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Où va EELV ? A l’université du MEDEF, Yannick Jadot défend « le capitalisme européen »

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« Capitalisme vert »
Où va EELV ? A l’université du MEDEF, Yannick Jadot défend « le capitalisme européen »

Jeudi 27 août, l’ex-tête de liste EELV aux élections européennes a participé à l’université d’été du MEDEF où il a défendu « le capitalisme européen » face aux « modèles chinois ou américain ». Une manière de donner des gages au grand patronat en vue des présidentielles de 2022, alors que le parti écologiste peine à clarifier son projet.

Wadii Adi
Yannick Jadot a participé à un débat à l’université d’été du Medef. Au printemps 2019, l’eurodéputé EELV était jugé candidat « le plus convaincant » par l’organisation patronale. Photo ERIC PIERMONT / AFP

A côté de l’abstention record (55% au 1er tout et 58% au second) les dernières élections municipales ont été marquée par l’arrivée d’Europe-Ecologie-Les-Verts en tête dans plusieurs grandes villes (Besançon, Lyon, Strasbourg ou Grenoble), ou deuxième et favori dans d’autres (Bordeaux, Metz, Poitiers). Un vote majoritairement des classes moyennes supérieures urbaines qui ont rompu avec le vote Macron, qui s’inscrit dans le contexte d’une prise de conscience toujours plus grande quant à la catastrophe écologique à venir, qui s’était traduit dans la rue par les « grèves pour le climat » massivement suivies par la jeunesse en France et dans le monde autour de la figure de Greta Thunberg. Mais aussi par la convergence avec le mouvement des Gilets jaunes autour du mot d’ordre « Fin du monde, fin du mois : même combat ».

Europe-Écologie-Les-Verts : l’écologie « ni de droite ni de gauche » ?

Cependant si pour draguer cet électorat à la veille des élections européennes de 2019 lors desquelles Les Verts avait déjà réalisée une percée (13,5% des suffrages alors exprimés), Yannick Jadot s’était déclaré « anticapitaliste » dans un entretien pour le média en ligne Reporterre. A l’époque, le MEDEF l’avait pourtant adoubé comme le candidat le plus convaincant parmi les différentes têtes de liste, sur la base d’un grand oral organisé un mois avant le scrutin par l’organisation patronale. En jouant au grand écart, le projet d’EELV restait peu délimité dans le paysage politique et se laisser l’espace pour capitaliser sur des dynamiques électorales contradictoires.

Et pour cause, deux mois avant lors du congrès du parti, son secrétaire général David Cormand revendiquait une « écologie qui refuse de se laisser réduire à une définition qui la rangerait à gauche », avec l’objectif de « mobiliser ceux que la gauche et la droite ont trahi ». Un projet d’écologie « ni de droite ni de gauche » à l’allemande, où Die Grünen (« Les Verts ») ne rechigne pas à tisser des alliances électorales avec la CDU, le parti conservateur et libéral de la chancelière Angela Merkel.

Un projet repris à son compte par Yannick Jadot qui s’est lui-même a revendiqué, contre l’avis de son propre parti, la possibilité d’alliance « pragmatiques » avec la droite pour les élections municipales de 2020, mettant en doute ses prétendues convictions « anticapitalistes ». Un projet qui annihile les revendications sociales potentiellement en germe dans les aspirations écologiques, et qui conduit en fin de compte à marier écologie et libéralisme.

Cela n’a toutefois rien de surprenant chez Yannick Jadot, puisqu’en novembre 2018 déjà, lorsque le mouvement des Gilets jaunes venait d’émerger autour des taxes sur les carburants automobiles pour les particuliers, le député européen EELV s’était dit « favorable » à la hausse de cette taxe pourtant imposée par le gouvernement Macron au nom d’une écologie voulant faire payer la crise écologique aux classes populaires pendant que le grand patronat continuait de profiter de la suppression de l’ISF, des exonérations de charges et des cadeaux fiscaux en tout genre.

Objectif 2022 : EELV forcé de clarifier son projet

Alors qu’EELV sort gagnant des dernières échéances électorales, Yannick Jadot compte bien s’appuyer dessus pour mettre sa candidature sur les rails. Interrogé sur FranceInfo le 25 août au sujet de la désignation d’un candidat EELV, le numéro un des Verts a déclaré ne pas souhaité que les écologistes « restent trop longtemps dans leur débat interne », expliquant que « Quand on a une telle responsabilité […] on ne s’y prend pas au dernier moment, on s’organise ». En voulant mettre à tout prix la question des présidentielles au prochain conseil fédéral d’EELV qui aura lieu le 20 septembre prochain, Yannick Jadot souhaite être intronisé au plus vite et éviter un débat qui risquerait de laisser émerger au grand jour une aile concurrente sur sa gauche, plus « anti-libérale ».

