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Ce n’est pas une blague ! Les zadistes de Sivens sont relaxés par la justice

Le tribunal correctionnel d’Albi a relaxé la quasi-totalité des quinze personnes qui comparaissaient mardi 8 septembre pour « participation à un attroupement » sur la ZAD du Testet. Elles étaient accusées d’avoir opposé une résistance lors de l’évacuation du 6 mars dernier. Récit de cette audience surréaliste qui est une petite victoire et une grande surprise pour les zadistes.

- Albi, reportage

Certains ont passé une chemise pour l’occasion. D’autres ont gardé leurs tee-shirts troués. Tous se donnent des accolades aux airs de retrouvailles sous les fenêtres du Tribunal. « Les familles se revoient pour les enterrements, les zadistes, eux, se retrouvent pour les procès », raille Sylvain. Il fait partie des quinze personnes convoquées ce mardi pour avoir résisté lors de l’évacuation de la ZAD au printemps dernier. Pour le jeune homme, la partie est déjà jouée tant le procès des « expulsés de Sivens » a une portée symbolique. « C’est de l’acharnement. Ils veulent montrer l’exemple », constate-t-il avant de prendre place dans la petite salle d’audience. Une partie de la soixantaine de personnes venues en soutien s’installe sur les bancs.

D’une voix aigrelette, la présidente convoque les quinze prévenus qui s’alignent en file indienne : « Mettez-vous face au tribunal s’il vous plaît », exige la juge d’un air pincé. Claire Dujardin, l’avocate des zadistes, s’avance pour demander la nullité de l’audience : « C’est un délit politique, et les prévenus n’auraient pas du être saisis sur une convocation », avance-t-elle. « Dire que s’opposer à l’expulsion du site est un acte politique, c’est faire preuve d’une grande simplicité, surtout lorsqu’on connait le discours décousu de certains », rétorque le procureur qui demande le rejet de l’exception de nullité. Il est suivi par la juge. La salle plonge pour quelques heures dans le récit de l’expulsion du 6 mars dernier.

Un à un, les zadistes s’avancent à la barre. Tous sont accusés d’avoir participer « sans arme à un attroupement après sommation de se disperser ». Sylvain ouvre le bal et plante le décor : « Toute la semaine qui a précédé l’expulsion, les pro-barrages ont assiégé la ZAD et nous ont agressés sans être inquiétés. On a bien vu que les gendarmes n’étaient pas neutres. Alors, quand j’ai vu 500 membres des forces de l’ordre arriver alors que nous n’étions qu’une quarantaine, je suis monté sur une tour en bois », explique-t-il benoitement. « A aucun moment, nous n’avons eu de communication officielle nous expliquant que le site allait être évacué », déclare Adrien, jugé pour s’être réfugié sur un mirador à l’arrivée des gendarmes.

« Vous dites des choses intéressantes. Mais pourquoi n’êtes-vous pas partis ? » demande le procureur. « Nous ne pouvions ni entrer ni sortir de la ZAD », rappelle le jeune infirmier d’une voix claire, avant de revenir sur les affrontements du 25 octobre 2014 et la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive lancée par un gendarme mobile. « Je tiens à préciser qu’alors que je suis fonctionnaire de la République, j’ai peur quand je vois des policiers sur le bord de la route. »
« J’ai le vertige, jamais je ne serais monté là-haut »

Romain est quant à lui accusé d’être monté sur le toit de la Métairie Neuve. « C’est totalement faux », répond le zadiste. « J’ai le vertige, jamais je ne serais grimpé là-haut », se justifie-t-il sous les rires de la salle. « Vous nous reprochez de ne pas nous être dispersés, mais la ZAD était cernée. Je ne vois pas où nous aurions pu aller. » A l’instar des autres prévenus, il se défend d’avoir entendu les deux sommations pourtant préalables à toute expulsion. « Vous avez conscience de l’étendue de la ZAD ? Comment voulez-vous qu’on entende quoi que ce soit, surtout perché à dix mètres de haut ? », s’exclame Oz. Simon déclare : « Si j’avais entendu les sommations, je serais resté quand même. »

Après deux heures d’audition, la présidente décrète une pause : « Vous êtes nombreux, essayez de ne pas vous disperser, c’est le cas de le dire », plaisante-t-elle.

D’une voix sévère, le procureur rouvre la séance et requiert un à trois mois de prison avec sursis pour « les irréductibles zadistes qui refusent de se laisser faire ». « Oui, j’utilise le terme zadiste car il est entré dans le dictionnaire », précise-t-il, en insistant sur le caractère non-politique de l’affaire en décrivant cette ZAD, « où l’on ne pouvait pas rentrer facilement, où s’était établie une nouvelle économie, un nouvel ordre. C’est à nous de montrer aux zadistes que la loi existe. Et la loi, c’est d’obtempérer et de se disperser en cas d’attroupement », martèle-t-il.

« Vous n’avez aucun moyen de caractériser cet attroupement », répond l’avocate Claire Dujardin. « Il s’agissait d’opposants et d’habitants de la ZAD. Et on aurait pu laisser partir ces personnes dignement. » En s’avançant vers la présidente, l’avocate dénonce l’acharnement de la justice : « Il semblerait qu’il y ait deux poids, deux mesures. Les agriculteurs de la FDSEA se sont attroupés pendant une semaine aux portes de la ZAD sans être inquiétés, alors que les plaintes pour violences déposées par les zadistes contre les gendarmes et les pro-barrages ont été classées sans suite », rappelle-t-elle.
Des cris de joie éclatent

La cour va délibérer. « Ce n’est pas bon signe, ils mettent du temps à délibérer », s’inquiète l’avocate dans la salle d’audience qui s’est vidée. Après une heure et demie de débats, la présidente appelle Sylvain et lui annonce... sa relaxe. Des cris de joie éclatent. Les autres relaxes sont annoncées. Les deux absents au procès écopent de 200 euros d’amende. Oz, également poursuivie pour refus de prélèvements biologiques, est condamnée à 150 euros d’amende, et Simon à un mois de prison avec sursis pour rébellion.

« C’est génial et c’est légitime », réagit Claire Dujardin à l’énoncé de ces quinze relaxes. « On a réussi à montrer ce qu’il s’était réellement passé le 6 mars. » Les accolades redoublent de plus belle. Encore tout abasourdis, et félicités par les uns et les autres, les « relaxés de Sivens » affichent un grand sourire à la porte du tribunal. « Je suis soulagé oui. Mais tout de même, cette audience, c’était un peu stupide, non ? », conclut Sylvain.

Source : Marine Vlahovic pour Reporterre

Voir en ligne : http://www.reporterre.net/Ce-n-est-...

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Mis à jour le lundi 8 janvier 2018