de ces crédits et sur l’organisation interne pour faire face à la crise ;
- Mise sous contrôle public des industries produisant le matériel nécessaire pour faire face à l’épidémie (masques, gel…) et plafonnement des prix ;
- Mobilisation des établissements privés (cliniques) pour accomplir des missions de service public ;
- Ouverture de laboratoires et embauche de personnels pour pouvoir mener des tests de dépistage gratuits ;
- Des gardes individuelles d’enfants doivent être intégralement financées pour les personnels indispensables à lutter contre la crise, notamment les personnels soignants.

Volet social

- Respect du droit de retrait, c’est-à-dire la possibilité pour les salariéEs, de façon unilatérale, de quitter leur travail en cas de crainte pour leur santé ou celle de leurs proches ;
- Interdiction de tout licenciement et toute suppression d’emploi (y compris intérimaires et vacataires) ;
- Indemnisation intégrale, à hauteur du salaire, en cas de chômage partiel ou de confinement ;
- Versement du salaire intégral en cas d’arrêt pour garde d’enfant ou protection préventive pour les personnes présentant des comorbidités ;
- Refus de toute forme de télétravail pour les salariéEs devant garder leurs enfants
- Suspension de toute forme de contrôle des bénéficiaires de prestations sociales ;
- Financement, par les employeurs, des mesures d’hygiène sur les lieux de travail (gels, temps de pause pour se laver les mains, etc.) ;
- Suppression du jour de carence ;
- Retrait de la réforme des retraites et de l’assurance chômage ;
- Impôt exceptionnel sur les grandes fortunes et sur les entreprises du CAC 40 pour financement du plan.

Le pouvoir a montré son incapacité à anticiper et gérer la situation en amont. Aujourd’hui, les mesures qu’il prend sont, pour certaines, indispensables, tandis que d’autres poursuivent l’objectif de maintenir à tout prix le fonctionnement de l’économie, c’est-à-dire de répondre aux besoins des classes dominantes, au mépris dans bien des cas des besoins des classes populaires.

La crise du coronavirus est donc représentative du fait que les capitalistes ne peuvent pas offrir une solution à une situation dont le capitalisme est à l’origine. Nous réaffirmons le slogan « Nos vies valent plus que leurs profits », nous affirmons que l’action et la solidarité, par en bas, des classes travailleuses, sont la meilleure voie pour répondre à l’urgence comme pour en finir avec ce système en perdition.

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Mis à jour le vendredi 10 avril 2020