Car vu le succès des Verts aux dernières élections, qui les place devant toutes les autres formation de gauche, EELV se doit de clarifier son projet en vue des présidentielles, volontairement maintenu flou jusqu’ici. Or la base électorale et surtout militante du parti écologiste reste marquée à gauche, ce qui laisse planer le doute d’une remise en cause de Yannick Jadot qui incarne l’aile la plus libérale-compatible. En effet, le maire de Grenoble réélu avec le soutien de LFI et numéro 2 du parti, Eric Piolle, s’est rendu cet été aux Amfis, l’université d’été de La France Insoumise où près de 2.000 militants étaient présents, et où il a revendiqué l’alliance électorale avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, en déclarant : « Si nous avons gagné à Grenoble en 2014, c’est que nous avions la conviction que l’envie de faire ensemble dépassait tout. »

C’est dans ce contexte de potentielle recomposition de la gauche en vue des élections régionales de 2021, et surtout présidentielles de 2022 que Yannick Jadot a dû clarifier sa stratégie à l’université d’été du MEDEF.

Yannick Jadot : candidat d’un capitalisme vert

Dans un débat intitulé « L’économie au secours de l’écologie, et vice-versa ? » à la Rencontre Des Chefs d’Entreprise organisée par le MEDEF le 27 août, le numéro 1 des Verts y a défendu « le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain ». Pour écarter d’un revers de main la question du productivisme, qui remet en cause la logique même du capitalisme, Yannick Jadot a lâché : « le débat croissance-décroissance, je m’en fous complètement ». Chantre d’une vision de l’écologie compatible avec les intérêts du grand patronat, l’ex-tête de liste aux européenne s’est défendu d’opposer « les écolos, hippies et rêveurs » et « les patrons, exploiteurs et prédateurs, qui vont chasser à coups de gros cigares le courlis cendré ». Face aux critiques du patronat contre « l’écologie punitive », le numéro un des Verts a expliqué : « la transition écologique ne se fera pas contre mais avec les entreprises, sinon elle ne se fera pas », avant de continuer « si on considère que l’écologie c’est une contrainte, des normes et des taxes, cela génère toutes les stratégies d’évitement ».
Exit donc la taxation des grandes entreprises, une mesure qui permettrait pourtant de financer la transition écologique en imposant fortement les principaux responsables, grands patrons d’industrie et autres. A l’inverse, il a déclaré préférer « les investissements » de la poche de l’État pour les entreprises, s’inscrivant ainsi de fait dans la continuité de la politique néo-libérale du gouvernement Macron.

Une orientation ouvertement confirmée dans le débat, lorsque Yannick Jadot, prétendant s’opposer à « un certain capitalisme outrancier et financier », a défendu « le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain ». Ainsi devant un parterre de grands patrons ainsi que Barbara Pompili, ex-EELV passée à LREM et nouvelle ministre de l’écologie du gouvernement, les propositions de Yannick Jadot se sont cantonnés à l’instauration d’une taxe carbone aux frontières extérieures déjà réclamée par une partie du patronat français et européens pour se prémunir face aux concurrents américains et asiatiques, ou l’adoptions d’un « Buy European Act » (protectionnisme dans les marchés publics) et d’un « Small Business Act » (priorité aux PME dans les marchés publics) aux allures de plan de relance pro-patronal qui n’a rien à envier à ceux mis sur pied par le gouvernement Macron. La promesse de « relocaliser une partie des productions » sans aborder l’interdiction des licenciements ou même de conditionner les aides publiques aux grandes entreprises, semble peu convaincante, sauf à l’articulée avec la sacro-sainte compétitivité à coups de baisse de salaires et de hausse du temps de travail tant vantée par la macronie.

L’intervention de Yannick Jadot à l’université d’été du MEDEF peut ainsi se résumer à des gages de responsabilité donnés au grand patronat, en vue d’incarner une candidature écolo libérale-compatible pour 2022. Une orientation saluée par Christiane Lambert, présidente de la FNSEA (l’organisation des exploitants agricoles) qui s’est adressé à lui en ces termes : « Vous n’êtes pas un vert radical, un vert foncé, vous êtes un vert nuancé ». Des gages d’autant plus demandés par les grands patrons et les classes dominantes s’inquiètent face à la perspective qu’au moment où le monde s’apprête à faire face à une crise économique, sociale, mais aussi politique et environnementale historique, la colère sociale s’incarne dans un projet politique de rupture radicale avec le capitalisme. En ce sens l’extrême-gauche a une responsabilité pour incarner cette radicalité et lui offrir un débouché concret en dehors des illusions institutionnelles et électorales, en proposant un programme qui vise à répondre en particulier à l’urgence climatique en toute indépendance de classe, par la planification de l’économie et l’auto-organisation des travailleurs, afin d’organiser la production en fonction des besoins de la majorité de la société et non plus des appétits de profits d’une minorité de grands patrons.

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Mis à jour le samedi 21 novembre 2020